mardi 7 octobre 2014

LES OISEAUX MÉCANIQUES

Pourquoi les animaux sauvages se cachent-ils d'instinct ? Il y a bien sûr la crainte des prédateurs ou le stress estimé de la survie. Mais pour les avoir observé souvent, on a ce sentiment étrange qu'il y a autre chose, peut-être lié à la nature sauvage, dont le côté discret et souvent furtif fait penser à une sorte de loi tacite et quasi-universelle d'invisibilité. On peut y voir une saine autant que salutaire pudeur naturelle.



Dans tel milieu tout le monde se connaît certainement très bien, même avec une distance sans doute territoriale, mais l'approche reste toujours difficile ou longue. Tout ceci ressemble à de la prudence mais peut-être aussi dû au fait que la confiance ne peut pas s'établir n'importe comment : il y a des règles, un ordre, un sens qui ne semble pas plus basé sur la peur pure que sur l'autorité des groupes.



Ainsi la loi de la jungle, comme on dit trop souvent pour résumer caricaturalement le monde sauvage, a t-elle, malgré tout, des sortes de codes globaux qui nous échappent. De toute façon les prédations entre animaux n'ont rien à voir avec les humaines : elle ont des limites. Et les relation inter-espèces n'ont pas l'air de se faire au hasard.



Connaîtrons-nous jamais les secrets des sociétés animales sauvages ? Non seulement personne ne « parle » mais presque tout le monde se planque naturellement, comme fondu avec le milieu, un milieu qui comme eux-mêmes, disparaît maintenant si vite que nous n'y voyons que du feu : 80 000 ha de nature bitumée ou bétonnée par an en France, soit la surface d'un département tous les 7 ans. Le nombre des animaux sauvages divisé par 2 en 40 ans. Plus d'éléphants d'ici 10 ans...

Sur le même territoire "partagé" et à peu près dans le même temps, la population humaine mondiale a doublé. Mais il n'y a aucune illusion à se faire : l'homme, le vrai, celui qui partage vraiment la part animale, n'y est presque pour rien, et il subira la même fin que le monde animal quand la Technique du Surhomme aura couvert ce qui reste de la Terre Mère, Gaïa.

 Celui qui s'était révolté contre les religions naturelles aura alors fini son sale travail de dé-création, par delà toute destruction.



Chez les animaux, ni omerta ni intégrisme, ni haine : on dirait qu'ils préfèrent simplement tous disparaître avec leur milieu plutôt que s'adapter, au mal, comme nous. On sait que certaines espèces se suicident collectivement sans angoisse apparente, en famille, si on peut dire. Qu'est-ce qui les y pousse ? D'autres préfèrent se laisser mourir de faim ou ronger la patte prise au piège (…) D'un autre côté ils savent fuir longtemps à l'avance de grands dangers comme les cataclysmes, les feux (…) Tout est mystère vivant du vivant ordinaire, silence et chant, bien à leur place éternelle. Et pourtant, comme ils sont si loin d'être des automates, comme nous !



Il y a aussi quelque chose de particulièrement émouvant chez ces soit-disant non « civilisés », c'est leur façon solitaire et retirée de mourir. Une façon si courageuse d'accepter la fin. Ce n'est sans doute qu'une apparence trompeuse : ils vivent apparemment aussi de cette façon, mais nous ne pouvons pas le savoir, sauf le jour mauvais qui ne peut que venir où ils finiront tous bagués et équipés de mini-caméras... comme nous.



Comment ne pas aimer d'autant plus, en attendant, le dernier grand mystère sacré de leur vie libre au milieu du bruit et de la fureur des humains, qui paradoxalement les font prendre par les imbéciles positivistes pour de pures machines de vie. On ne peut que les aimer d'un amour qui leur ressemble en attendant la fin du monde, d'un amour muet comme était celui de la mère d'un Camus, celle qu'il préférait à la "justice".




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