vendredi 11 décembre 2015

BINGO CRÉPUSCULE # 3 LA MARQUE DE 14 : JE T'AIME MOI NON PLUS



        « (…) les tranchées de première ligne appelées Bingo Crépuscule (...) »  Wikipedia




Rappel : La guerre n'est-elle pas d'abord séparation, dans tous les sens du terme ? La sécession de ce qui est lié et relié, dé-construction au propre et au symbolique ? Plus loin encore, il est évident que la fission existentielle et essentielle provoquée par elle en répercuta encore, petit à petit, en accord avec une industrie devenue folle, une autre, plus radicale et définitive : celle d'avec la Nature, ce axe de l'ancien monde, abattu comme une statue du mal, après Dieu – non celui des cléricatures assises, obscènes, mais des premiers hommes.


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    " (...) qui eût parlé notre langage nous aurait peut-être fait comprendre que nous étions dès ce moment marqués pour toujours, qu'il ne dépendait plus d'aucune administration de nous restituer tels quels au monde que nous avions quitté. "  Bernanos, "Les enfants humiliés ".

    1914, occasion historique du début d'un féminisme de masse, qui, sous couvert de « légitimes » égalités juridico-économico-civiques, a marqué dans les fait métaphysiques, la rupture et le séparatisme spécifique « des femmes », embusqués derrière le constructivisme historique de faits officiels, avec, dans ses développements ultérieurs, poussés aux extrêmes, comme il se doit, une surenchère de violence "humaine" surpassant, par certains côtés, celle qui, au nom d'une tradition aussi trahie que toute révolution elle-même, écrasait toute féminité authentique.

    Plus que l'occasion d'une émergence, avortée de plus, d'une vérité humaine éternelle, ce qui nous intéresse c'est l'inédite révélation concernant ceux qui n'ont jamais voix au chapitre dans notre ordre culturel. C'est essentiellement ce que cache et occulte en profondeur, derrière son image populaire médiatisée, le vraisemblable d'un fait fabriqué désormais traditionnellement intégré. On ne fabrique pas du faux avec du faux.

    Si on a pu rapporter que certaines femmes, sans doute pas uniquement « munitionnettes », avaient « souhaité une guerre longue », c'est inévitablement que, pour celles-là, les hommes étaient devenus (ou demeurés) dans et avec le système, non seulement des concurrents économiques à éliminer objectivement en collaborant avec l'industrie de guerre, ennemie du genre humain en soi, mais encore plus, des ennemis tout court dans la dite très excusable lutte pour la survie en des temps apparemment maudits. La préservation abstraite et égoïste du principe de survie, violant, comme il se doit en bonne stratégie politique, tout principe élémentaire partagé de vie.

    

    Où l'on voit aussi, en filigrane, que celles, courageuses et héroïques qui se seraient élevées contre une guerre qui assassinait plus encore la dignité que le corps humain seul  en lui-même, n'auraient pas seulement été réduites au silence par le système qui achetait en solde les autres, mais encore et aussi, par de prétendues sœurs luttant pour une soit-disant égalité de droits aux pouvoirs juridico-économiques à l'intérieur de ce même système, et ceci de n'importe quel côté belligérant.

    Tout ceci fut, nous dit-on, (pour revenir à la fabrication d'une nouvelle idéologie) "temps de guerre" : situation exceptionnelle qui libère et renverse les valeurs, bien que la logique cachée du raisonnement soit : plus jamais comme avant. L'exception devenant de fait la norme future, comme la magie de renversements paradoxaux inverse la forme d'une phrase sans en modifier le sens. La logique voulant que les enjeux en présence deviennent plus forts encore et déterminants dans les temps de paix à venir, semée et enracinée dans des esprits reconfigurés au manque -- en désir et volonté de consommer formatés par les propagandes naissantes pour la création de besoins "nouveaux".

    On ne peut qu'être frappé par cette mise en concurrence de tous par tous, totalitarisme mou engendrant l'égoïsme pur et dur légitimé d'avance d'une guerre égalitaire de tous contre tous, faisant penser au guerres totales modernes entre toutes les unités humaines, pour une domination toute aussi totale que pseudo-démocratique d'un système coalisant et trustant librement certains intérêts spécifiques, achetant et salissant toute autre forme de liberté à l'intérieur de ce cadre, et notamment la plus affaiblie. La guerre des sexes n'y faisant évidemment pas plus exception que celle des générations (...), il est bien logique que le sexe dit faible ait été subtilement enrôlé, parallèlement et sous couvert de libération, sur ses illusions traditionnelles.

    Ce que l'on nomme « histoire », dans cette sorte de marché « égologique » de dupes ressemblant à celui, d'une part du gonflage de la grenouille de la fable, d'autre part à sa cuisson, cette Histoire que l'on prétend « faire » ou plutôt faire faire, a rarement un rapport quelconque avec la réalité non-psychologique des choses et des gens. Ce que l'on pourrait désigner comme la partie immergée de l'histoire, se détermine tout aussi rarement en tant que réalité économique factuelle, autrement qu'à partir d'un minimum – pour ne pas dire un maximum – de souffrance. Souffrance transcendée pour certains, mystifiée pour d'autres et pour beaucoup, plus encore, sacrifiés que libérés des illusions qui les dominent mentalement.

    Il est une chose de ce système que Freud, par exemple, légitime tout naturellement comme réalité pseudo-normale dans son principe, c'est la violence matérielle établie, constitutive de tout pouvoir pseudo-constructif, normalisée par une culture qui se veut définition indépassable de « la » civilisation. Dans ce sens, la guerre est sans aucun doute la première des violences établies, alors que toute propagande actuelle pousse à croire qu'elle proviendrait du domestique – même si l'héritage romain est, chez nous Français, loin d'être affaire d'enfants de cœur, au strict et au figuré – .

    Quelle est la violence la plus profonde, au sens de plaie, – et non la plus formelle – , que la guerre puisse porter à l'humain ? Sans aucun doute, la destruction des liens, et tout premièrement de confiance – comme ne le sait que trop bien le politico-financier. Quelle confiance ? Celle qui fait tout simplement qu'il n'y a pas de confiance possible sans confiance de soi, l'autre soi de l'autre.



                             « Croire en votre propre pensée, croire que ce qui est vrai pour vous au plus secret de votre cœur est vrai aussi pour tous les hommes (…) Exprimez votre conviction profonde, et son sens deviendra universel ; car le moment venu, ce qui est le plus secret devient le plus répandu (…) L'homme devrait apprendre à détecter et à observer cette lueur qui, de l'intérieur, traverse son esprit comme un éclair, plus qu'il ne prête attention à l'éclat qui brille au firmament des bardes et des sages. Et pourtant, sans lui prêter attention, il écarte cette pensée, car elle est sienne. En toute œuvre de génie nous reconnaissons les pensées que nous avons écartées ; elles nous reviennent avec une certaine majesté née de leur caractère étrange. Les grandes œuvres d'art (…) nous enseignent à nous soumettre à notre spontanéité avec une inflexibilité enjouée et cela d'autant plus que le chœur des opinions se trouve dans l'autre camp. Sinon demain, avec un bon sens magistral, un étranger énoncera précisément ce que nous avons toujours pensé et ressenti, et nous, tout honteux, serons obligés d'admettre de la part d'un autre ce qui était notre opinion propre. » R.W. Emerson, « La confiance en soi. »


    Le rêve de promotion sociale des "munitionnettes 14-18", double trahison habillée de « chic » parisien quand, ailleurs, dans des champs endeuillés d'hommes, des « femmes courage » s'attelaient comme bêtes de somme à des charrues endeuillées de chevaux, recevant parfois les conseils séculaires de survivants cavernicoles de trous d'obus par courrier, attendaient la fin du cauchemar contre-nature, avec le retour du « guerrier » perdu éperdu.

    Que la bien-pensance sociétale productive moderne, mais aussi stalinienne standard surnageant dans le bouillon de culture, puisse voir dans ce constat modéré évident « comme » un relent de pétainisme écolo-bobo new-âge (...) crachant dans la soupe industrielle populaire, ne peut que confirmer la froideur du couperet social séculaire tranchant le mystérieux nœud de patience insoumise et de confiance imprenable qui lie l'humain « inurbanisé » par un invisible cordon sorcier, aurait dit Nougaro, à la terre-mère, d'abord côté femme, côté Gaïa.


    Là se parachève la double trahison, et nulle part ailleurs, comme en Terre Indienne, rouge de sang. Le père Goriot avait tout compris. La souffrance humaine, et en particulier la féminine, quand elle est extraordinairement vraie -- comme celle des hommes dont elle est l'une des clefs -- ne peut jamais être objet de peur, mais toujours de honte en conscience.


    Son encre de sang est indélébile, comme sa mémoire réglée, par delà toute réécriture et soit-disant "correction" : la souffrance ne souffre "d'idéalisation" dans aucun sens, sa reconnaissance est muette, apatride et apolitique, asexuée et "araciale", anhistorique et intempestive, atemporelle, areligieuse, "anarchiste" au sens positif et naturel asystémique. Ce ne peut être que le contraire exact de l'abstraction qui la fabrique et qui n'a, strictement, jamais rien eu de particulièrement viril et encore moins de précisément humain.





















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