mardi 24 février 2015

MEDITATIONS BERNANOSIENNES # 1 LA FRANCE DES NON-ROBOTS


Article repris et remanié à partir du commentaire du post du 23/02/2015 sur le blog Venator

Une France éternelle 


Cette mère-patrie-là, à la fois mère courage et mère patience, ne demande pas à ses enfants de se sacrifier pour elle : elle ne les mange pas. Sa vie et son destin sont un seul et même sacrifice : la jeunesse porte la culture éternelle d'un monde dont la liberté est l'alpha et le partage l'oméga. 

Cet instinct maternel-là n'a rien à voir avec une culture de rationaliste technicienne, coupée de la nature et de sa vérité. La jeunesse d'un peuple ou d'une personne n'est que prolongement d'éternité et de vigueur anciens. Rien de moins, rien de plus. Non éternel retour du même humain borné, mais éternel recommencement ouvert dans son chiffre même.


Culture charnelle, ou plutôt incarnée, non satisfaite d'elle-même, dans un humanisme conforme confit de limites ridicules, mais force de dépassement et de détachement – de celles qui relient, relèvent et rallient le monde, le vrai monde, le non fabriqué, non truqué

Ce dépassement c'est d'abord voir et concevoir, prévoir autre chose que soi, de meilleur et de plus haut. Quelque chose d'autre, qui donne une autre mesure de nous que nous-mêmes pour nous-mêmes. Quelque chose avec ses propres qualités universelles, en qui on puisse croire toujours et pour toujours, du début à la fin. Contre le mensonge délibéré, libéral de l'Histoire.



Quand on parle France éternelle, et l'on sait que Bernanos ne pensait pas : « vieille France », mais à celle qui, fidèle à ses origines jusque dans un certain esprit populaire de la Révolution, porte en elle, dans sa paysannerie spirituelle, sa laïcité sacrée, toutes les valeurs d'une civilisation dont la fusion des racines, parfois très éloignées les unes des autres, firent un pays culturel unique au monde, aussi bien par la hauteur chrétienne de ses exigences que par la sacralité ordinaire de son mode de vie cosmique.

Puisqu'on sait que ses valeurs profondes, miraculeusement accordées et fusionnées chez nous, proviennent des sagesses plus anciennes, comme la celtique par exemple, et d'autres encore. Nous n'avions rien à envier au taoïsme, dans un sens. Mais nous avons tout abandonné pour de l'américanisation sociale moyenne.



Ainsi perdre l'estime de soi, pour nous – ses filles et fils –, revient-il aujourd'hui à abandonner un Christ cosmique sécularisé, qui aura mêlé si longtemps son sang fraternel à celui des plus pauvres et des plus purs de nos tribus européennes, et à le laisser seul face aux rires et aux crachats des foules de la consommation mono-maniaque d'image et de marchandise. 

Perdre l'estime de soi, c'est s'abandonner et se vendre aux forces obscures du marché et de la puissance, au mépris de la vérité éternelle de l'humaine condition – celle de l'homo religiosus, non urbain, très précisément conscient de ses origines et de son destin, de sa responsabilité cosmique, quelque soit sa place, ou sa non-place dans la société humaine. La première prostituée indépendante venue est meilleure que chacun d'entre nous : elle en fait moins pour « survivre » à ce qui remplace le monde, à la « mondialisation » des mafias qui font main basse sur lui en nous.



Qu'est-ce que cet humain-là, le religiosus ? C'est le non-égoïste, le non-individualiste, le non-rationaliste, le non-technicien, celui qui croit d'abord de tout son être, sans savoir qu'il croit ou croire qu'il sait sans croire, non à des superstitions comme l'économie, la gloire, la science ou le progrès, mais à des valeurs vraies, non les siennes mais celle du monde. 

Toute valeur vraie est au delà de soi et de la société humaine et de ses "histoires", du temps et de la mort. Toute vraie valeur est d'abord un transhumanisme. C'est pourquoi elle est la source éternelle, depuis l'origine, de l'universalité de la vie et de la nature à partir de leur surnature transhistorique.  

Cette surnature qui crée le sens du monde, le respect de son expression et de ses équilibres. Cette surnature qui fait l'honneur. D'un pays, d'une culture-mère, Celui à, et d'honorer en nous et hors de nous : notre nature, comme celle du monde, ne peut être que qualité absolue par destination et par esprit. Le reste n'est que robotique, la France relative des robots, comme disait Bernanos. Le reste est imposture, mensonge standard. Nous n'y reviendrons pas plus qu'il n'y revint.







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