dimanche 6 septembre 2015

MÉDITATIONS BERNANOSIENNES # 2 ICI ET AILLEURS, MAINTENANT ET TOUJOURS




Il y a plusieurs façons de rendre hommage à un grand homme, écrivain ou pas. La plus commune est assurément de parler de ses valeurs. Dans le cas de Bernanos, il est bien de vouloir établir, comme l'ont fait certains, « le lien essentiel qui réunit le romancier de la grâce et le polémiste anti-moderniste ».


Mais il est mieux encore de dire que le modernisme est une illusion technologique prétendant toucher au miracle et remplacer la grâce des pseudo « nostalgistes ». Entendons par nostalgie ici : le refus de renier ses valeurs et « le jugement de valeur » porté sur ce refus de vente.



Cela va encore mieux d'affirmer haut et fort que « l'ordre de justice et d'honneur » incarnant prétendument cette affreuse nostalgie n'a rien à voir avec le passé. Avec un passé temporellement dépassé, sur la ruine duquel le monde moderne se serait édifié. 
Ces valeurs, comme chacun sait, ne sont ni temporelles ni temporaires. Pas plus que celles de l'enfance d'ailleurs, qui font, chez cet écrivain, presque tout – au sens christique du terme autant qu'au sens purement humain.



La vérité pour laquelle Bernanos se battit de toutes ses forces et jusqu'à la fin est bien ailleurs qu'ici et maintenant, comme le voudraient certains récupérateurs bien intentionnés à sa gauche et au delà.  

Il faut réfuter l'affirmation gratuite selon laquelle il n'aurait pas combattu que sous l'angle de l'Eternité ou de la Philosophia Perennis qui la cadre sans l'encadrer. S'il « appela » un monde héroïque, ce fut d'abord celui des Saints. 
Non celui des sages satisfaits ou de parfaits autorisés, mais celui du combat spirituel, qui commence par soi-même, et que les révoltés autorisés ont toujours, pour mémoire du moi, oublié.



Dire qu'il ne se voulut qu'une sorte d'écrivain de cet ici et maintenant-là est un mensonge, une réécriture, une imposture intellectuelle et morale, une utopie temporelle criminelle à terme, qu'on essaye de faire endosser à son cadavre polémiste et à la troupe serrée de ses textes, dont la lecture même de quelques lignes prouvent toujours au  profane "éclairél'intransigeance éternelle immédiate qu'il avait chevillée au corps et à l'esprit, plutôt qu'on ne sait quelle romantique et impatiente nostalgie du moi.



Il n'y eu jamais une telle nostalgie chez ce géant spirituel « moderne » et encore moins d'impatience, mais le bouillonnement d'un sang, plus que d'un esprit « bouleversé » et submergé d'émotion du moi, à l'image médiatico-historique de son « époque ».

Ce n'est pas la vue des cadavres qui bouleversait Bernanos, même si ceux-ci pouvaient le faire vomir parfois : la Grande Guerre ou l'Espagne pseudo chrétienne fasciste dans leurs belles oeuvres ne remirent pas en question, comme chez presque tous, – sa foi – .



Ce chrétien de haut vol, n'ayant finalement pas grand-chose à voir avec la catholicité temporelle sentimentaliste établie et son ordre de fer millénaire, se référait plus à une Église invisible, d'abord celle des Saints. 
D'abord, enfin et surtout, comme il l'a écrit lui-même, très simplement, une fois pour toute, à l'Évangile, rien qu'à l'Évangile Suffisant.  

Ainsi, est-il clair et net qu'il ne se référa jamais plus à l'ailleurs et l'autrefois qu'à l'ici et maintenant, ni autrement que sur un plan symbolique, ce qui est bien facile à comprendre pour un humain authentique d'en bas comme d'en haut.



Et que c'est surtout sur ce plan-là qu'il importe vraiment de l'entendre, et non dans l'au-delà de son au deçà, en particulier pour ceux qui ne font qu'écouter la rumeur urbaine du moment historique dans sa triste petite éternité.
 

Comment rendre hommage mimiesque « Grand d'Espagne » quand on a jeté avec l'eau du baptême protestant le code qui permettait la téléportation spirituelle, comme on largue l'étage consommé et consumé d'une fusée « de lancement », vulgaire vaisseau périmé après injection de la dose nécessaire, véhicule politique pseudo bouddhiste des Frères de la Côte juste bon pour la casse, prime à l'appui ?  

Le Christianisme des Saints et de Héros ordinaires n'aurait été que ce moyen-là d'arriver à l'humaine extra-destination ?







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