lundi 12 janvier 2015

LA GRANDE PEUR





« Ne vous laissez pas diviser ! », entend t-on partout martelé en ce moment, au lendemain des 7 et 11 janvier français.

Pour préserver « l'unité nationale » d'une France coupée en deux, trois, quatre (…) depuis des décennies, ou même des siècles, mais qui a toujours su « se retrouver » pour défendre ses valeurs supérieures menacées, partagées au delà du clivage plus idéologique que culturel entretenu pour diviser et exploiter son peuple ; pour préserver l'unité politique des politiques donc, ne sortez pas de la pensée unique unitaire mondiale.

Face à la « guerre mondiale du terrorisme » menée, contre l'Alliance à laquelle nous appartenons de par la volonté de nos gouvernants, en vertu d'accords passés sans accord ni même consultation du peuple ; guerre aujourd'hui menée contre la France. Cette guerre, dans laquelle nous sommes engagés sur des « théâtres extérieurs », est « un défi mondial » auquel nous répondons par une guerre au nom de nos valeurs universelles, de nos valeurs mondiales.

Voilà ce que veut dire d'un côté ce slogan, et, de l'autre ce qu'on nous en dit.

« Ne vous laissez pas diviser. » Comme il est non seulement trop tard pour ça, mais encore comme c'est un désordre de fausse différence, implanté et maintenu de fait et de force en ordre prétendument supérieur, il faut bien trouver une parade logique, une « para-logique » pour le faire régner, cet ordre fabriqué, malgré tout ce qui arrive, sous l'indiscutable et imprescriptible autorité toujours plus protectrice de l'État, en répondant, par un slogan de sagesse théorique, à la peur liée aux conséquences de ce désordre, et tenter de faire face à une situation à laquelle il n'est pas étranger du tout, cet ordre des choses.

L'indivision donc ou la mort, à la fois très concrète et virtuelle, liée à chaque menace de cette guerre faite à la population, nommée terreur, puisqu'il n'y a, à proprement parler ici, pas de terreur militaire, en apparence restreinte et comparative, si elle est encore ou d'abord possible.

Il y a la peur des gens, et la peur, très bien fondée, de ceux qui dirigent, que l'ennemi public profite des faiblesses constitutives du système, comme s'il ne l'avait pas déjà fait. Il s'agit donc d'une peur des limites de l'aggravation de la situation, qui n'a pas tout à fait le même sens, à travers les mêmes mots, pour les uns et pour les autres.

Limites, par delà lesquelles, évidemment, gouvernance oblige, tout serait permis pour rétablir un semblant d'ordre, ou d'équilibre normal ou normalisé de la situation. Y compris l'engagement complet de la nation dans une guerre totale, entendez : sans limite non plus. Totalitarisme criminel collectivisé, comme d'habitude, évidemment souhaité par personne, mais perçu, aux deux niveaux, comme menace à la fois si lourdement virtuelle et déjà tellement réelle, que nous ne pouvions, et ne pouvons que, si naïvement et mensongèrement, continuer méthodiquement de la nier.

D'où le malaise dans la civilisation républicaine française. Entendez par là ces valeurs qui sont à la fois nôtres et universelles, sans pour autant parvenir, et pour cause – quand on voit leur mise en pratique – , à ne pas être exclusives et sélectives, orientées et instrumentaliées, puisque nous en sommes aux conséquences directes de cet exclusivisme hégémonique (et parfois même, négrier, dans un si récent passé). L'imposition barbare et cruelle de ces prétendues valeurs civilisationnelles universelles étant l'une des matrices naturelles et culturelles des terrorismes réactionnels modernes, partout où, de près ou de loin, cette République-là eut des colonies, aujourd'hui encore associées selon diverses formules.

Mais il y a plus, « en interne » : les dissociations de l'intelligence que l'application volontairement dévoyée de certaines de ces valeurs a finalement provoquées, a abouti, par exemple, via les manipulations mentales post 68, cristallisées en révolution culturelle de masse autour de vraies valeurs au départ, à la destruction en cours de toute vérité hiérarchique et d'autorité naturelle ou légitime, avec un pour horizon final un conformisme nihiliste déconstructeur de type totalitaire bourgeois et mou, après le passage à la moulinette existentialiste sociétale, non encore achevé...

Mais laissons-là la Grande Trahison des libéraux « libertaristes » de tous poils, qui, si elle paraît hors sujet, (et fermons donc la parenthèse), n'en est pas moins liée à la décadence morale qui permit l'affaissement central des idéaux républicains authentiquement construits en dehors de tout complot de pouvoirs et de domination-manipulation du peuple passant par l'institution d'une sorte de religion rationnelle civique imposée par la Terreur (déjà).

Revenons à nos moutons, pour finir.
« Ne vous laissez pas diviser ! » Ne dites pas ni ne pensez pas les vérités spontanées du sens commun face aux « évènements irréels » produits par l'actualité de la rue et des esprits malades choqués. Laissez la logique pure et son esprit critique penser les choses pour vous. Laissez la logique de troupeau guider vos réactions « officielles » les plus « spontanées » et vous accompagner psychologiquement jusqu'à la victoire finale la plus assurée.

Mort, quelle est ta victoire ? Les pleureuses noires, officiellement excommuniées, du « sursaut » entonnent déjà leur pathétique et maléfique « Vive la mort ! ». L'envers du décor est toujours le même, le spectacle continue en intérieur nuit.

Même Camus est dépassé : tout le monde est devenu la victime de quelqu'un. L'absurde est bouclé pour le bouquet républicain, un, indivisible et dérisoire. Le rideau se lève sur les monstres de « l'aube dorée » d'un nouvel ordre. Personne n'est déjà plus défendable, et pourtant il faut défendre la vérité au milieu de tous, sans tremblement ni haine, fermement.





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