dimanche 29 mars 2015

L'ART FONCTIONNAIRE






(À une professeure d'Histoire de l'Art.)

Hitler aurait pu être un grand artiste. Peut-être, mais à condition de ne pas avoir été Hitler. On ne peut pas vraiment accoler les mots art et nazi, et encore moins la chose : il y a hiatus. Le manque de continuité ne vient pas de l'art, évidement, mais dont les formes ouvertes ne le sont pas pour autant au nazisme, puisque celui-ci prend la forme du prétendu principe d'une race de seigneurs d'un nihilisme « supérieur », et que l'art, même celui du combat traditionnel au moins, est le contraire d'une négation, comme création continue.

L'alternative virtuelle artistique n'est ni une leçon d'art ni leçon d'histoire. Si dans le monde réel il y a une place pour les nazis, il n'y en a pas pour les artistes, sauf à faire de l'argent, comme tout dictateur patenté. Le rêve hitlérien relève d'un monde qui a perdu tout art dans sa dimension essentielle, donc existentielle d'abord. Ce cauchemar guerrier, lié à 1914 (…) et à des causes profondes cachées comme la honte indélébile, dont les effets unilatéraux et collatéraux, sont la perte de l'âme, avec ce qu'il en reste retourné, quand la marée mortelle se retire : le ressentiment.

Bien sûr, Hitler aurait pu être un artiste, et réussir. À sauver le monde, dans un sens. Il n'aurait pas sauvé ce monde de ceux qui ont fabriqué Hitler, et qui auraient pu fabriquer démon pire encore : n'est-ce d'ailleurs pas ce qu'ils sont en train de faire, en toute tranquillité relative, comme ils façonnèrent Hitler, en vérité, sans problème majeur ? Le fait d'être artiste, plus ou moins petit ou grand, n'a pas de rapport avec l'avenir du monde. L'art vrai permet un monde sans avenir, un monde vrai, ce qui est un scandale, si l'on veut bien voir que le devenir économique n'est que mensonge. L'art est la grandeur du monde, promesse déjà tenue qui n'a rien à vendre, pas même à une révolution de la vertu.

L'art ne peut avoir de rapport avec le nazisme, dans toutes les directions. Pas plus qu'avec le socialisme, l'argent ou même Dieu, si on y regarde de près. La sensibilité malade d'Hitler aurait pu se « satisfaire » elle-même de son art, et recevoir la fameuse reconnaissance que la haine de soi compensa par celle de l'art dégénéré, plus tard. Mais la racine de l'art n'est pas sociale : l'art n'est pas une sécurité affective, une paix sociale intérieure. Ne pas pouvoir être un artiste bourgeois côté peut provoquer la haine et le désir profond de recréer une bourgeoisie plus conforme à sa définition sélective de classe (...)

Madame la Professeure, on peut naïvement croire que le nazi n'était pas encore dans l'artiste. Si ça avait été le cas, il n'y aurait pas eu, effectivement, d'Hitler, et celui-ci n'aurait pas eu besoin de tuer l'artiste pour devenir l'architecte maudit d'un ordre d'inhumanité néo-romaine nihiliste inédite. Hitler n'aurait pas pu fonder sa nouvelle religion  « pour 1000 ans », partie pas plus négligeable que mesurable de notre modernité « pratique » courante depuis. Il n'y a jamais eu de place pour l'artiste authentique dans cette modernité, pas plus qu'en Hitler lui-même ! Il n'y a que de mauvaises gens de gauche, ceux de la progressiste, pour croire de pareilles histoires de l'art.



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