vendredi 5 septembre 2014

NEW-YORK NEW-YORK # 3 DAMOCLES

Retour à une statue statufiant les States.  Tiendrait-elle en main gauche de nouvelle tables de la Loi, celle d'un Nouveau Monde ? Prophétesse d'une loi de liberté impérieuse autant qu'impériale, absolue, dont Camus explora les logiques obligées ? Quel est donc l'empire de cette impératrice portuaire ?

Brandissant sa torche comme une arme, un signe de ralliement, comme une meneuse de peuples « rêveurs » oui, mais vers quel abîme protecteur ?  La posture est celle d'une guerrière robuste et déterminée en Amazone. Plus banalement, celle d'un symbole maternaliste transnational : le paradis -bercail d'un bonheur matriarcal pour orphelins de guerre.

Son côté phare dans les ténèbres attirera toujours les révoltés et les incompris, les marginaux, les exilés, pour refaire un monde nouveau sous le soleil, pour libérer « l'énergie des esclaves » (Leonard Cohen), figurant l'illusion d'une libération matérielle du monde. Un pouvoir humain supérieur, prométhéen défiant l'océan mais aussi, en contre-plongée, le ciel.

Il n'y a là pourtant que divers plats amalgamés et réchauffés dans de vieilles gamelles, un vieux « creuset » Babel-Babylone, où des Diables Bleus triment à sauver un monde perdu. Une sorte de colonie pénitentiaire kafkaïenne masquée. Vue d'en bas, la posture de la matrone est un pur défi, mais à quoi ? Au Vieux Monde ? Une sorte d'incarnation massive de la Sécession, du Divorce, de la Rupture et même de la Révolution ?

La souveraine est campée, plantée comme une indéboulonnable maîtresse, puissante, olympienne, mais maîtresse de qui, de quoi ? Assise debout dans le sens du Pouvoir caché derrière l'affiche libertaire ?  Mais sur quoi cette liberté est-elle « assise » ? Sur quelle conquête ? L'America : « Love her or leave her ! ». Le credo, le crédit, la relation à l'amante, à la grande prêtresse, affichant de bien crédibles sentiments. Et si c'était vrai : si les peuples n'étaient que des enfants perdus dans un océan de misère ?

En mère-matrie, l'union libre est entreprise sentimentale risquée et contractuelle à la fois, sous contrôle social dirigé par une pensée très monothéiste, absolue, indépendante de tout, planant comme l'aigle impérial millénaire renaissant de ses cendres. Souvent le mal-aimé sombre corps et biens dans une mégalomanie caligulienne : le « rêve-planète » d'occident est un virus qui a simplement muté ici.

« Tout est permis », sous certaines conditions, prophétisait Dosto – tout étant, dans ces conditions, uniquement question du prix à payer – le fort du prix fort – , une sorte de naturalisme illuminé finalement si proche du germanique, que le vertige, du haut de sa couronne tranchante, nous prend la tête en étau pour forger l'invisible glaive écarlate.




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