dimanche 26 avril 2015

L'ORIGINEL ET L'ORIGINAL


Texte initialement publié comme commentaire du post :
Identité(s) nationale(s)




Qu'on ne puisse rien effacer de son histoire, en tant que peuple, voilà bien une vérité qui mérite d'être soulignée pour ceux qui oublient que l'histoire, comme la Création ou le Monde, dont elle est autant une expression particulière que celle d'hommes et de femmes d'un pays nationalisé précis, ne s'arrête jamais : elle est un univers en expansion depuis le début d'un cycle comprenant aussi les autres, donc depuis l'éternité.

Maintenant, définir « les identités nationales » est chose bien difficile, même si en périodes de crises il y a des nécessités dialectiques, en quelque sorte. Dialectiques parce qu'il semble bien qu'elles soient culturelles d'abord, et que la guerre culturelle devienne, malheureusement, le fait essentiel d'une modernité cherchant à redistribuer mondialement les cartes, en vertu de seuls intérêts dits « supérieurs », connus de tous, autorisant, depuis le début, tellement de barbaries au nom de sa civilisation industrielle.

Il est évident qu'une évolution qui ne tient pas compte de ce qui évolue ne ressemble pas à grand -chose. Le noyau primordial, au sens d'originel et d'essentiel à la fois. Nul peuple qui se respecte encore ne peut, sans doute, accepter la réécriture de son histoire, première négation culturelle, déracinement inacceptable en soi au niveau le plus élémentaire de la personne humaine. 

C'est pourquoi une certaine mondialisation culturelle cherche autant à éliminer les peuples que les personnes d'origine : les native en Amérique en furent un bel exemple, natifs d'origine et de culture d'un pays. Les indigènes, les autochtones, les aborigènes, les paysans européens (...) bref les fruits naturels humains d'un pays, au sens du mot « paysan », qui fonctionne aussi en sens inverse : celui qui modèle par son travail, sa culture, sa présence, le paysage.

Dans un monde qui soit disant « bouge », les lignes de colonisation nouvelles n'ont jamais cessé de fluctuer, c'est vrai, au gré des influences et des violences, et sans doute, il faut bien que tout respire d'un certain mouvement, que les échanges et flux vitaux se fassent, mais de là à re-brasser sans cesse la et les cartes « démographiques », selon un jeu d'échec lié aux cours et aux coup de la bourse, par exemple, organiser des famines, des guerres, des révolutions, des "redistributions" politico-commerciales (…) il y a toute une belle différence, évidemment. 

Brouiller, battre et rebattre enfin sans cesse toute ces cartes, c'est la cerise sanglante sur le gâteau d'une information corrompue, d'une « culture » de gangsters.

C'est pourquoi seuls les principes comptent, au sens non-comptable : ils sont les liens directs concrets à nos origines, et c'est bien pourquoi tout est fait pour dynamiter toute tradition, rétrograde en soi. Ici, certains peuples qui n'ont pas beaucoup d'histoire, mais de puissance matérielle, sont évidemment en position de force dans ce jeu de massacre pour l'hégémonie. Là, d'autres, « ascétiquement » enracinés dans la leur, participent pourtant au massacre : ce n'est pas leur culture qui est menacée, au contraire, la civilisation maritime est adaptée au pillage des continentales.

On peut discuter de l'identification de l'identité aux origines : les origines elles, ne sont pas statiques, elles sont cycliques : elles apparaissent et évoluent en conservant des éléments immuables dans leur devenir même, qui s'avère, s'il est authentique, développement nécessaire et naturel.

Par contre, les origines sont cohérentes, aussi têtues que l'histoire, ce qui est bien normal, sinon il y aurait quelque incompréhensible hasard dans leurs sources, et il n'y a bien que le mondes des affaires qui semble croire, quand la chose prétend s'imposer, à une sorte de hasard d'interchangeabilité dans ses stratégies de communautarisation commerciale de démocratie du même nom.

La raison comme le cœur ne peuvent évidemment pas s'accommoder de ce genre de superstition rationnelle affairiste, quand celle-ci prétend pouvoir toucher au cœur de peuples-familles : leur culture, la culture qui les a humainement constitués dans leurs qualités profondes. 

La question, posée depuis longtemps, et qui revient en force au fur et à mesure de l'anarchie destructrice consommatoire qui nous envahit, est bien celle des limites de la manipulation des cultures et, dans ce sens, celle de la disparition de leurs espèces menacées. C'est pourquoi celui qui ne prétend défendre que son identité propre peut devenir son involontaire destructeur futur, s'il ne défend pas, en même temps, toute destruction correspondante chez l'autre, le différent chez lui, dans le même mouvement finalement impersonnel et inactuel. Chaque spécificité rejoignant le même courant essentiel, évidemment.

Enfin, et pour rassurer les tenants des guerres culturelles offensives ou défensives (l'une dissimulant de préférence « ostentatoire », l'autre), il faut leur dire bien en face qu'une culture qui ne se définit que par rapport à une autre est une imposture

 Le relativisme culturel n'a rien à voir avec le relativisme, il n'a pas ici, d'horizontalité du relationnel, même et surtout dans un monde décloisonné, dénaturé, chaotique, dérégulé, désaxé. Son autonomie n'a rien à voir avec l'hégémonie, en positif ou en négatif. Une vraie culture est une technique géniale propre de l'être d'un peuple ou d'une personne.

A côté de l'originel il y a l'original. De cette double qualité de source, coule une sorte de logique organique qui a plus à voir avec une coexistance pacifique, une coopération naturelle qu'avec la concurrence de la prétendue loi de la jungle, même en incluant une sorte d'espace vital qui pourrait hypothétiquement être celui du marché : les animaux de cette jungle, dans la vraie nature, ne s'entre-dévorent nullement : ils cohabitent dans des limites claires, même dans la contestation, plus ou moins persistante, comme dans une sorte de dynamisme interdisant le sommeil de l'acquis pour toujours, chez ces « innéistes » personnifiés. « Éveil » si on veut, pas si darwinien que ça, finalement...

L'original est un créateur lié à la création, travailleur, révolutionnaire conservateur, comme chez Orwell. Le pillage culturel est sans doute l'une des sources des maux les plus « incompréhensibles » de nos civilisations avancées dans le nihilisme industriel et commercial. Pour celui-ci, une culture authentique, c'est l'Eldorado : pur rêve de pillage et de profit, aussi bien au niveau du producteur que du consommateur, matière première d'un côté, produit de l'autre, identité au milieu, en otage. Faites vos jeux ! Choisis ton camp, camarade Coluche !

Parfois, quand on réfléchit hors de clous de la pensée unique et de sa police, on en vient à se dire, avec un certain dégoût irrépressible pour les belles âmes qui prétendent diriger le monde, que les « traditionnels » pillages de villages, ces horreurs existentielles vieilles et sales comme l'humanité, seraient peut-être, finalement, moins déracinant et destructeurs que les pillages intérieurs, métaphysiques : ils engendraient, dans leur atroce barbarie primaire peut-être moins d'enfants soldats d'un esprit privé de lui-même dans son essentiel, son être, sa vérité, sa nature... 

Certains animaux préfèrent la mort à la captivité culturelle. Nous ne croyons nullement que ce soit pour eux-même, mais par une sorte d'instinct responsable de descendance directe et de transmission, si on peut formuler ainsi la haute et naturelle conscience de soi qui, visiblement, les « animent ».



 

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