jeudi 15 octobre 2015

LES INVERSEURS # 7 DÉFONCÉS DE LA FORME






Avoir raison sur la forme ou inversement, avoir vaincu l'un ou l'autre au nom de l'autre, de l'alter-alien, soit par le fond soit par la forme, « mort, où est ta victoire » ?

Mort, tu nous condamnes à la perte d'authenticité, à avoir tort sur l'un ou l'autre, et finalement sur l'un et l'autre, dans toutes les parties.

À ne plus pouvoir retrouver une forme juste qui ne soit pas juste inversion ou renversement, retournement d'un fond, du fond, comme si celui-ci pouvait extérieurement être manipulé, comme s'il pouvait passer dans le devenir tout en baignant dans l'essentiel.

Ce renversement renversant des rôles, cette révolution voudrait nous dissuader de voir et de comprendre qu'une forme d'expression, ou l'expression d'une forme, n'a rien d'autonome ni de spontané, qu'elle est liée, dans sa détermination, à autre chose que sa propre matière ou initiative, qu'elle relève et élève parce qu'elle obéit et traduit ou transmet. Cette révolution-là n'est que celle d'un monde à l'envers, et même pire : celle d'un monde dévoyé

Un monde qui ne forme ou n'informe plus rien, mais une stérilité intellectuelle liberticide contre-naturelle et « contre-culturelle », même si une certaine contre-culture des années 70 fut parfois un appel pathétiquement plus qu'humain à une culture authentique aujourd'hui en voie d'anéantissement lent.

En ces temps-là, les défenseurs de l'autonomie et de la spontanéité n'avaient rien de la professionalité de la morale sociale qui balise notre pensée unique, unidimensionnelle. Pensée qui rend tout systématiquement, universitairement et industriellement, informe dans sa forme, standard, adaptable comme une pièce de mécano ou une montre molle dalienne. 

Qui délie et délite toute forme constituée ou accouchée, crée par le génie humain trans-générationnel ou pas, et la transforme en maillon, courroie, en servo-lien plutôt que lien qui sert au sens de servir sa cause liée avec le dévouement naturel d'un monde appartenant à la même réalité unitive trans-psycho-intellectuelle.

La révolte viscérale a systématisé rationnellement une révolte impossible : celle des viscères entre elles, comme dans la fable ancienne au sujet des guerre intestines. La guerre et haine contre soi-même, dont nous ne connaissons que trop les fanatiques promoteurs pseudo-religieux et leurs pseudo-ennemis déclarés, encore plus fanatiques.

Clairement, une forme dévoyée ne peut être que l'expression d'un dévoiement de fond : pas de fumée sans feu. Il faut donc retrouver le vrai fond au fond du puits de notre mémoire ou plutôt de notre conscience pré-sociale, pré-morale-sociale, pré-collectiviste-de-masse, pré-industrielle, par delà les formes subtiles nouvelles qui enferment plus durement encore que les anciennes barbaries fanatiques d'antan.

Comme un pieux mensonge social discrètement posé sur notre désespoir de fond caché. Inutile de déchirer ce voile qui n'attend que l'occasion d'un viol pour exiger une réparation qui le renforcera dans la bassesse calculée et dissimulée de sa trés pitoyable faiblesse.

Nous devons le faire maintenant, sans attendre la généralisation patente et irréparable de la folie suicidaire qui nous gagne comme une marée discrète et muette d'abord, aboyeuse et rageuse ensuite, ravageuse enfin. Révélant un mal de fond contre lequel aucune forme de traitement connu n'existe

« Connu n'existe » : connaissance et existence. C'est l'existence même de la connaissance qui est en jeu, sacrifiée, terrorisée, menacée ou humiliée.

Ceux qui ne se lèvent pas serviront d'esclaves au nouveau bordel romain post-moderne. Tous ou presque. Aux autres, résistants-rescapés, non conformes ou conformes non dynamiques , les ordres et leurs mots-formules consacrés hurleront de nouveau : « Tuez-les tous ! », comme tant de fois dans l'histoire prostituée, comme tant de fois aujourd'hui, à chaque instant autour du monde et de nous. La nuit et le brouillard se lèvent sur le grand carnaval sanglant de la connaissance perdue.




Tous, c'est à dire les deux moitiés du monde, comme si ces deux moitiés étaient le monde, comme si on pouvait, on avait pu, comme si on avait réussi le miracle scientifique de couper le monde en deux, comme on pourrait couper un humain en deux, un être vivant ou élémentaire, végétal ou minéral, en deux.

Tous, les deux parties, ont tort au niveau de la forme, au niveau des deux formes – qui, justement, ne sont que des formes, des apparences, du matériel, du superficiel, du transitoire, de la pure mesure et non de l'être. Des deux formes qui font, et ne font que de, la dialectique mouvante, mouvant le devenir – éternellement, vers l'éternel.

Formellement tort, chacun dans son sens unique, coupé de la réalité du tout, des deux qui ne font qu'un, qui ne devraient ne faire qu'un, mais qui ne le peuvent plus. Ce sens abstrait qui fait non-sens. Un Péguy l'aurait dit. Ne remonterons-nous plus jamais ces deux moitiés qu'à l'envers, enracinant l'angoisse au plafond d'un « réel » sans fond, sans plus de réalité ? Tout le monde s'en fout.

Puisque, sur le fond, chacun a raison dans dans son sens non sécable, non séparable, mais séparé par la force historique des choses ou par le mal, le mal nécessaire désormais, qu'il faut pour rendre nécessaire le bien, ce bien qui se passe de théorie, au moment où l'on entrevoit l'horizon des effets sans fin du processus, horizon « de générations futures » ou de bombe à retardement, qui n'apparaît qu'au bout de la violence que les deux parties, coupées d'elles-mêmes finalement, s'infligent et s'infligeront mutuellement.


Toute partie, chaque partie remonte à la violence fondatrice de la négation d'origine, de l'origine historique, à l'origine historique d'un statut quo qui n'est que pause tactique, sursis, illusion de paix, de vérité et donc de réalité, pause de Noël dans les tranchées.

Violence originaire, originelle, celle qui nie et dénie, et que l'oubli n'efface pas, mais obscurcit aussi aveuglément qu'on lui obéit bêtement, que ce mal insaisissable qui fait peur et qui finit par définir ici et maintenant pour des décennies encore et encore les deux moitiés du monde.

Nietzsche en parle bien dans la Naissance de la tragédie, qui n'a plus rien de grecque, tout en le demeurant sans doute si profondément qu'il faut y aller chercher le mystère des origines de notre mal européen à travers son universalisation maudite, sa contagion « spirituelle logique », la multiplication géométrique de son nihilisme institutionnalisé.

Le culte de la guerre des apparences vraies du vrai plus vrai que le vrai essentialisé contre lui-même, a tué leur transparence et coupé l'existence de l'essence dont elle est devenue la coquille vide vidant le monde de son sens, le coupant en deux formes d'existence nécessaire, mais illusoires : leur reflet inversé ne fonde que la perte mutuelle comme misérable victoire de nécessité pure d'un fondement purement théorique d'un monde purement calculé, construit, volé, pillé, imaginaire, dont désormais et pour si longtemps, plus personne ne sortira vivant, comme le disait le poète américain rocker nietzschéen Jim Morrison.

Jim Morrison disait aussi que nous ne pouvons plus qu'aller jusqu'au bout du mal, l'explorer jusqu'au fond, dans la multiplicité infinie de ses facettes, de ses reflets trompeurs, qu'il nous allait falloir épuiser avant de pouvoir avoir la possibilité même de commencer passer à autre chose

Ce programme était franc et fou, chamanique. Celui du monde où nous vivons est sournois, dissimulé, divergent, dissocié, scissionniste, formellement et essentiellement relativiste.

Son inversion primordiale est un reflet maudit, caricature pitoyable, simulacre dickien des deux côtés de la même trique intellectuelle, morale et prétendument spirituelle de Dieu. 

Ce Dieu D'État, Matériel et Comptable, qui nous définit ou crée dialectiquement : un Logos Imposteur grec contre le Christ Spirituel grec, le Logos du Coeur.

Là est la Tragédie d'origine des deux camps plus concurrents qu'ennemis, inverseurs, du mal, là est la situation renversante qui nous double et dédouble en permanence et immanence au niveau du bien ordinaire et extraordinaire.






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