lundi 9 février 2015

LETTRE A CLAUS # 2




Cher C.,


Content d'avoir de vos nouvelles. je pense à vous régulièrement. Je vois que vous êtes allés du côté du grand Giono et de la recherche de la pureté. Savez-vous qu'il y a un lien secret Giono-Camus ? 






Pour ma part, je reprends aussi des forces comme vous dites et je continue mon chemin : c'est une méditation quotidienne, sans obligation de résultat précise, mais qui ne s'arrête jamais, et quand un texte tombe, c'est qu'il est mûr. Je pense que je vais vers un approfondissement progressif des relations entre le sacré et la technique, sans avoir de direction plus définie. Mais cette orientation précise est déjà une belle récompense en soi...

Pour ce qui est du « combat que l'on sent venir », il risque d'être plus rude et inattendu que l'on pense : il sera sans doute d'une violence inouïe ou extrême, et d'une traîtrise inédite. Il faut s'attendre au pire, surtout de la part des « amis ». 

D'un autre côté, si la guerre est liée à une sorte d'horreur sacrée qui révulse, elle est aussi pour certains éveillés, l'occasion d'une grâce unique, comme les pire misères en portent mystérieusement en elles, qui nous ravira, dans tous les sens du terme.

 Nous n'avons jamais eu le choix et nous ne l'aurons jamais : nous ne sommes que des humains, condamnés au dépassement heureux ou à la déchéance, à la chute ignoble, innommable. C'est un retour de vérité éternelle. Un éternel retour de devenir truqué.

En ce moment, ce qui est le plus important n'est pas de croire pouvoir stopper un phénomène « mûr » et karmique, mais de regarder en face ce qui le détermine, ce qui détermine, une fois encore, le basculement, de façon masquée et volontaire. Ceux qui le déterminent une fois encore, une fois encore au pouvoir. 

Nietzsche n'est effectivement pas un Antéchrist, comme voudraient le faire croire les bonnes sœurs communistes, mais un des prophètes, oui, d'un renouvellement chevaleresque du christianisme ou plus exactement, de l'ancienne chrétienté, par delà les morales truquées. Il ne peut qu'appeler, au delà de ses excès, si sains parfois, à une nouvelle fusion instincts-spiritualité en Europe, par delà le retour programmé des démences fascistes : il faut non pas rejeter a priori ces démences, mais les guérir avec de la vraie vie, de la vie supérieure.

Savoir se servir de la raison passe par la capacité rare de savoir trouver la place de la raison, centrale non déterminante, pour pouvoir « croire pour comprendre et comprendre pour croire », ce qui est la formule éternelle du chemin. Le culte de la raison, comme celui de la femme, nous a égaré : la raison n'est rien sans ce qui la remplit et ce qu'elle remplit. Elle n'est plus qu'une forme fantôme hanté par la vérité. Vérité qui la dépasse.

Pour ce qui est de la pauvreté volontaire du futur, que vous nommez décroissance, il est évident qu'il n'y a que des cycles, et que la croissance appelle la décroissance comme le travail le repos, comme l'assolement triennal préservait la terre-mère que nous épuisons et empoisonnons aujourd'hui. Il en est de même de l'humain je crois. 

Si nous ne laissons pas l'humain reposer, une grande fois pour toutes les fois manquées, dans la grâce des dieux, alors, nous allons disparaître, avec nos cultures prétentieuses, exténuées par le désir de puissance et la volonté de jouissance, dans le néant de nos illusions comiques comme le transhumanisme matériel.

Oui, la machine du temps « nous a divisés en deux, nous a mutés dans deux sens opposés ». Mais c'est son rôle : elle est le séparateur et la ligne de front. Le combat est spirituel. Il y a ceux qui, comme le souhaitait Simone Weil, « refusent la puissance », et le autres, dont ceux aussi qui en sont momentanément « privés », mais qui ne sont pas pour autant un prolétariat salvateur : dans la guerre qui vient, ces « victimes » devront faire leur choix et peu choisiront la liberté, la majorité optera pour le pouvoir, la destruction du monde.

Seuls les peuples heureux se libéreront de la malédiction de la technologie noire. Et cette libération est déterminée clairement par ce choix. C'est ce choix qu'il faut pointer et exiger, sinon tout est fini

Grande différence avec les animaux, qui, eux, ont la grâce éternelle et insigne de mourir sans chuter de leur condition. Nietzsche, quelque part, nous a rappelé, indirectement, la grandeur exemplaire de cette aristocratie "naturelle" plus-qu'humaine de ceux que nous maintenons abjectement sous notre barbare et absurde botte. Giono aussi, le Grec de Provence, et combien ! Et Kropotkine encore, pour les scientifiques, combien ils nous ont appris !

Fraternellement.


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