mardi 6 janvier 2015

HUMANISME COMPTABLE












« On peut très bien être humaniste et savoir compter. » Cela va de soi, ami social libéral : comme si l'humanisme interdisait de compter ! Un homme est un homme quand 2 et 2 font 4, même si ils font parfois 3, comme le disait Dostoïevski, je crois...



Comme si là résidait le sens du proverbe : Quand on aime on ne compte pas. Ce qu'exprime ce dicton, c'est la mise au second plan de la comptabilité ordinaire devant plus grande valeur qu'elle. Valeur sans prix, donc incompatible avec le calcul pratique, utilitaire, qui doit rester bien à sa place : au niveau matériel. Et surtout pas se mêler de donner des leçons de vie au sens même de la vie.



Puisque ici, comme partout ailleurs, n'en déplaise aux niveleurs de tous poils, il y a un haut et un bas, une « hiérarchie », Mesdames, ce mot tabou du cul par dessus la tête, que respecte même la bête la plus sauvage.



Par contre, que la comptabilité pure et dure, interdise presque toujours, elle, l'humanité la plus élémentaire, est un fait malheureusement trop accepté, une sorte de fatalité culturelle – un peu trop, à notre goût français de souche spirituelle, en demande de naturalisation et de reconnaissance, ces temps maudits-ci. Que la comptabilité, cette quasi-pseudo-science humaine, revendique un domaine réservé, pourquoi pas, après tout ? La pègre a bien le sien. Il faut de tout pour faire un monde des plus vieux métiers.



Et cet interdit tacite, dans sa logique interne, interdit bien d'interdire tout ce qui n'est pas comptable, renversant ou plutôt inversant l'interdiction catholique ancienne concernant l'argent, et notamment l'esprit d'usure et de profit, la retournant en jouissance absolue, légitime et morale à défouler en masturbation éthique-intellectuelle, progressiste moderne, humaniste intéressée.





Le meilleur humanisme est celui qui rapporte le plus d'argent, de chiffre d'affaire. De l'égoïsme rationnel randien à tous les business de charité associés.

Un humanisme rationnel, c'est à dire rentable et profitable, le plus partagé possible, mais au sens de virus, comme on partage non un bien, mais un mal, non une vraie richesse, mais une réelle misère, absence de richesse à soulager par une consommation compulsive imposée par le bon vieux sens des affaires volant au secours de besoins non satisfaits. Un humanisme de marché. On nous fait marcher. Sur la tête.



Le problème de fond est évidemment celui de la compatibilité de la comptabilité, ce scientisme économique moderne, et de ses visées hégémoniques, libérées par une récente et agressive autonomisation sauvage, avec les traditionnelles valeurs supérieures.



On hésite d'ailleurs à bien discerner si c'est ce qui lui est supérieur, que la comptabilité chiffrée combat, ou si c'est tout simplement le sens universel de l'humanité, au plan pratique, même si, évidemment, les deux choses se rejoignent : non seulement les anges ont un sexe, mais ils ont aussi une bouche à nourrir, comme tout un monde démocrate en concurrence vitale.



Nous sentons obscurément, derrière les sophismes et syllogismes du Plan Comptable à la mode américaine, qui nous envahissent jour après jour, par vagues massives de propagande contrôlées, qu'il s'agit d'abord d'une attaque de plus en plus frontale contre le sens universel de la vérité, méthodiquement saboté et terrorisé par la violence sournoise des réalités les plus brutales, projetées sur le théâtre des opérations chiffrées, les plus éloignées du noyau transcendantal de la civilisation universelle des humains.



De leurs qualités les plus précieuses, les plus fertiles, les plus enrichissantes. Le voyou blanchi par la manipulations experte des colonnes de quantification bien alignées, ferait la loi morale et le droit civique, en pure fonction armée du chiffre. La loi du chiffre, comme il y a une loi de la rue ou de la jungle, contre celle de l'Entraide Kropotkinienne, répondant le plus naturellement du monde à la darwinienne sociale au pouvoir.



On pense à Capone dans le film Les Incorruptibles, batte de base-ball sous le bras, « narquois » en smoking, à son goût de l'opéra et des formules médiatiques, à son démocratisme maffieux, à sa haine des minables et des « ramasse-merde » : ceux qui n'ont pas sa morale utilitariste absolue sur le coeur, et encore moins l'expertise de sa pratique criminelle royale éclairée de rancœur réaliste politique et spectaculaire.



Imaginons-le un instant déguisé en économiste à la mode : vous aurez à peu prés une idée de ce qui arrive en continu, à tir tendu, sur nos gauloises têtes depuis peu, 3 ou 4 décennies, dans notre bonne vieille Europe.

Évidemment tous n'ont pas  l'écœurant panache du Capone du film, son aura fascisante et fascinante, ses mimiques à vomir, pures et péremptoires. Alors, restent, mécaniquement, les mots d'ordre martelés à  la batte baratin, la propagande des « spécialistes » diplômés ou entrepreneuriaux, vent-debout contre l'État-providence des Rois Fainéants.



Vive la République du Dieu Dollar, sa Démocratie Commerciale et ses Pratiques Comptables Échangistes. A bas l'amour humain, vive l'amour libre. Comme disait Orwell : « La liberté, c'est l'esclavage ! » Sans oublier ce qui nous attend, au dessus de la tête basse, comme un bonnet d'âne, inscrit à l'entrée du camp, en avertissement anachronique universel  : « Le travail rend libre. » Demain sera soft à Buckenwald, amis hexagonaux internés dans leurs têtes.



Que restera t-il en fin de compte ? Le civisme productif contre l'humanisme transcendantal

La participation contre le partage, le droit contre l'obligation morale, l'impôt et la taxe contre le principe, le droit payant contre le droit naturel d'avoir une culture partagée, le droit de consommer contre la liberté d'aimer ou de créer, le droit humain contre la conscience, le droit des affaires contre le droit au travail (ou au logement), inscrits dans la constitution française de De Gaulle (honneur unique au monde, même si jamais appliqué).



Que reste t-il de la culture amérindienne en Amérique ? Une industrie du tourisme, notre avenir français tracé, partagé avec les peuples premiers d'Europe et du monde, bien conforme au Plan Comptable Mondial ET aux Droits de l'Homme Libre.  

Ce monde qui fabrique et interchange tous les autres. Libre d'humanité espagnole, d'humanitas perdidas, comme d'honneur. Monde statistique pourcenté, déjà acté au pays des Dieux penchés sur l'humanisme nouveau, doigt levé...



2 commentaires:

  1. Franck Lepage a fait remarquer à ce propos que le mot « hiérarchie », autrefois symbole de la culture d’entreprise, est devenu totalement absent des actuels manuels de management. L’égalité est bien l’ultime piège dans lequel finiront de croupir les « derniers hommes ».

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  2. En réponse : voir l'article "Le nouvel arbitraire" du 11/01/15.

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