samedi 16 janvier 2016

LA VÉRITÉ # 26 INTÉRIEUR NUIT





Il y a des vérités éternelles qui n'ont rien d'universel, puisque l’œuvre du temps, dans sa dévoration spatiale des mondes, ne leur permet qu'un réalisme restreint, fini, relatif, expérimental sans expérience intérieure, régressif, mutilant, réducteur et destructeur. Il y a des vérités universelles qui n'ont rien d'éternel, puisque cette même œuvre temporelle « sécularisante », cette même violence légalisée et légitimée par la pensée humaine et sa triste histoire auto-centrée autour du cercle vicieux de son institution, nie leur existence étendue même, par la simple logique existentielle pure de l'objet matériel de vie.



Toute prétendue évolution n'est-elle pas que basse soumission superstitieuse à l’œuvre noire de ce Temps concentrationnaire dont on ne retient que la répétition mécanique de résultats quantitatifs, dans la double illusion du même et de la différence, entretenue dans des esprits perdus éperdus par des liens construits et fabriqués par une dialectique mécaniciste grossière, assimilatrice et simulatrice de toute forme de vie et de vérité sauvages ou spontanées, où l'Histoire tient lieu d'un Chronos logicien dans la plus pure cruauté de ses amalgames supérieurs, de ses sens uniques et de ses voies sans issue ? Au dieu unique succède la pensée unique, produit d'une savante manipulation intérieure-extérieure de la Planche savonnée en sous-main qui nous tient lieu de credo et de salut collectif. Liturgie panurgique orchestrée.





L'échec des sécularisations montre qu'il ne peut pas y avoir d'extériorisation ou d'externalisation de l'intériorité, mais qu'elle doit vivre avec et dans l'extérieur monde donné, posé ou imposé, affronter ses limites, sa cruauté, son absurdité et ses normes apparemment autonomes, vivre cet extérieur, obscurci comme par un nuage de pollution, en tant qu'intériorité exprimée, formulée, déterminée, en accord, ou pas, avec lui, sans jamais s'identifier avec aucune symbolisation exclusive provenant de ce monde manipulé – dès qu'il entre en déconnexion matérielle de guerre de sécession ouverte.



Une symbolisation montante n'est qu'une apparence : on ne monte pas sur rien, ni à partir de rien pour aller nulle part. Ce que le monde matériel exprime, c'est un sens qui ne lui appartient pas en propre, d'où la difficulté parfois de le lire, et ce qui est matériellement exprimé n'est évidemment pas la matière elle-même de cette expression : la matière n'est qu'un média, un canal, un support, une forme temporaire en perpétuel devenir. Ou alors, c'est un non-sens qui n'appartient qu'à lui, viable peut-être, mais non enviable, isolé, hors sol, sous perfusion, ravageur et suicidaire. Non-sens dont la racine nihiliste, comme la cause stirnérienne, « basée sur rien », si elle s'oriente contre nature, n'aboutit qu'à un pitoyable Evangile du Rien, table rase de toutes les annulations, nullités et sommes nulles, niant toute stabilité supérieure intérieure, à l'inverse de la fécondité Taoïste de nature.



En ce sens la relation vitale omniprésente demeure un mystère inviolé, non pas en raison de ce mystère même, mais tant qu'une approche respectueuse et ordonnée dans son sens n'est pas pratiquée, tant qu'elle est vainement niée par une théorie dominante de quantité pure de puissance opposée ou concurrentielle, osant, après la négation de toute vraie culture, revêtir l'armure de ce mot, comme le bourgeois singea le noble après l'avoir fait assassiner. Il est clair que ce mystère n'a aucune raison objective de se refuser à toute approche liée ou unitive. Ainsi, ce qui se dérobe ne l'est qu'au viol malsain de la puissance dans son désir et sa volonté mêmes. Reste la grâce de sa liberté préservée comme une sorte de parc national au sens pratique, fondée non pas sur la loi du temps, mais sur une culture encore debout.



Alors que tout ce qui est perdu ou plutôt « déperdu » dans ce viol établi de l'intériorité ou de l'intériorisation est réinvesti, dans sa valeur volée, ajoutée à l'extérieur, pour que rien, illusoirement, ne se perde... Et ce renversement, cette réversion spéculative mécaniciste, qui joue positivement avec des rouages psychiques supposés efficients et démontables plus ou moins « invariants », est la base et la matrice secrète du monde moderne industriel technico- commercial. Son moyen est la guerre au, et la destruction du produit intérieur brut spontané de l'être dans une rationalisation universaliste-normalisatrice de l'infini des formes de vie. Son but, vieux comme la première guerre de l'histoire dite universelle, est l'esclavage, la mise en esclavage machinique des "grandeurs libres" du monde, physiques et spirituelles – pour le soit-disant bien- être du parc.







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire