samedi 20 février 2016

LA VÉRITÉ # 27 LE ZEN DU BALAI DEVANT LE MIROIR








« Avant tout pourquoi l'homme ment-il ? Pourquoi vole t-il ?
Parce qu'il a un cerveau pensant. Tous les animaux qui ont un tel cerveau mentent. Il introduit l'intelligence. Ceux qui n'en ont pas ne volent pas. (…)
Si [les animaux] ne prennent pas la nourriture de l'homme, ce n'est jamais à cause d'un jugement moral qui leur défend les mauvaises conduites.
Par conséquent, si vous ne mentez pas ou ne volez pas par crainte de la loi (…) alors vous êtes un animal inférieur au chien ou à un chat, car vous, vous avez un cerveau conscient. (…)

Pourquoi donc l'homme a-t-il un cerveau ?
– C'est l'homme lui-même qui l'a créé. C'est vous qui l'avez fait et personne d'autre !
(...)
– Pourquoi en a t-on besoin ?
– Pour mentir.
(…)
– Parce que la vie n'est pas amusante s'il n'y a pas de mensonge.
(…) s'il n'y avait plus de mensonges, ne disparaîtraient-t-elles pas toutes ces histoires, les contes, les romans d'aventure, l'amour, les romans policiers (…), Lincoln, Franklin, Bouddha, Nichiren, (…) Tous les livres deviendraient du genre étique de l'algèbre, de la géométrie, du droit ou du dictionnaire. (…) S'il n'y avait pas de rêve merveilleux dans notre vie, nous perdrions la joie de vivre. (…) ce mensonge appelé rêve (…).
– Rien n'est amusant comme le mensonge et le vol (…)
– Quelle est la différence entre recevoir et voler ? (…) Dès qu'il n'y a pas d'interdiction de prendre les choses, vous les prenez. (…)

Puisque le monde sans mensonge est comme un désert insupportablement médiocre et triste ou comme le visage du professeur de morale, vous, homme, avez créé le mensonge. En inventant un engin nommé le « cerveau pensant »… Or les mensonges ne sont pas amusants non plus. Ainsi l'homme s'est décidé à découvrir cette fois-ci ce qui n'est pas le mensonge, la Vérité. (…)

(…) Newton a été considéré comme le roi de la physique. Pourtant il a dit «  Je suis comme un petit enfant qui se contente de trouver un ou deux coquillages sans valeur. Bien que je me sois rendu sur la plage qui borde l'Océan de Vérité, je n'ai pas mis un pied dans cet océan. Je n'ai découvert que de jolis coquillages et de jolis cailloux sur la plage. » (…) Quoique la loi de la gravitation soit un tout petit mensonge, ce coquillage est vrai. Ce coquillage est aussi médiocre que ceux que vous avez achetés à la mer lorsque vous étiez à l'école primaire. Ces coquillages sont aussi, à vrai dire, volés. (…) volés à la mer. (…)

Newton (…) n'est-il pas devenu un grand homme, n'a t-il pas été respecté longtemps, (…) n'oserez-vous pas sauter dans cette mer nommée Vérité ?


(…) Les élites du monde d'aujourd'hui ne font que chercher ces coquillages sur la plage : tous ces professeurs et ces étudiants des Universités et des Instituts !
Ils n'en découvrent que deux ou trois dans toute leur vie. Heureusement la voie à suivre n'est ni très difficile ni très épineuse contrairement à ce qu'on pense. (…)
– Celui qui découvre dans ce monde du mensonge et du rêve une réelle vérité qui ne disparaît jamais, (…) celui qui découvre le grandiose océan sans fin de la Vérité qui donne naissance aux millions de coquillages vivants, beaux et mystérieux de toutes variétés, qui ne sont pas les coquillages morts de Newton, lui seul peut acquérir et vivre le Bonheur Éternel (…).

Si tous les phénomènes de ce monde étaient des ondes électriques, vous seriez vous-mêmes une forme et une ombre qui les dessine. »

GEORGES OSHAWA, 1953.




Pour asseoir des lois négatives virtuelles, le système occidental s'est fabriqué, depuis ses antiques origines prétendues ou auto-réclamées, mais surtout depuis ses révolutions fondatrices, quelques ennemis naturels bien identifiés, dont la nécessaire disparition a fini par être amalgamée, consciemment ou pas, avec conditions mêmes du « progrès et de la civilisation », vertus comme universellement s'imposant « d'elles-mêmes ».

Ces lois criminelles contre nature et humanité, dans leur haine ordinaire, nient d'abord exactement toutes lois positives, fabriquant des révoltés ou des malades aussi inhumains que l'esprit de ces prétendues lois : du plus doux et pacifique, du plus respectueux et sensé, elle font, finalement, au mieux, un subversif de la vérité à abattre, comme Socrate, et au pire, un fasciste du nouvel ordre mondial.

Dieu sait combien un esprit inhumain, dans sa vertu machiavélique, peut être infiniment pire que la mécanique la plus bestiale, la plus vile ou la plus cruelle. C'est pourquoi l'intelligence humaine est si souvent déchue de ses grotesques prétentions à quelque grâce non esthétique que ce soit, et qu'il n'y a guère que la plus vulgaire pompe officielle pour croire une seconde pouvoir hisser cette prétendue intelligence, par le treuil ridicule et poussif d'un mérite scolaire ou académique, au niveau d'une humanité normée au confit pragmatique d'une vertu exemplaire obèse, à nœud papillon immaculé étranglant sa graisse morale pour la galerie des horreurs ricanantes de nos vendus comme semblables ou même frères ! Portraits grimaçants dont seuls un Balzac ou un Céline surent peindre avec avec une justesse généreuse les illustres gueules cassées, tragiques figures de cirque romain ravagées par le mal endémique et ses mensonges.

Les ennemis « naturels » du genre humain des lois négatives ? La nature sauvage d'abord, forestière avec ses paysanneries dites archaïques haïes autant que redoutées, païens de barbarie originelle dont nous préservent comme d'une peste noire les murs de la ville ; la non-violence du Christ, à l'inverse, dont nous garde absolument une religion d'usurpation ; la noblesse virile, dont nous protège catégoriquement république bourgeoise et démocratie commerciale ; le peuple d'une démocratie réelle, dont nous sauve résolument la représentative politique sous toutes ses formes. La spiritualité enfin, dont nous tiennent à distance infranchissable religion et science modernes.

Cinq préservatifs civilisationnels se rejoignant dans un point commun ou plutôt le lieu utopique de leur puissance : « l'urbs », et son urbanité sociologique, dont les normes violemment universalisées par une économie-monde non démocratique enserrent nature et humanité dans leur nœud coulant, la « cité », scientifique et la financière, place forte avec sa civilité politico-citoyenne ; la « polis » et sa philosophie économique, anti-socratique autant qu'antéchristique, avec sa police de la pensée depuis le début des temps psychologiques. En ce sens précis, ce lieu imaginaire, ce point aveugle aveugle, centre d'un monde d'urbanisation et d'industrialisation totales, est la matrice nouvelle des alter-égoïsmes, de pures idéologies technico-économistes, de pures technologies culturelles et de leur merveilleux ersatz et simulacres. Cercle de mort disait Jim Morrison

Cette matrice, apparente et matérielle, d'abord carrefour et dépôt central de stockage culturel. Les résidus, les survivances d'énergies culturelles s'y (re)trouvent identitairement traitées dans un processus de mécanisation moderne, – instant plus ou moins douloureux ou heureux, selon les fidélités, stratégies ou tragédies d'adaptation, d'un « rempotage » standard avant redistribution et implantation commerciale, après déracinement scientifiquement élaboré de tout et chacun.

Précieux creuset de maquignons spéciaux comme les camps, où coule et s'écoule la matière humaine sous perfusion, en transformation, portée à température voulue avant la fusion permettant une subtile et mystique transmutation des valeurs provoquant, dans la confusion des valeurs, la repolarisation productive de gens civilisés dans une égalité de moule dont la forme principale et principielle est l'éducation standard au progrès et à la guerre. Éducation qui ne doit jamais être mutuelle, mais sérielle, normalisée, industrielle, technicienne, spécialisée, destructrice.

Pourquoi « matrice apparente » ? Parce qu'il s'agit d'une machine au sens de machinerie et même de machination, au plus secret – non pas tant « complotiste », comme interdirait de le dire, et encore mieux de l'imaginer un grossier terrorisme intellectuel réchauffé, que de deus ex machina, ou du cheval de Troie techno-mythologique d'une nouvelle pseudo-religion post-métaphysique. Non pas tant machination au sens strict, extérieure, qu'intérieure : conditionnement automatisé de petits « nés en captivité ». Bétail capté entre les mailles des segmentations et des filières.

L'apparence ici visée, publique-publicitaire, vendue dans son excellence éthique garantie civilisationnelle, « pratique » et universelle, comme du Kant : le genre d'offre humaine supérieure « qu'on ne peut pas refuser », comme suggéré dans les bons polars, surtout par tout émigrant déraciné de l'être. Ville-mère, bonne fille, bonne ville, sexy, matricielle, chaude, libertaire, procuratrice, pourvoyeuse, protectrice, maternante, égalitaire et opulente, offerte aux plus fous, aux plus forts et plus malins, accrochée au sein généreux de la troupe des cavernes socialistes néo-platoniciennes de premiers âges scientifiquement supposés non poétiques, marxistes ou pas ce sein coulé dans la marbrure de sa loi biologique intellectuelle – toutes les tendresses d'un fascisme public supérieur, romain, pour l'enfant apatride intérieur, effacé par les promesses de natalités rémunérées ou de soins de santé garantis.

Ville lumière encyclopédiste, ultra moderne pouponnière d'un Ordre Noir, pépinière d'étincelants robots. Cul de sac de l'humain et de la liberté. L'être, au fond du puits, écran noir au bord duquel un collectif narcissique se penche cruellement.

Derrière le bruit et la fureur mécanique, la cité du sommeil, du « grand sommeil », celui de la petite mort sous la grande affiche métallique glacée, verre et aluminium, avec ses héros heureux de consommer un bonheur qui vous défie et défait par la marque d'une humanité ordinaire infiniment supérieure aux traits grimaçants d'un Big Brother du moyen âge idéologique : tout est dans la souplesse, la tendresse infantilisante qui emprisonne mollement, le confort maternant l'angoisse.

Flexibilité, malléabilité de l'enfermement libéral, sans barreaux ni limites, subtil, intelligent, mobile dans son immobilisation même de judo mental : toutes issues soigneusement bouclées, conditionnées, au droit de passage payant, donc libre dans le principe faussé, mais normalisé du système. Une race de seigneurs pour 1000 ans.

Parc humain en batterie post-animale, post-moderne, post-humaine automatisée, puces et circuits dickiens intégrées, garde à vous ! « Révolution permanente » du bonheur obligatoire, école émancipatrice de soi, de toute conscience, du soi réac, fasciste, mystique, unifié, confusionnel, primaire, barbare, physique et métaphysique en un mot. Pas de malheur particulier à cela : tout est le plus inodore et indolore possible, un immense bonheur intégré, naturalisé, assimilé, aimé, en un mot : juste un simulacre psychologiquement satisfaisant : là n'est-t-il pas l'essentiel au niveau existentiel estimé, spéculé, investi et retourné sur – ? La satisfaction, la satiété ? Le rôt psychologique ?

Depuis Freud et quelques autres géniaux normalisateurs de la « psyché » humaine en souffrance, en mal du pays intérieur, tout va pour le mieux quant au sens de la réalité de ce monde falsifié fiscalisé dont eut sans doute l'apocalyptique vision avant la lettre moderne et absurde, un Rimbaud pré-aventurier hautement suicidaire quand à l'existentiel restant de sa courte course à l'abîme salvateur permettant de sortir du cercle maudit par un haut inversement proportionnel spirituellement à la bassesse consentie et acceptée de sa destination obligée en forme de péché non originel, mais de destination humaniste jouée d'avance. Péché, cela va sans dire, au sens de crime le plus inacceptable pour un soi un tant soit peu transcendant de vie, et non de culpabilité d'héritiers humainement dégradés.

Les esprit chagrins de la norme en vigueur et de l'optimisme de façade ravalée trouvent cette réalité – décrite si souvent pour ne pas être entendue par tant d'esprits lucides et clairvoyants depuis des dizaines de décennies – quelque peu excessive et maladive dans son expression éternelle et voudraient bien la guérir de sa profonde mélancolie liée et déliée. Non par philanthropie affichée parfois avec un mobile caché de nettoyeurs nazis : ces généreux pathologistes savent trop bien que cette mélancolie dont Baudelaire fit – mais en vain : le couteau, même littéraire, s'il fait jouir à vide, n'endort pas la plaie ! – une mode et une attitude indéracinables de confort psycho-social désormais vautré au cœur du mal de chaque siècle progressiste, est la racine des révoltes les plus aveugles et destructrices.

Les « basculements » devenus imprévisibles, les conséquences catastrophiques « passées à l'acte » au niveau de tous les intérêts dits supérieurs d'un peuple perdu dans l'épaisseur du doute le plus scientifique sur les « vraies valeurs ». Et bientôt prêt à tout essayer pour voir un peu – comme le chercheur examine méthodiquement le cobaye massacré – et pour le retour de cruauté nécessaire pour accepter l'impossibilité purement théorique de tout retour en arrière : le champ de bataille n'est pas fait pour pactiser avec l'ennemi, fut-il de l'intérieur, comme on dit dans les milieux autorisés concernant les deux théâtres d'opération.

Petite piqûre de rappel :

« C'est là la destruction à laquelle je ne peux survivre. C'est là le germe que je ne peux escamoter ni esquiver. (…) Ce sentiment éhonté de ma propre personne, cette peur angoissée dans mon âme et dans mon corps, ceci me donnerait une telle sensation d'amertume et de haine à l'intérieur de mon propre corps que je haïrais et craindrais chaque autre corps humain sur la face de cette Terre. (…)

Oh, vous pouvez me lancer vos grains de poussière et je n'en aurai trop cure, me balancer vos boules atomiques et je ne tremblerai pas trop dur (…) Faites-moi éclater, si vous voulez, si vous devez vous en trouver mieux, faites-moi sauter à la figure un de vos gaz à ampoules, ou une de vos maladies en bouteille, un ou deux tubes de vos pestes et de vos bombes suffocantes, et peut-être que je pourrais trouver un moyen de m'enfuir quelque part et de dérober la plupart de mon corps aux chocs et aux secousses de vos bombardements. Mais je vous en prie, je vous en prie, ne me tapez pas dessus avec cette croyance et cette religion de l'hypnotisme et de la peur de soi, cette religion qui me prêche la haine et la peur, la tristesse et la honte de cette chair et de ce corps humains et nus qui sont miens. (…)

Je ne veux plus qu'on asperge ni qu'on vaporise avec des soupirs résignés de cet acide mental sur les cellules de nos cerveaux, moi et mes enfants. Mais peut-être que vous vous plaisez à laisser ces gens autour de cette table à censure faire votre choix et vos options, et votre vie, votre travail, votre amour, vos allées et venues, votre manger et votre boire, votre lecture et votre réflexion à votre place. Mais vous pourrez m'enterrer sous le saule le jour où j'aurais laissé une telle assemblée de juges essayer de me faire un univers plein de pensées et de rêves et de projets et de travail à ma place. »

WOODIE GUTRIE, 1947.

Alors, il faut retourner à la vérité à partir du mensonge pour boucler la boucle, faire la démarche positive, véridique et unitive contre la négation de ce qui est et contre la négation de la vie par la vie dans son devenir devenu fou de désespoir de ce qui n'est pas et ne sera jamais. Hitler a-t-il été ou n'a-t-il fait que ne pas être ? Idem pour le système né de lui et de quelques autres, plus anonymes, mais infiniment plus criminels que cet enfant de cœur de l'Histoire Moderne. La réponse n'est pas dans les mains des responsables de cette situation, ni dans celle des collaborateurs conscients. Mais y a-t-il collaboration consciente ou perte de conscience programmée dans la main de celui qui tient l'encensoir ? A chacun de jouer du zen du balai.








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