lundi 3 novembre 2014

LE DIABLE EN RIT ENCORE






Un gamin pacifique, aimant la nature, plus que son jeune confort consommateur moyen de masse, se fait tuer dans une manif « dégénérée » par des extrémistes. Tué par tir tendu de grenade « défensive », légitime aux yeux de beaucoup trop, puisque les forces de police décomptent plusieurs dizaines de blessés, qu'elles doivent maintenir l'ordre, et se « défendre » contre cette sorte de guerre sociale rampante que promeuvent les opposants violents à un projet de trop de plus. De belles légitimités, vite dites, des deux côtés, quand ces deux côtés font la politique.



L'une, comme violence étatique obligée et même nécessaire, pour les légalistes purs et durs, ne se discuterait pas : la fin ordonnée justifierait tous les moyens : à la guerre comme à la guerre civile. De l'autre côté, le progressiste en contre-pouvoir, quand il s'agit de fascistes dénoncés, tout est permis, même les flacons d'acide... parmi d'autres barbaries traditionnelles de rue. Ce ne serait qu'un Carnaval des Méchants sans la jeunesse, la vraie.



Une haine bien rationnelle des deux côtés, mais ce gamin, qui, sans doute, fervent botaniste dit-on, n'a pas supporté qu'on rase impunément une forêt, une de plus, sous prétexte de décisions démocratiques officielles progressistes au pouvoir, c'est à dire nécessairement truquées, d'une façon ou d'une autre, pour faire aboutir un projet contesté, apparemment démesuré. Il n'y a pas qu'en Amazonie qu'elles sont menacées, les forêts, c'est partout. Et même les arbres, presque chaque arbre, des forêts défrichées aux platanes des routes de France, en passant par ceux de centres villes obsédés par les m2 commerciaux.



Pourquoi des décisions truquées ? Parce beaucoup de gens, de plus en plus de gens, ne veulent plus qu'on sacrifie la nature, et surtout des arbres. Mais on ne les écoute pas : leurs arguments n'ont pas de valeur économique ou industrielle, ils ne visent qu'à défendre une culture qui a perdu, celle de peuples et d'une raison de tradition, de sagesse, de partage, d'équilibre et de respect globaux. Il ne s'agit pas de la « ressource naturelle » des spéculateurs, mais de nature, de milieu au sens strict, c'est à dire de référence existentielle autant qu'essentielle. Contre une culture urbaine industrielle de remplacement de milieu, une culture techniciste qui ne veut plus entendre parler ni de nature ni de nature humaine.



La mort de ce gamin innocent, mais conscient des enjeux, regrettable fatalité pour les uns, qui estiment excessif et irresponsable la forme de son engagement de manifester contre un chantier « commencé », et du même coup font peser sur son choix une sorte de suspicion de responsabilité irresponsable, frisant un soupçon de culpabilité diffuse mais subtile. Cette mort, vite devenue, comme à chaque fois, un enjeu pour le camp des victimes « martyrisées », est jetée en avant comme un crime, un assassinat froid et volontaire, ce qu'elle n'est sans doute pas, tout en étant bel et bien un irréparable meurtre légal autorisé.



Côté pouvoir, l'argument-massue amalgamique répété avec une satiété écoeurante, c'est celui de stopper des casseurs organisés, et leur violence nue et ouverte, par une violence supérieure plus aveugle encore, comme toujours. C'est la guerre à la guerre, la terreur à la terreur, l'éternelle rengaine de la puissance publique impuissante, sourde, aveugle et muette. Il y a les principes à chaque fois bafoués par les mêmes ordres irresponsables ou calculés, ce qui revient au même. Toujours les mêmes manipulations des foules grandes ou petites, la même psychologie des camps.



C'est la violence de principe de l'État dans sa défense présumée d'intérêts collectifs d'une majorité dite démocratiquement représentée... contre celle de défenseurs de zones menacées par la cupidité d'affairistes, minoritairement organisés et représentés aussi, même si cette minorité est bien souvent, au départ, non violente. Mais au départ seulement. L'indignation est captée, la révolte canalisée vers des symbolismes logiques de foire d'empoigne ou de bataille rangée contre des fonctionnaires de l'ordre et de la loi, militairement conditionnés, bridés et entraînés. Et les lois de la guerre sans principe reprennent leurs droits dans la majorité des esprits retournés, dans la complicité active ou passive, parfois de l'ignoble.



La violence canalise indignation et colère en exutoire obligé, comme une sublimation de sentiments les plus profonds, qui passent des principes aux actions et situations de masse, d'actualité ou de circonstances, au lieu de se traduire par des choix de vie personnels définitifs. 

Il y a un chantage à l'action, à la réaction : c'est le principe militaire-militant des rapports de forces dualisants, dilemmiques et binaires du « ou bien ou bien ». Le coup de « tous ceux qui sont contre » et de « ceux qui sont pour », avec ses stratégies et tactiques partagées et récupérées, selon d'où vient le vent, par les deux camps, sans parler des propagandes croisées.



Gandhi n'aurait certainement ni accepté ni validé aucune violence de son « camp », dans ses « actions », même s'il estimait que parfois, la violence peut être légitimité défensive, comme une guerre de résistance, ce que pas mal de « zadistes » d'ici ou là estiment faire, parfois avec une raison pleine et entière. Dans ce sens « extrême », on voit bien qu'il ne s'agit pas que de violence, mais d'une autre chose liée à des principes qui la dépassent, fort heureusement. Principes qu'observait strictement le père des luttes non-violentes et l'inspirateur de Martin Luther King, au même titre qu'un Thoreau.



Il y a une façon pacifique de s'opposer à, ou plutôt de refuser (un chantier ou un "projet"), mais il faut aller jusqu'au bout, risquer les coups, la haine, les blessures et sa vie, sans agressivité, mais fermement, de façon déterminée, sans se laisser enrager par la violence professionnelle psycho-physique du pouvoir d'en face, ni convaincre par sa logique pseudo économico-démocratique médiatisée. 

Cette résistance, ce boycott des logiques et ce refus civils ne sont pas compatibles avec un fanatisme militant de masse aveuglées ou des stratégies politiciennes de contestation intégrée (on conteste pour mieux faire faire autrement, sans s'opposer sur le principe de ne pas faire du tout, puisque tout est relatif au système unique).



Il y a un mépris des principes dans les deux camps : leur morale, bassement utilitariste-systémique – surtout quand il s'agit de défendre des principes respectables, est la même. Le but et le moyens sont quasiment les mêmes : seules deux théories différentes, visant un même objectif de pouvoir rationnel sur le monde et les esprits, s'opposent, dans des logiques parallèles comme deux rails idéologiques systémiques.



Ce qui ne veut absolument pas dire que tous se valent : au contraire, c'est leurs différences que l'on égalise en mobilisant chacun sur un mot d'ordre-chiffon-rouge, fabriqué à partir de vraies convictions souvent, celles d'un monde coupé en deux : l'ancien et le nouveau, où le nouveau s'arrange toujours pour que le vieux monde, méthodiquement frustré de ses droits, et refoulé de son honneur, lui coure après, comme derrière une fille facile, avec une violence d'indigné indigne.



Vers le même trou béant, – gluant – diraient certains homosexuels haineux, théorisant leur ressentiment fielleux envers le féminin fascinant-fascisant le monde de la puissance, plus obsédés encore que le commun des malades sexuels par l'envie égalitariste concurrentielle inoculée à même leur surface sentimentale primaire, trop longtemps niée par le système pour revenir au respect le plus élémentaire de la mère, même la plus désaxée, côté construction sociale contre-humaine.

Quand on patauge dans la bassesse, la tête prend la place du fondement, la chute est sans fond. A ce niveau, interviennent les provocateurs de tous poils, payés indifféremment par les deux camps : ces casseurs, parfois les plus bas criminels qu'on puisse trouver en solde, font avancer ou reculer les mouvements, c'est selon. 1789, 1917, 1968 , dates qui résonnent étrangement à nos oreilles, quand on examine ces éléments là, payés toujours autant par une police efficace que par d'incorruptibles vertus . Peu importe le flacon ou le con...



Un jeune homme vient d'être tué dans une histoire de barrage, celui qui meurt, en général d'overdose compensatoire de cet idéalisme héroïque admirable qui nous manque tellement après, que nous ne pouvons même plus vivre vivants, dès que nous perdons le pucelage de notre esprit d'enfant, le bernanosien ; celui qui meurt pour des idées, comme disait Brassens, n'est pas seulement victime des acteurs actifs de la "circonstance", comme il est bien trop simple de le croire et de le dire sur les toits médiatiques.



Personne n'a raison dans une vraie maison de fous livrés à eux-mêmes. L'idéalisme n'est pas compatible avec les réalismes qui s'opposent dans un bordel sadien conventionnel de guerre intestine larvée...

Les "réalistes" professionnels de la contestation et de la révolte, rationnellement organisés, deviennent les sectaires de  redoutables sectes en action, en imposition mentale, à la manœuvre et manipulation de cœurs purs et innocents, jetés, vierges, au milieu du grand rut criminel collectif de la basse cuisine politicienne d'opposition, acceptant ignomineusement que des éléments incontrôlés viennent leur apporter, par leur bonne barbarie autorisée, des sensations lâchées et des victoires abjectes, propulsant ces amants enragés du réel extasié au 7ème ciel de la défonce psycho-politique ou psycho-critique, dans leur irrésistible élan de prophètes patentés ou de maquereaux officiels des idées nouvelles

Les bavures seront imputées au fascistes de l'autre camp, désarmés dans leur esprit de justice officielle par la grâce du sacrifice au dieu de la plus forte raison marginale, bien séparée du mal à conjurer. Comme par un cordon sanitaire de pestiférés à abattre. Dieu reconnaitra les siens...



Nous avons mal à ce jeune homme, comme à un fils, plus bêtement que méchamment sacrifié -- pour rien. La corruption ne rapporte rien, et même moins que rien. Quand dans le camp des anges, on fait la bête, c'est pire que la bestialité dénoncée des malades systémiques. C'est un gamin qu'on tue aussi, notre gamin, bien plus que notre pauvre chair, c'est notre esprit qu'on trahit, plus loin que le plus bas, par un défi plus criminel que le crime le plus "sauvage"

A patauger dans la haine et la propagande, nous fabriquons sans fin une montagne de honte qui dégoûte même le larron criminel ordinaire. Le Diable, sans doute, rit encore de ce sang si frais, encore si pur, abreuvant les misérables sillons de nos illusions perdues..

 Jamais nous ne remonterons la pente sans une guerre à l'horreur et la cruauté malheureusement la plus inédite. Ainsi, Bernanos avait tristement raison, quand après avoir vécu 14 comme une apocalypse ordinaire radicale, il déclarait, sans l'ombre d'une provocation, hélas, que "la souffrance est une merveille". Sous le Soleil de Satan l'aveugle est roi.











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