mardi 3 mars 2015

LA CHUTE






On n'est jamais trahi que par ceux qu'on aime. On n'est jamais perdu que par ce que l'on donne. C'est pourquoi l'amour humain, ou du genre humain, ne peut être absolu, que s'il est transcendé

La fin justifiera toujours les moyens, et chaque trahison, entre amis, entre amants, dans la famille, au travail, dans la cité ou partout ailleurs. Le système le sait qui ne fonctionne que par de très secrets et diplomatiques pactes avec le Diable : dans sa civile religion de la raison pratique, il ne tolère qu'un amour soumis aux lois relatives, et il n'est pas sûr que nous ayons gagné, en vérité et en liberté, dans ce troc de médiateur, puisque qu'aux lois tout est permis pour le bien général de leur propre système, contre Dieu, contre Soi, contre l'Univers ou la Création.



Le réalisme « du moins pire » des élites de résultat sera toujours funeste aux meilleurs humains, dont l'idéalisme normalisé est « le meilleur » faire-valoir pacifié de l'imposture et de la barbarie.

Nous acceptons de tout donner pour ceux que nous aimons, et même nous acceptons l'inacceptable d'exception puisque cet amour justifie, à lui-seul, dans son immanente autonomie autorisée hors toute mesure, à peu près tout et n'importe quoi. 

Le Balzac du Père Goriot avait bien montré cela. Ce qui a changé depuis sa Comédie Humaine, c'est que les crimes d'une certaine bourgeoisie contre l'humanité et la vérité ont évolué, ils se sont démocratisés au point de devenir la norme contre le Christ lui-même d'abord, puis contre le monde entier s'il le faut. Cette bourgeoisie-là, celle des affaires pour les affaires, la libérale, en clair, a toujours été le seul ennemi du Christ en vérité.



Sa diabolisation même la consacre divinement dans la profonde ambiguïté de la normalité subversive de son « tout est permis », ces fameuses libertés dites de « ... ».

 Comme Dieu, elle ne peut connaître de limitation ni de règle : elle est pure terreur économique. Elle est la force nue de la Loi Immanente, que le Diable en personne relie secrètement, à la divine réussite révoltée du mal là où tout le reste a "échoué" pour la puissance.

Miracle économique, comme l'esclavage, elle est tabou, pataugeant dans le sacré maudit de survie de ceux qui, comme ce malheureux qui enfourna sa famille dans les fours nazi « pour s'en sortir », ont réussi. Sauf qu'elle n'est pas Dieu mais purement et simplement, légitimement antéchristique, comme si un seul mal put exister dans ce Christ sur lequel il est aujourd'hui de si bon ton de cracher.



Dans ces conditions absolument négatives, et en ce sens absolument contraint, donner à, ou même mourir pour ceux qu'on croit aimer, en n'aimant qu'une une idée ou une image de soi-même, hors de toute vérité transhumaine, prend la dimension proprement fantasmatique d'une morale sociale pure, tragiquement truquée, fissurée sans issue possible pour ceux qui, du fond même de leur impuissance justifiable, sont pleinement conscients du leurre qui les tue et suicide avec « leur propre amour », trompé et abusé, comme dans le film La Ligne verte, plutôt que par le simple « amour propre » du social normalisé égoïste ordinaire de la machine

Le plus dur étant sans doute que cette transfiguration imaginaire, immanente, purement égoïste-sociale, ne pèse vraiment que par la totale absurdité qui l'immobilise dans le vide de la verticalité standard de son sous-humanisme de remplacement. La psychologie, c'est pour les esclaves ou les robots.



Ceux qui ont le goût de donner savent qu'on ne donne jamais qu'à Dieu. Les hommes ne pouvant ni donner ni recevoir. Dieu n'a jamais été que le contre-don le plus mystérieux à Qui ou Quoi on ne donne pas pour recevoir en retour : le contre-don est la liberté par excellence, l'absolue liberté du monde.

Les peuples premiers, les derniers d'aujourd'hui, qui n'ont pas renié leur culture d'origine pour des illusions de paradis artificiel, le savent d'instinct. Comme ces animaux, que nous haïssons tant, et si scientifiquement, de ce mépris si moralement supérieur qui caractérise finalement nos valeurs les plus souillées et toxiques, ces animaux qui nous précèdent dans leurs camps de la mort à eux, et qui nous auront tout appris, si nous voulons bien voir. Bêtes dont Dostoïevski disait qu'elles étaient plus près du Christ que les humains, sans préférer ni les uns ni les autres.



Aimer, c'est d'abord dire : non. Non au pacte avec le Diable. L'animal sauvage, bête du Bon Dieu, comme celui de l'Esprit, ne se reproduit pas en captivité. Ainsi de l'humain vrai refuse de vivre en fonction pure de désirs humanistes-égoïstes pré-formatés, fussent-ils de pure prolifération automatisée, climatisée

L'humain ne sera jamais la fin de l'humain : l'humain ne connaît que des moyens, des moyennes de moyens, des systèmes de moyens, des machines de moyens. Donner, c'est d'abord refuser ces moyens, refuser cette puissance d'impuissants qui n'a jamais créé que du néant et du malheur collectif, un égoïsme rationnel toujours plus déraisonnable que la première catastrophe naturelle venue.





Il n'y a jamais eu d'acquis humain : il n'y a que spoliation et imposture sans l'innéité de ce qui nous est supérieur, et que nous ne savons jamais que renier, comme père et mère, dans l'infantile corruption d'esprits avortés aux mains d'une science avilie, dégénérée, déchue. Nous sommes le mal. Celui qui ne court qu'après le rachat de ce qui n'a pas de prix. Nous ne sommes que le prix du mal et ne serons jamais plus. Jamais plus grands que ce prix...

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