jeudi 16 avril 2015

LA TECHNIQUE CONTRE L'HUMAIN " 1 LA LIBERTÉ OU LA MORT






La science moderne, la science technicienne est née de la scission philosophique du sujet et de l'objet : après la mort de Dieu et l'élimination de toute transcendance, tout est devenu objet, tout lui a été assujetti. L'objet assujetti à l'objet et le sujet assujetti à la méthode objective. Derrière la mort de Dieu, d'un dieu absurde parce que corrompu, imposteur parce que matérialiste, c'est en fait toute la Création qui fut condamnée. C'est à dire, à travers sa version religieuse, toute la nature et ses apparentes lois. Nietzsche parle très bien de ces apparences, de leur jeu mystérieux et ambigu constant.



L'objectivation de l'être n'était rien de plus que son assujettissement à la méthode objective quantifiant celui-ci en réserve illimitée de causes et d'effets, en réseau de relations infinies, puisque quantitativement, aucune qualité convergente, ordonnée comme unité de vie, n'était plus calculable. Les limites du calcul ont fini par remplacer l'infini unitaire donné de l'univers, transformé en potentiel illimité de développement du calcul de sa mesure progressive, du « progrès » par définition indéfini, de sa mesure, lié à l'impuissance de sa propre relativité humaine, établie comme nouvelle norme du monde. La religion du progrès tenait son dogme : partir de rien, du rien et du chaos de son affirmation première permet tout...



Mais l'objectivation de l'être n'est pas seulement celle du vivant anthropologique, elle est aussi l'absurdité d'une mesure de l'univers selon des normes anthropologiques dont on vit vite le cul du sac. C'est pourquoi la méthode de l'objet permet de générer quantitativement l'objet à l'infini dans sa mesure et sa démesure, par une dialectique d'agglomérat cumulatif systémique et d'intégrer ce système objet dans une mécanique universelle parallèle à la vie naturelle, dont le pouvoir est une image illimitée, un peu comme l'invention de la perspective appliquée puérilement en astronomie sans tenir compte de la physique, ou l'homme à l'image de Dieu sans tenir compte de celui-ci.



Nous avons oublié que l'harmonie des mondes n'est pas un rêve romantique, méprisé plus que méprisable, mais une réalité de fait écrasante et destructrice, proprement annihilante dès qu'on prétend la nier. Nous avons oublié que l'humain libre, comme toute forme libre et naturelle dans son infinie diversité, n'est pas le fruit du hasard issu des conséquences de la révolte de la science objective contre un prétendu monde subjectif, mais l'expression plus que nécessaire, puisque donnée et constituante, de l'univers. Et, nous avons oublié, derrière la froideur d'âme des calculs astronomiques, nécessaires pour nous, eux, que les raisons de cet univers sont chaudes, passionnelles et proprement fabuleuses, poétiques, vivantes : elles sont celles d'un donné en devenir que ce devenir stabilise dans son être-même. Ce que le spirituel appelle à juste titre l'éternité.



Tout ce que la théorie intellectuelle dominante du sujet-objet des siècles passés a séparé, contrarié et opposé pour le pire, sur un mode analytique objectif, sera dans le futur, réuni pour le meilleur sur un mode universel vrai dans un retour inévitable de manivelle : la nature est patiente et ses ressources, contrairement à celles de l'homme, ne sont pas limitées, mais sont seulement ordonnées selon des vecteurs qui nous dépassent.



Les cycles destruction-créations ont des mystères qui relèvent des grands mythes, aujourd'hui méprisés, comme ceux du retour aux origines ou de l'éternel retour, liés aux forces cosmiques qui nous constituent depuis toujours. Les unités matérielles de vie n'ont été étudiées que dans leur forme objective la plus primaire, où la nature ne révèle pas directement ses énergies spirituelles secrètes.



La démesure technicienne n'est qu'un immobilisme activiste provisoire masquant l'impuissance des impasses, elle n'est que l'expression la plus dérisoire et désespérée d'une rage perverse de domination gratuite, retournée non plus contre Dieu mais contre l'Univers entier. Elle signe l'échec d'une science sans conscience, sans passion ni âme, sans instinct ni sentiment, sans poésie ni imagination, sans partage ni respect, sans amour ni communion, sans lien ni racine, sans transcendance ni sens, sans unité ni dépassement de soi, sans humanité ni monde, sans rien ni personne.



La technique n'est pas le cadre de l'humain, l'humain est le cadre inconscient de la technique, toute science véritable le sait d'instinct en conscience. S'il y a encore un avenir humain viable, il passe autant par l'unification harmonieuse de la technique et de l'humain que par un monde qui les définisse encore une fois, autrement et identiquement tout à la fois, dans une même unité d'énergie, de beauté et d'intelligence créatrices, aussi fusionnellement confondues que lors de la naissance de l'esprit de la chevalerie, révolution culturelle, encore active, la plus puissante jamais réalisée en Europe. Celle, seule, qui résolut provisoirement et surtout relativement l'éternel problème du maître et de l'esclave par un syncrétisme toujours inédit : la démocratie pure, seule, n'étant qu'une forme dégradée de la noblesse spirituelle.


*** Pour aller plus loin : Darkhaiker Pearltree, LES GERMES DU FUTUR par Clausd : LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN







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