mercredi 3 septembre 2014

LA GUERRE DE 30 ANS ET LA MÉDUSE

Les générations des, et d'après les guerres sont souvent les meilleures. Celles d'après oublient et s'en moquent comme d'un passé soit-disant révolu : elles rêvent révolutions... 
Oubli de ce qui s'est passé, fortement encouragé : le goût et le sens de l'action « directe » qui caractérisent les meilleures génération, évidemment sacrifiées, mais aussi parfois bonifiées à partir des « sacrifices », comme retour à l'essentiel existentiel et spirituel, se perdent, comme on noie son chien, dans les fêtes de la paix, de la consommation et du retour à la domestication socialisée. Et le vieil esclavage recommence.

Dans l'économie, cette armée du silence, l'horreur des survies heureuses reprend doucement ses droits inhumains : tout, une fois consommé les dégâts de guerre, est reconstruit, après les vies, les souvenirs eux-mêmes sont effacés derrière des commémorations religieusement laïques.


Comme la mère porte l'enfant, la société matérielle porte la guerre et le criminel dans son sein pudique. Mais il arrive qu'à l'occasion des folies et des orgies obligatoires de la guerre, de cet « immense et raisonné dérèglement » collectif (pour citer Rimbaud), l'enfant se rebelle un instant contre la mère-patrie et contre la sainte vierge réunies, renforçant ainsi un peu plus la folie chaude et la cruauté froide d'une maternité maudite, un peu comme il y eut des rois maudits, mais en pire. Et ces générations, de temps en temps si profondément meilleures, finissent dans la culpabilité la plus glacée, comme un bateau ivre se jette sur un iceberg en pleine nuit, ou au bout...

Récemment encore, comme si c'était hier, et ça l'est toujours, nous avons vu de si près ces années de grâce immense et de trahison profonde que furent les sixties et les seventies, comme d'habitude à la fois relayées et gâtées par nos cousins d'Amérique, cette mère des peuples à la torche.





Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire