mercredi 27 août 2014

LE DROIT JOUISSIF DE SALIR

A la radio, sur France Culture : un jeune dandy musicien de rock français heureux d'avoir, « avant un américain ,  « corrompu » un morceau de folk américain traditionnel (du Cajun), par l'ajout de sonorité « sales » au niveau des guitares ». Tout est dit. Le résultat est intéressant mais l'esprit est pourri : c'est le cas de le dire. 

Il y a trop longtemps que la corruption est à la mode : salir est devenu un jeu malsain, aussi malsain que s'amuser à corrompre jouissivement ce qui est jeune, sain, préservé ou innocent. C'est sans doute un haut fait de libération culturelle, encouragé en tant que tel comme contre-culture. La misère et ses traditions, donc sa noblesse humaine profonde et « étrange »,  devient un spectacle jouissif dont on essaie de parodier les formes en les dénaturant avec un cynisme qui lui est étranger, tout en s'appropriant leur force et leur beauté sauvage ou marginale.

A ce train-là, on va finir par comprendre la haine du noir pour le « sale » pillard blanc, pour qui tout est bon pour faire de l'argent, le vol comme le viol. On pense tout de suite à ces blancs grimés et noircis, singeant les premiers orchestres de rue nègres, dont le simulacre ferait plutôt vomir que rire, quand on y repense : quelle bassesse artistique !

Autant on peut admettre, au niveau culturel primaire, sous certaines réserves, la saleté urbaine comme un bain dont certains sont les heureux  bébés d'être les bassement révoltés d'un prétendu « droit », pour être « salement » malheureux, par une sorte de snobisme commercial final, puisque cela correspond à une logique du ghetto liée à son enfermement de principe, retourné contre ceux qui en sont responsables, et que cette logique, comme toutes les autres, est à vendre ; autant il semble ignoble que certains petits bourgeois culturel (bobos de la « révolte artiste) prennent du plaisir à salir ce qui est resté propre – justement –  en contraste avec l'urbanité d'en bas, même si souvent elle n'est pas pire que celle d'en haut... (on leur accorde).

Non seulement on pille des traditions qui doivent rester mais on les dénature un peu comme on fait au zoo, ce que releva il y a longtemps déjà le bluesman Jimmy Dawkins, refusant d'être le nègre de service pour l'amateur petit blanc qui rappelle étrangement le maître de plantation autorisant le nègre enjoué à le divertir. L'état d'esprit est le même dans sa « génialité » et sa « générosité » négrière. Un ghetto sans dignité n'est plus un ghetto, c'est un bordel à ciel ouvert où personne n'a plus à se plaindre de se faire avoir.
C'est juste une « sale » copie du système – qui ne le sait que trop bien – à moins que ce soit l'inverse.

Une certaine culture officielle, au sens d'au pouvoir, en fera toujours son fond de commerce : sa prétendue culture est d'abord un bordel « génial » définissant une modernité « qui ose tout », tout en s'outrageant en même temps politiquement des colères déclenchées par des excès parfois assez ignobles. L'artiste moderne est protégé : sa « provoc » utile, sous couvert de révolte conforme, n'a pas de limites puisqu'elle permet objectivement de détruire gratuitement ce qui est resté vrai ou préservé de la corruption généralisée.




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