samedi 25 octobre 2014

HUMANITAS PERDIDAS



Aux Ingénieurs et Architectes du Monde Nouveau, qui n'inventerons jamais rien pour ce, et ceux que leurs rationalisations tuent.




Humanité quantitative : bientôt 9 milliards d'êtres humains, comme si ce « résultat » était naturel. Tombait du 7ème ciel de la déesse Fécondité. Comme un tsunami imprévu. Alors que nos experts, dans le même temps, nous parlent d'un avenir à 50 ans ou plus, et des conséquences merveilleuses de nouvelles politiques, inventées pour notre bonheur.



Nous ne parlons pas de volonté précise mais de mesure vérificatrice complice puis manipulatrice, celle liée au contrôle, au pouvoir et à la puissance matérielle. Cette puissance acquise, ce feu volé, courbe qui nous inverse dans sa subtile dialectique interne post-hégélienne de moyen : la supériorité du nombre devient son infériorité, l'accumulation est pesanteur
weilienne. Les premiers, en vérité, sont bel et bien devenus les derniers. L'horrible travail de Rimbaud, le "misérable miracle" s'est "historiquement" réalisé.


Comme si la science démographique n'était jamais née, ni les politiques familiales, ou les planifications à l'échelle planétaire. Comme si personne n'avait fabriqué de courbes liées au progrès et à ses « projections », comme si la prospective était du latin et la division internationale de la production-consommation, du grec.



Comme si les progrès de la médecine, par exemple, avaient, depuis quelques siècles, des conséquence tout à fait inattendues, des impacts de hasard divers et variés non envisagés, escomptés, spéculés, et manipulés par ces armées d'experts patentés, financiers, économiques, militaires (…) auscultant le monde depuis qu'il est à acheter, vendre, conquérir ou coloniser, comme mari jaloux fait surveiller le lait de la vie de sa femme.



Par ailleurs, et parallèlement, comment s'empêcher de songer « mauvaisement » aux stratégies géniales des divers élevages industriels qui pourrissent nos campagnes comme indispensable pendant « alimentaire » rural au cancer de la concentration urbaine ? Le mal par le mal, toujours a posteriori.



La ressource humaine est fortuitement devenue « excédentaire » par tous ses calculs théorique possibles. Les exigences posées ont bel et bien produit le problème résolu en contrainte technique.



Elle subira le même sort que ces trains entiers de blé que les USA déversèrent en mer dans les années 20.



Cette ressource excédentaire-là permet aux cuistres criminels qui le gouvernent, de tout déséquilibrer, de prétendre et claironner aux quatre coins du monde, civilisé d'Europe par exemple, que les conditions normales d'existences de notre humain « genre » ne sont plus réalistes, ni adaptées aux techniques nouvelles appelées par les nouvelles conditions de leur application délinquante.



Pour ce qui est des trains humains, on nous répondra, à raison, que ça a déjà commencé en 14 pour finir à Buchenwald ou Dachau. Nous nous rappelons de certains des maîtres de notre jeunesse, passés par ce détour ferroviaire de l'histoire, et de leurs avertissements avisés et tragiques, que les plus stupides d'entre nous prenaient pour folie passagère. Mais nous étions des jeunes. De cette catégorie humaine élevée au mensonge et au jouet, comme on élève un autre bétail au maïs ou au blé. Nous n'avions pas encore pris de train vers l'abattoir 5.



Mais rassurez-vous, les conditions catastrophiques auxquelles notre démographie dirigée nous mène ont été planifiées par des esprits compétents. La valeur qualitative d'une humanité digne de ce nom a été dévaluée et dégradée, comme le goût du poulet d'élevage en batterie, ou comme un traître à la patrie du Chiffre. L'homme nouveau a des caractéristiques conformes aux exigences techniques de la rationalité industrielle moderne inaugurée par les nazis. C'est un « adapté ».



La sélection naturelle a été totalement relayée. Plus loin, nous sommes déjà dans la sélection biologique sociale la plus massive concernant le parc humain. Seuls survivront les Adaptés. La contrainte bientôt directe de la reproduction sanitaire contrôlée de ce parc submerge déjà tous les domaines, sans exception, comme dans un immense camp de réfugiés concentré en zones urbaines.





Nous sommes de trop, l'humain est un surnombre coupable autant qu'un facteur responsable de la destruction des ressources et de leur production, ne méritant plus que l'automatisation de la Fourmilière géante, pour un bonheur conforme au Plan et à l'ensemble de ses prévisions systémiques, celles des machines connectées du Marché de la survie.



Plus aucun rapport vrai avec ce que nous sommes en profondeur au sens d'humanité ou de société profonde. Une humanité sans qualité, dans la singularité perdue de sa nature et de sa culture. Nous avons troqué pensée et sentiment pour du chiffre et du code dans l'espoir maladif de nous libérer d'une condition jugée injuste par une raison devenue folle comme la roue libre d'un véhicule civilisationnel crashé. Véhicule militaire dinosaurien comme un tank de 14 piégé ou un cuirassé américain de 1880 retourné sur le flanc.



Nous ne sommes déjà plus qu'une sorte de numérisation modélisée de la forme humaine unitaire, sans plus rien d'unique unifié d'origine.

(...) "unité fonctionnelle synthétique positive" : " L'objet technique concret [ici l'humain] est celui qui n'est plus en lutte avec lui-même, celui dans lequel aucun effet secondaire ne nuit au fonctionnement de l'ensemble." (Simondon par Ellul).

Nos rêves vont vers des mouvements intérieurs perpétuels de camés en quête de doses compensatoires. Nous avons tellement perdu de poids et mesure dans nos calculs d'astronomes-apothicaires qu'il ne nous reste plus, comme destin commun, que la vérification aidée, sans fin, de la bande passante de procédures stabilisatrices évanescentes, crachotante comme une vieille TSF abandonnée au milieu de nulle part. Sorte de mélange cinématographique surréel dérisoire du Meilleur des mondes et de A.I.



Ne plus entendre parler d'humanité standard en fabrication est un luxe inabordable, comme ces terres utopiques et mythiques que seuls quelques modernes miséreux profonds, ceux qui coulent et touchent le fond, ont la chance cruelle de croire diablement connaître, en bas, aurait dit Rimbaud, fils maudit, dans l'horrible agonie à laquelle les voue, à la suite de Frère Baudelaire, le pire du meilleur des mondes possible, au sens scientifique terminal. Au sens matériel, noyé pensif.

Bingo crépuscule des Hommes !










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