dimanche 19 octobre 2014

L'ARCHE ET LA QUILLE RECOMPOSÉE, CONTRE-HOMMAGE A RIMBAUD LA SCIENCE







Cher C.,


Je trouve particulièrement intéressantes les remarques sur les vérités de notre nature, de la souffrance et de la mort, ainsi que ce qui concerne l'ego, comme chemin spirituel permettant de mettre entre parenthèse ce que vous nommez, à juste titre, la contingence -- finalement globale systémique de n'importe quelle époque, devant les vraies questions

Cette contingence concerne aussi le formatage générationnel comme adaptation à l'évolution du milieu social dans son adaptation au progrès technicien, où nous baignons tous dès la naissance, et même avant.



Le socle d'éternité humaine dans lequel s'enracine pourtant notre humanité, face aux vents et marées de l'histoire et de ses chimères n'est pas une culture acquise, c'est notre être même, y compris dans ses transmissions « mystérieuses », face au néant qui nous menace -- mais aussi, qui fait notre grandeur au milieu du gouffre spatio-temporel-spirituel, un peu comme celle du marin face aux déferlantes mouvantes et bouillonnantes, accroché à son mât, son roc de bois flotté, le sisyphien...



Et pourtant, sans doute, comme l'esprit technicien qui le noie impitoyablement, il créé aussi lui-même cet être, dans sa propre « culture organique » liée, mais par une ouverture infinie au monde et même aux mondes, qui replace toute technique dans une perspective morale, effectivement. C'est à dire humaine. Et tout moyen devant l'obligation d'une fin liée, et reliée, à ce qui n'est pas lui.



Quand on prend la technique comme moyen, elle devient automatiquement une fin de par « la vertu » secrète et ambiguë de son autonomie fermée, un peu comme celle d'une fille strictement reproductrice ou matrice réglée, à cette différence que la nature reste, là, relativement ouverte au métissage, dans la mesure de son indépendance réelle au système familial-sociétal fabriqué

Notre système, non, absolument, dans le structurel fonctionnement autistique-moral-religieux de la dominance technicienne acquise de son élan, mécanique un peu, mais surtout, passionnel-fanatique latent.





Nous sommes face à une double fermeture : celle du système et celle des hommes, formatés par ce système. Nul, véritablement, n'y échappe, que par une sorte de miracle renouvelé de chaque instant.

Le miracle d'un combat désespéré, un peu comme une fille fait face à un violeur avec les moyens du bord... Certains le nomment foi, d'autre lucidité, d'autre encore combat pour la vérité...


Tous ont raison, à ce niveau plus ou moins conscient ou déterminé, d'être au moins conscients de la qualité et de la responsabilité de leur attitude, et de leur aptitude à "faire face" autant qu'à "lâcher prise", c'est vrai, selon l'intensité vécue de la folie pulsionnelle automatisée déchaînée, ou froide, de l'agresseur aveugle.



Tout ceci ne peut que nous rendre extrêmement prudents et courageux en même temps, tout en respectant les limites de chacun, mais sans renoncer effectivement à dépasser ces limites pour autant, puisqu'elles ne sont jamais, bien souvent, qu'une illusion sur notre vraie nature perdue, ou plus exactement chassée.



Mais tellement peu ont la force de faire face à leur vraie nature que cela devient un acte surhumain : nul ne sait s'il y parviendra, ce qui casse toute possibilité de sortie même du simulacre technicisé  en soi : génération après génération d'un côté l'espoir subsiste, comme le fait remarquer H., d'un autre, le désespoir reste évidemment le plus fort, compte tenu du rétrécissement cataclysmique intérieur et interne d'un monde en auto-fabrication, ne fabriquant plus que des objets techniques structurels efficaces.



A ce niveau nous sommes effectivement au cœur du problème"technique" contemporain, puisque "que faire ?" signifie bien, comme le remarqua Ellul, "quel moyen ?", dans un univers où toute fin a été méthodiquement éliminée au préalable comme extérieure, et inexistante, au monde rationalisé-dialectisé qui nous produit, et que, si nous ne nous désintoxiquons pas de ce préformatage, nous n'accéderons jamais plus ni à notre être lié ni à notre nature profonde comme racine moyeu.



Notre nature a été pliée à la Technique comme une matière première. Il nous faut la déplier et la redéployer sans faire l'erreur d'utiliser les moyens de cette Technique, ni pour autant de l'exclure absolument. Elle doit être désacralisée et reconnectée selon la vérité reliée de notre nature, pour lui redonner de l'être, non comme servo-système dominant, mais comme l'Arche d'une nouvelle alliance avec les mondes qui nous dépassent et nous orientent.



Contre la pression, fatale comme femme nous tient, que le système nous injecte, d'un absolu tabou de non-retour organique, doublé d'une culpabilisation liée à une fidélité obligée, non à un esprit clair et net, mais à une appartenance charnelle-passionnelle plus qu'ambigüe.

 Si souvent personnifiée par une amante (la vérité), et encore plus, par une mère aveugle (église, science, patrie...), dont le pouvoir tient plus secrètement de la déesse Kali, que de la raison soit disant-célébrée par la science révolutionnaire moderne « supérieure » d'occident.



D'esclaves aveuglés volontaires, il nous faut passer effectivement à une dignité libre, dans cette lumière aveuglante où nous baignons, pour le meilleur si peu souvent, et pour le pire la plupart du temps : lumière quasi-incestueuse, au niveau spirituel, comme une chute, le retour à une barbarie matérielle médusienne, sociale-organique, issue peut-être de ce que le matriarcat comprenait de pire : le pouvoir exclusif de fabriquer tout le monde, de faire et défaire tout par instrumentalisation « naturelle » totale des relations humaines. 

La doxa programmée étant de considérer que ce pouvoir aurait disparu par l'impitoyable cruauté d'un patriarcat de barbarie et d'animalité pures, venue d'obscures sources naturelles.



En tous cas, ce n'est pas ce que les Grecs, et bien d'autres, nous ont enseigné, pour prendre un exemple hors de l'horreur, dénoncée par les progressistes technicistes, du judéo-christianisme romain. 

Et pour aller plus loin, on peut émettre l'hypothèse qu'un tel pouvoir exclusif aurait pu s'effondrer de lui-même, par une sorte de décadence naturelle liée à sa débilité, au sens propre, parfaitement comparable à celle qui surprend aujourd'hui ceux qui considéraient les femmes comme des êtres inférieurs ou sous-humains. Par consanguinité intellectuelle en quelque sorte.



Et si nous ne pouvons lever une ambiguïté éternelle qui nous dépasse, au moins pouvons-nous essayer de la comprendre, ou encore plus humblement, la regarder en face, sans peur ni volonté de puissance, sans se faire piéger ni fasciner.

En hommes, et femmes, conscients autant de nos faiblesses que de notre honneur, maintenu dans la légitime volonté de notre être vrai vivant naturel (au sens de non touché par la main violeuse de l'homme).



Beaucoup de travail sur la planche, un océan où il n'y a de salut que dans la reconnaissance de ce qui est, et dans, effectivement, une approbation ou un consentement qui renforce le refus de ce qui le nie, mais qui refuse aussi et encore absolument, sous le fallacieux prétexte d'ordre ou de cohérence, de nier ce qui refuse de nier quoi que ce soit, au nom de quoi ou qui que ce soit.



La vie est un combat, pas une guerre, même si ce combat finit toujours contre nous, dégradé en guerre, à partir du moment où tous les moyens sont bons, dans l'esprit technicien d'un temps "égaré", au sens propre de sans destination, errant dans le labyrinthe de Machiavel. 

On nous presse de ne pas manquer le TGV, mais le train fantôme dans lequel on nous pousse et embarque de force a les wagons plombés, comme nos ailes, celles des canards sauvages, celles des anges de jadis, ou de notre esprit "moderne".



La vie est le combat, sans fin, de la libre paix frontale de mondes en éternelle recomposition.
Des mondes penchés, mais vers l'unité perdue de leur équilibre premier, comme un bateau ivre, corrigé par sa quille ressuscitée.



Ce n'est pas le surf qui importe, l'enfant qui lâche « le frêle esquif » au ruisseau de son âme « libérée », mais la qualité de l'esprit stabilisateur; et que la cargaison ne défonce pas la structure civilisationnelle par sa folle autonomisation molle de science dure.



Nous en sommes précisément là, exactement à cet endroit historique, sur la carte.
Que le lent et scientifique "dérèglement de tous les sens" aille se faire voir Ailleurs, vers des Inconnus que nous ne voulons plus connaître : nous n'aimons que l'Inconnaissable, sur lequel il n'y a nulle illusion.Dans l'obscur, au moins, tout est clair, comme dans une certaine peinture.



Ce que nous voulons n'est plus la folie des embarquements légers, même joyeux ou festifs, mais le voyage immobile et lourd, comme un ventre porte l'enfant rimbaldien armé d'amour, des eaux vives d'une conscience liée. 

Là est notre désert fertile et frais, comme une fille sauvage, et surtout pas la Belle apprêtée pour le sacrifice rituel de la Bête. Pas la déesse-Mère Mécanique, religieuse comme une mante moderne à cordes, à trappes ou à guillotine. Cette Jument de Troie en mauvais bois, on vous la laisse, et tout le bordel avec comme dérive.




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