jeudi 27 août 2015

VISAGE ET FACE CACHÉE DU PETIT MONDE DE SIMENON




« Je me méfie des gens qui ont des malheurs (…) [et] qui s'en servent pour écraser les autres(...) [De la personne] qui flaire d'une lieue toute tentative de vie. »



Simenon, antisocialiste dostoïevskien formé et déformé par les jésuites, comme Kerouac. « Imbécile de génie » (Keyserling), il aurait été, pouvait-on lire dans un article du Monde des années 2000, « misogyne » quand il appliquait particulièrement ces vérités sociales aux femmes construites. Entendez non pas, finalement, tant à leur nature – aujourd'hui anéantie dans la « chose » par la Théorie, mais dans l'exercice de leurs fonctions sacerdotales citoyennes auxiliaires contractuellement « adjointes ».



Plus loin l'auteur de l'article qualifiait presque Simenon de « stakhanoviste » de « l'évasion » littéraire. Fuyant le système, sa « possession dévastatrice » et sa « fatale impossibilité de communiquer ». Ainsi, comme Kerouac encore, le grand romancier n'aurait été qu'un déserteur dont les personnages côtoient les bas-fonds des « fugitifs et les errants » (Simenon), expression de sa désertion et de sa marginalité sociales, sous le séduisant label littéraire de la partance vers l'Ailleurs et des festivals de son aventureuse, hypothétique et très commerciale rédemption.



On connaît bien la subtile musique critique des joueurs de flûte en papier, flattant les grands adolescents romantiques sommeillant au milieu du porc ou du bœuf-lecteur industriel châtré, parlant de, mais surtout pour ceux qui osent transgresser les codes par procuration, ouvrir des portes ouvrant sur les ivresses payantes de « non-possession » de « l'hypocrite lecteur », auquel le critique s'adresse d'abord, plus comme un éleveur que comme un élévateur.



Le client lecteur, éternel collégien, apprentis baudelairien, jouisseur borderline agréé, dont le spleen industriel au « dandynement » stupéfié échoue sur une poésie urbaine imaginaire du bout de la nuit d'un décor climatisé comme dans les classiques matriciels noirs d'Hollywood tournant autour de tous les péchés du monde.



Si cette soit-disant poésie bon marché de la dérive de rue, clochardisante au milieu des « cousins déchus des saints et des ermites » (Simenon) est une haute tradition, alors qu'elle l'assume au grand jour du combat, comme telle, comme il se doit, et non comme une révolution de salon underground parisien ou new-yorkais. Nous en avons assez de ces curés socialistes faisant la pige aux jésuites, bouffant le curé théorique en diable tout en flattant en apparence ceux qui le tirent par la queue.



La chute « articulaire » est finalement lamentable, comme il se doit, à propos des personnages de Simenon : « (…) dans le déluge des malheurs sans rémission, la révolte mal payée de traverser la vie comme une ombre. » Dieu que la révolte nihiliste est belle ! La vie comme une mauvaise œuvre d'art personnelle, n'est-ce pas là un suprême art de masse, la suprême négation socialiste ?



Un Simenon déclaré si ambigu qu'il devient, dans son tombeau en réédition constante, l'imbécile utile universel de service auxiliaire d'une prêtrise noire, comme Céline, le Camus de « l'Étranger ou Kerouac de « Sur la route ». La révolte des déchus ou des anges, c'est selon, proclamée nihiliste et jouissive supérieure, criminelle, dans la si belle et séduisante splendeur maudite de son charme sombre. A propos de naufrage, Baudelaire ne finit-il pas par frapper à la porte de l'Académie pour sa retraite ?



Camus disait que l'art commençait là où la pensée s'arrête. C'est tout art, ici, qui finit lamentablement. Les vrais gens n'ont rien à voir avec cette vraie vie au label rimbaldien contrefait comme une marque de chaussures de randonnée, autre immense crypto, hélas a-raisonné par les prêtres obscurs de « la transgression », cette pin-up dégoulinante de la pensée moderne, cette contre-joie patentée. Il n'y a jamais eu de révolte artiste pour la raison donnée par Camus plus haut. Point barre. Le reste est financier.



Pour ce qui est des vrais gens, des sans dents mordant la poussière d'en-bas, bas-fonds humains où les relègue un système trop vite dit bourgeois comme s'il n'était autre chose de pire encore, les transformant en jouisseurs maudits exemplaires, il faut affirmer haut et fort, contre ses médias, que les vrais gens ne jouent pas, eux, la balzacienne comédie rabaissée dont l'entomologiste Céline épingla les spécimens inversés, ils la subissent, sans en tirer aucune joie, même dans le viol protégé obligatoire.



Le libre amour du monde est cette souffrance pure et nue comme celle des saints, des héros et des Marie-Madeleine spoliés et humiliés, que le monde moderne a besoin de nier et renier en vieux maquereau, non pour être, mais pour exister seulement comme substitut, en tant qu'ombre sous les feux mafieux de la rampe du mal.



Rien n'éteint le vrai visage d'une vraie femme heureuse, belle ou pas, pas même le temps, pas même le mal : il ne le rend que plus lumineux, plus clair, plus trans-parent, plus naturellement im-maculé. Le reste appartient à la raison pratique du Mal, aux fleurs fanées d'ennui, d'envie, de trahison et de cruauté révoltés, et à sa très universitaire propagande pseudo-libertaire de classe. Pauvre Père Goriot. Comme tout ce qui n'est pas façonné par la main humaine. Comme toute « grandeur libre » (Giono).



Le visage serait, selon certains, notre être public ou social, visible, spectaculaire, notre face citoyenne officielle. Serait-il trop demander à la communauté de nous laisser le préserver non-spéculé, de le présenter non-imagé, non construit, non re-présenté, mais étant l'expression libre d'une personne humaine, non-conforme au type étatique de sa catégorie identifiable, comme celui de l'enfant non encore normalisé, non encore envahi par les vieux codes romains de contrôle du jeu de rôle ? 

Est-ce trop demander, en démocratie, que de montrer le visage d'une non-coopération naturelle au théâtre des opérations politico-financières, dans la non-violence assumée de sa part féminine éternelle, au nom de la vérité profonde de chacun ? Mais cette part n'est-elle pas déjà maudite, portée au pouvoir, définie dans le cadre de l'impériale loi humaine ?

Sortirons-nous un jour des miasmes orthodoxes de la catholicité de la basse-ville de Rome pour entrer dans les divines vérités de la vie éternelle de ce monde ?
Dieu seul le sait : posons-lui la question franchement, sans simagrée ni peur.

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