mardi 30 septembre 2014

LA MYSTIQUE DES ROBOTS








Dans une méditation globale sur la Technique, nous pouvons partir de vérités personnelles qui nous contredisent, autant que du système face auquel elles survivent désespérément. Il n'est pas de mystiques qu'irrationnelles.


La vérité inavouable est que nous « fonctionnons » tous dans, et selon des mystiques sécularisées bien délimitées, bien contrôlées par un système prétendument auto-régulé, alors qu'il ne régule qu'une concurrence illimitée de tous contre tous, dans son désordre pur d'accroissement propre, en dehors de toute humanité et de toute valeur autre que l'intérêt exclusif de son fonctionnement, devenu évidemment incontrôlable; un peu comme le système d'argent qui lui est subtilement associé.



Ce désordre durera tant que l'humain, non pas en tant qu'élément agrégé, mais comme valeur essentielle, à laquelle le système moderne doit se remettre, dans un accord pacifique et authentique, n'aura pas repris la place qu'il n'aurait jamais dû perdre. 

Il ne s'agit pas d'agiter un slogan publicitaire ou politique : c'est une nécessité interne absolue rejetée il y a trop longtemps dans les ténèbres extérieures du monde et de nous-mêmes.


Mystiques d'appellation contrôlées, absolument fragmentées et individualisées : Arts, Sciences, Technologies, Modes, Religions, Familles, Politiques, Économies, Sports, Sexualités, Aventures, Bricolages, Luxe, Social (…) 

Toutes les spéculations sont ouvertes et permises, sauf les vraies, celles liées à la vérité inavouable de notre moderne condition, celle qui fait de nous des producteurs-consommateurs privilégiés, au sens d'obligatoire, de la vie et du monde, au lieu d'en être partie intégrante et essentielle; partie qui partage.



Vérité inavouable, aussi et surtout, que celle où plus personne, dans ces mystiques en concurrence, n'accède à, ni même ne cherche plus aucune unité du tout : la fragmentation définitive est présentée comme un avantage à la carte : chacun fait ce qu'il veut dans les limites autorisées de la science et du marché associés.


Nul ne peut plus remettre en cause ni l'un ni l'autre sans se remettre lui-même en question -- merveilleuse intégration -- ou même simplement les questionner, dans un certain sens, perpétuellement périmé par le progrès même de nos avancées

Nous sommes devenus des mystiques sans mystère. Comme l'a dit Ellul, la seule unité qui nous est laissée, contre nature, est celle du système scientifique-technique moderne, dans lequel nous sommes désormais immergés pour très longtemps.


Comme tout et tous se tiennent, rien ni nul ne peut plus sortir de ce cercle vicieux présenté comme vertueux. Toute cette vertu de système associé, en réseau, mutualisé, partagé, intégré, mondialisé, standardisé jusque dans ses moindres recoins et besoins, comme réponse à ces besoins, et création de besoins nouveaux liés à la rationalisation et à l'adaptation de cette réponse, font que tout est dans tout, et que tous sont dans tous, pour la survie de tous, et pour le profit de quelques pilotes; mais tout ça pour rien : tout devient gratuit, facile, mécanique, intégré-étranger, artificiel et inhumain, humainement et inversement inutile.


Tout devient prédictible ou disparaît de fait, par manque de demande. Le sens du monde est devenu son seul fonctionnement, sa tautologie, son auto-création. Le sens de cette mystique générale cachée, derrière la négation de tout ce qui n'est pas elle, est uniquement donné par un système qui ne fait que répondre au mieux à chaque mystique autorisée, qui, par sa légitime demande le fonde rationnellement et démocratiquement en soi.


Plus le progrès est grand plus nous dormons, plus nous ronronnons comme le moteur d'une machine allemande ou américaine de luxe. Notre science-système-fiction est inconsciente, au sens de sans conscience d'abord.

Pour elle, la conscience serait un résultat final, comme une sorte de preuve a posteriori, qu'il faut d'abord commencer par croire, plus aveuglément qu'aucune religion ne nous y obligea jamais, puisqu'il n'est plus aucun domaine de notre vie qui ne lui soit livré d'abord, avant toute croyance; sans plus aucun accord. Le système est d'abord de conditionnement, comme le remarqua Krishnamurti.


Système de masse dans lequel chacun exerce, pratique ou survit. Auquel chacun contribue mécaniquement et psychologiquement, par, et dans un credo autonome intéressé, dans une sorte d'union d'assemblage uniformisant et diversifiant, en série, les satisfactions. Mais hors toute unité de sens. 

Système passionnant, passionnel, de souffrance et de plaisirs sans limites, mais régulés dans le sens des moteurs du progrès, c'est à dire d'une croissance rationnelle indéfinie de désirs de plus en plus techniques, vides et absurdes, sans le sens procuré par un système technico-mystique : celui d'un bonheur et d'un progrès automatiques intégrés, supposé les produire dans une sorte de compensation perpétuelle de la perte du sens naturel des choses, par des surenchères et des ivresses toujours plus délirantes et abstraites du vrai monde. Ce que Stirner nommait des hochets.


La souffrance sert de monnaie d'échange : son universalisation ascétique nous procurant, au prix fort, la belle illusion existentielle et sensationnelle, spectaculaire, d'une protestation normalisée de nos « droits » contre tout devoir humain universel, contre toute intelligence, contre toute beauté, contre toute culture, contre toute nature et contre toute vérité.


Celles-ci sont devenues des objets de luxe hors de prix, que le mensonge seul de quelques profiteurs abêtis, prétend, pour quelque temps encore, pouvoir tutoyer, et donc nous faire croire qu'elles existent toujours, c'est à dire qu'une autre vie est encore possible que celle d'un système robotisé des esprits, à l'intérieur du même système de robotisation du monde.

Automatisation qui nous engloutit depuis son encyclopédisation soit-disant éclairée, en sortie d'un Moyen-Âge pré-individualiste, non fragmenté, mais dont il est de bon ton depuis, de scientifiquement ricaner.

Édition originale de l'article : Darkhaiker / Pearltrees / Collection "Le technique et l'humain" http://www.pearltrees.com/darkhaiker/le-technique et-l-humain/id12678026


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