samedi 24 janvier 2015

FORCES LIBRES FRANÇAISES # 5 LES NOCES ÉTRANGES








La guerre propre n'est ni un slogan de blanchisserie ni un rêve d'adolescent romantique. C'est la seule réponse humaine possible à la guerre moderne qui nous est faite, à l'intérieur comme à l'extérieur. 

Tout le monde connaît l'idéologie « universellement partagée » de cette dernière, sans doute très intimement liée à son nerf, et plus précisément encore, aux pétro-rétrodollars, même si ces liens ne sont pas exclusifs. 

Mais notre Résistance à nous, faisant pièce à celle de Laurel et Hardy en 14, c'est d'imaginer celle de Monsieur Hulot, précise et légère, au sens d'esprit léger, un peu comme celui dans lequel baigne, ailleurs, par exemple, le film « La vie est belle ».



Cette réponse est vieille comme le monde : elle exige seulement, comme moyen suffisant, matériel et spirituel, de se tenir prêt. C'est une guerre, défensive non-violente; de valeurs qui nous tiennent debout, en dehors de l'état provisoire d'horizontalité imaginaire procurée par les corruptions addictives contraintes d'un monde où nous sommes sans être, une sorte de système d'existentialisme social imposé.



La guerre défensive des valeurs ne donne pas de coups ni n'en fait : elle se garde d'en recevoir, et quand elle ne peut les éviter, elle scrute leur origine plus que leur intention idéologique. La guerre défensive des valeurs, guerre propre, ne confond pas les valeurs et les symboles, et travaille sur les valeurs pour libérer les symboles du détournement et des instrumentalisations, symboles qui ne sont que des outils temporels essentiels indispensables à la survie et la transmission des valeurs à l'intérieur d'un cycle.



Le plan symbolique est un chemin du sens, pas le sacré ni le cœur du sens lui-même, que rien ne peut atteindre, sinon le sens n'aurait plus de sens. 

Les valeurs en elles-mêmes n'ayant besoin ni de symbole ni de sacralisation, mais un monde qui ne les reconnaît pas est un monde sans valeur ni sens. La négation de leur éternelle et nécessaire incarnation, au niveau exclusif de leur réalité, ne signifiant nullement l'affirmation d'autres valeurs : il n'a y a pas de valeurs de remplacement, il n'y a que des illusions criminelles. 

En ce sens les valeurs d'humanité sont plus que des valeurs, elles sont trop proches des sources pour être récupérées par les autonomisations détournantes des pseudo-philosophies idéologiques modernes.



En attendant, la dégradation péguyienne des vraies valeurs n'a cessé de produire ses effets croisés : idéologisation du religieux et sacralisation de l'idéologie (la sécularisation, forcée ou pas, n'élimine nullement le religieux ou le transcendant, elle le transforme en le dégradant en matérialité corrompue, crédule et criminelle)

Comme si, à l'inverse d'un politique sécularisant et séparant, autonomiseur absolu, l'idéologique n'avait cessé lui, de mélanger, de dialectiser et de lier, de re-lier, au sens strict, mais corrompu, ce que le matérialisme dit scientifique n'avait cessé de rejeter aux ténèbres extérieures de l'obscur et de l'obscurantisme. 

Absolutisation du politique (tout est politique), abondée par la relativisation du religieux. Comme si la dialectique historique s'était mystérieusement muée en inversion dynamique pure et simple. N'y a t-il pas là une sorte d'alchimie, de poésie maudites ?



Mais qu'est-ce que cette idéologisation du religieux dans la cristallisation de nouveaux intégrismes, de nouveaux dogmes matériels, sinon une sur-absolutisation à partir du politique ?

 Comment comprendre cette ultra-moderne surdétermination ? N'aurait-on pas affaire là à ce qu'un Ellul aurait pu qualifier de système technique religieux ? Quand la propagande rejoint la foi dégradée et s'en nourrit ? Les observateurs les plus avisés du politique révolutionnaire (ou même réformiste, à la limite, à partir du terme Réforme) ont traditionnellement pointé la reproduction politique récurrente de certaines structures religieuses, à l'intérieur même des techniques d'organisation du révolutionnaire, et des structures qui les permettent dans le temps et l'espace de leur foudroyante propagation. Les parallélismes méthodologiques, donc les finalités, sont flagrants.



« Le fait religieux » n'aurait donc jamais été historique, même historicisé de force, mais déterminant métaphysique en amont de tout moyen, de tout comment, de toute mesure et de toute efficacité même. Mais, dans le seul sens que la méditation est action et que cette action transcende toute histoire, à l'opposé de toute technique.

Il ne serait, et ne sera jamais passé à la trappe d'une histoire modernisée, mais aurait été occulté, au sens que Breton donnait au terme dans une visée révolutionnaire : réorienté de façon occulte, et secrètement et savamment inversé, pour arriver à une sorte de résultat automatique de récupération).



En clair, les « révolutionnaires » n'auraient jamais été que des dissidents du pouvoir religieux, jouant en permanence la carte dialectique des combinaisons d'inversion des immanences-transcendances autorisée-interdites, transformant le monde en un labyrinthe de plus en plus complexe de reflets réels, brouillant les vraies sources, ouvrant les portes aux vents de toutes les illusions du devenir ?

Ellul, encore une fois, a pointé cette inavouable métaphysique comme présupposé inavouable même de toute science-technique.



Un religieux réintégré en douce par le tour et le détour de la magie technicienne, un religieux sans vérité, un religieux de réalité et d'efficacité psychologique de masse où la fin justifie les moyens. 

Un religieux vidé de sa substance spirituelle, avant remplissage et bourrage de crâne par la vertu de toutes les misères d'un monde à transmuter catégoriellement et automatiquement, au sens premier du mot, en machine à vivre, à avoir, penser, et croire, rationnellement

Une sorte de militarisation de la foi à laquelle les plus grandes organisations religieuses d'occident, dévoyant en quelque sorte l'esprit de la chevalerie vraie, ont toujours régulièrement eu recours. Militarisation au sens de rationalisation des moyens instinctuels-sentimentaux de maîtrise, domination et imposition mentales.



L'armée de l'ombre d'un religieux séculier moderne, laïque et étatique, d'un religieux administratif, la sainteté laïque de son pouvoir et la sacralisation de son autorité, dans sa guerre sainte contre le sacré traditionnel, pur et simple, non égalisé ni légalisé. 

Est-il encore un intégrisme nouveau qui ne cherche pas à s'étatiser, à se séculariser, à se démocratiser ? L'état moderne sacralisé n'entraîne t-il pas, inévitablement, un religieux pervers corrélé, naturalisé ? Une horrible concurrence des moyens, dans une guerre totale pour le pouvoir sur des esprit déspiritualisés ? Tous deux utilisent à fond les techniques modernes de propagande, font passer, religieusement, tous les moyens possibles, à partir de principes ajustés après détournement, sur le cadavre de la vérité.



La sale guerre des valeurs actuelles patauge dans cette déchéance, cette abjection morale, et la guerre propre consiste à se détourner de cette pandémie spirituelle par une hygiène élémentaire de l'être. Un être non souillé par l'avoir ou le savoir. Non souillé, pas même au sens moral : il suffit de songer à ces plages mazoutées du monde immergé. Un innocence maintenue au cœur de l'expérience au prix le plus fort – celui de la guerre – qui n'est sans rappeler les principes élémentaires de l'ancienne chevalerie, si humiliée qu'elle soit par les esprits forts du machiavélisme techniciste moderne dans leur coreligionnaire bassesse virale, l'esprit de trahison.



Une innocence non médiatisée par le savoir pestiféré des utilitarismes fonctionnels et les machinations du machinisme barbare. Que de nouveaux guerriers de la haine et de la cruauté, dans ces conditions-là, surgissent régulièrement, tout armés d'un armement ultra-moderne, du ventre de la bête, n'a plus rien d'innocent ni d'inexplicable, justement : c'est non dans l'ordre, mais dans le désordre.

Maintenant, revenant à la destruction irréversible des valeurs en cours depuis le début du commencement de la fin, il faut être lucide. Elle est proprement religieuse ou spirituelle, si on préfère. Et ce ne sont pas, directement, de ces pertes dont les imposteurs au pouvoir se soucient, mais des conséquences imprévisibles potentielles sur leur univers de remplacement. Ils savent que leur stock primaire d'unités de sens s'épuise inexorablement.



Ce stock anthropologique sacré sans lequel il n'y plus ni sens ni société ni rien, mais dont le transvasement universitaire clandestin  des valeurs affiche une négation de façade permettant de légitimer un pouvoir du même ordre. Et inversement, idem, chez ceux qui, visant le même stock- patrimoine de l'humanité, combattant le plus ignoblement cette façade lézardée pour la remplacer par une autre. 

C'est une pure guerre totale de fausses valeurs, comme on se battrait pour de la fausse monnaie, ou plutôt comme on se bat et travaille pour de la monnaie réelle fabriquée de toute pièce.



Dans ce terrorisant contexte mondial au réel, on peut voir que pour les soudards ennemis, ces bouchers et bourreaux nouveaux, ennemis de toute humanité ordinaire, dans tous les sens du mot, rien ne sera jamais acquis et c'est tant mieux : ce qu'ils détruisent – les vies, les cultures (…) ne pourra jamais atteindre la vérité dans son esprit même : toute destruction physique, comme pour le Christ, renforce et ressuscite au devenir, en raison inverse de l'inversion criminelle qui produit ce mal, ce malaise, ce malheur, et cette fatalité matérielle.  

Puisqu'il n'y a de fatalité et de déraison possibles que matérielles. Par matérialisation corruptrice des esprits les plus religieux primaires, ceux qui prennent la lettre pour le mot.



Face à cette gangrène, les valeurs n'ont jamais eu de prix, aucun prix ne peut les sacraliser en avoir, pas même la mort, le sacrifice, le viol, la torture ou l'horreur si chers aux prêtres noirs. Les valeurs sont stables, comme les cathédrales, chez nous, traversent les siècles. Aucun prix ne peut non plus les désacraliser vraiment : celui du sang leur donne un respect mystérieux, qui nous fait retourner clandestinement au pays de l'Enfance de l'art de la guerre, quand nous mourrions pour rire dans un monde trop sérieux, trop « sûr » de ses valeurs « sûres ». A ne plus savoir quoi faire pour les sauvegarder à la première pensée de les perdre. 

Mais l'inconstance et l'inconsistance des humains ne fait pas celle de la vérité – contre toute Histoire, fût-elle jugée « à sa fin », ou arrivée en fin de cycle. La guerre propre est sereine comme une détermination météorologiquement surnaturelle. Ici la Résistance tragique est aussi sereine que le premier film de Tati.



La guerre propre n'est pas politique puisque la politique n'est rien, la personne humaine et l'humanité de la personne, tout. Dans le sens, naturel ou divin, de plus-qu'humain, surnaturel : la guerre propre est sa défense, par delà la personne, par son moyen accordé, et dépassement.



Dans les sales guerres culturelles, la faiblesse logique, autant donc que la logique de la faiblesse, des sociétés occidentales, vient de cette nécessité où elles ne peuvent plus, et n'en peuvent plus, que se trouver de toujours à transmuter absurdement et sans fin – quantitativementnt, si on veut – , ce qu'elles nomment, prudemment et de façon prude, « le fait religieux » – fatalité noire comme un cancer social, une perversion, un archaïsme ou une fascisation, récurrente, rémanente, virulente sous chape.



Fait toléré et non protégé comme il est clamé, dans les limites de sa transmutation sécuritaire et séculière productive, comme une sorte de sexualité dangereuse du spirituel : il ne doit reproduire que du politiquement correct, neutralisé et redistribué en morale sociale conformée, confirmée.

L'instinct religieux, constamment rabaissé et dégradé vers le bas, besogne sans fin puisqu'il ne cesse de naturellement vouloir s'élever et se libérer de la pesanteur sociale et sociétale, contraint de fait ces sociétés à l'imposture coûteuse et épuisante du travestissement de la vérité dans l'histoire et l'actualité de son contrôle.



Cette transmutation permanente est, en France comme ailleurs, contre-naturelle et contre-culturelle : la séparation des soit-disant pouvoirs n'est que façade : la défense obligée de valeurs spirituelles sous-jacentes aux morales stérilisées de surface ne pouvant, de plus, se faire, dans le siècle ou la modernité, que sous une autorité spirituelle déguisée, défroquée, donc sans pouvoir en tant que telle, et privée d'être, condamnée à l'existence marginale déterminée d'une force négative pure, et même perçue comme telle par ceux qui sont chargés de la défendre... contre elles-même en quelque sorte, comme on manipule du TNT, et de s'efforcer, sans y parvenir, de la croire et faire croire au service du bien et de l'idéal qu'elle ne peut que nier par principe, n'étant plus, transmutée vers le bas, depuis Constantin par exemple; que pur moyen de pouvoir et de domination. Instrument sécateur, sectateur. La séparation plaquée mécaniquement non seulement empêchant toute union mystique vraie, mais provoquant toutes les perversions d'un système de contradiction pure et d'auto-annihilation, vendu comme un équilibre supérieur démocratique low-cost.



Le contrat social et culturel, retapé plus que bâti sur ces cendres froides permettant une collectivité réaliste de gestion et de co-gestion par délégation et séparation des pouvoirs, ne peut, contre toute vérité personnelle partagée, ni vivre ni même fonctionner : la transplantation, après lavage des cerveaux et des racines, ne marche pas.

 Elle n'engendre que des rejets et des lois anti-rejet, envahissant tout l'horizon, sans jamais pouvoir s'appliquer, ni traiter le mal, au contraire : les perversions ne font que se perfectionner au fil des complexités, tissant un tissu social ressemblant plus à une camisole qu'à une pacification des passions, finalement déchaînées contre un corps contraint et violé, de plus en plus obscurément soupçonné de toute responsabilité, évidemment à la fois à tort et à raison, ce qui assure la pérennité chronique de son suicide maladif, décadent ou fascisant.



Du petit lait idéologique pour toutes les jeunesse hitlériennes, bourgeoises ou révolutionnaires, multiculturelles ou culturellement pures à venir. Autant de belle matière première pour l'industrie culturelle de guerre et le commerce des armes idéologiques des propagandes globalisées...



La guerre propre n'est ni une déviation ni une subversion, comme la sale ; elle pare les coups en les déviant positivement : elle ne dégrade rien, elle régénère de l'intérieur, remettant en cause la source même des idéologies, leur obscurantisme rationnel, face aux vérités auxquelles elles croient et font croire s'attaquer comme à l'essence d'un mal imaginaire, essentialisant ce mal, comme si un mal pouvait être essentiel sans être vrai, donc en étant inessentiel, comme aurait noté le fin pourfendeur Stirner.



Cette guerre est droite, non dans ses bottes d'acier, mais dans son fil, celui de la non-violence et de la radicalité de sa ferme douceur. Elle questionne positivement la vérité de la vérité à laquelle nous croyons, soit au niveau du réel, soit au niveau du cœur, quand il bat et se bat encore. 

Non seulement cette guerre est désarmée, mais encore, elle est désarmante dans sa grâce inutile, si proche de l'oiseau symbole encagé dans glu puante d'un cliché devenu hors de prix.





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