samedi 5 mars 2016

LA VÉRITÉ # 28 LA BELLE ET LA BÊTE OU LA QUESTION DU COMMENT





 (...) car le mensonge qui se produit au dehors par la parole est une imitation de ce qui se passe dans l'âme, une sorte de copie qui le manifeste  plus tard; ce n'est pas un mensonge dans toute sa pureté.  PLATON




La plupart du temps, le mensonge commence avec la question rituelle – mi-provocante, mi-injonction implicite – et argumentaire type : « Comment allez-vous faire pour..? ». Généralement, elle suit d'ailleurs un constat, dit ou pas dit, « accablant. » Accablant donc, puis très vite inquisitorial, concernant la responsabilité du mal, souvent désigné comme « catastrophique ». Généralement, enfin, « les données du problèmes », sont partielles, faussées de façon à nous confronter à une réalité toujours plus scandaleuse et inadmissible.

Au bout du compte, chacun est sommé de prendre parti pour une fausse solution, c'est à dire pour ou contre un mensonge maquillé en vérité insoutenable, donc où le choix est déjà fait : qui soutiendra cet insoutenable, et la menace universellement suspendue de la publicité d'un éventuel soutien personnel ? Qui osera défier la vérité officielle, assise sur toute les statistiques démocratiques ou scientifiques qu'il faut pour la rendre psychologiquement incontournable ? D'autant plus que la terreur exige une position pratique, c'est à dire engagée, donc ayant le prétendu courage de s'en remettre au système à l'origine du scandale !

Dans un monde de mensonge pragmatiquement institué, la vérité est nue, malade, impossible. La vérité du système s'impose à tous par la force même du mensonge, comme un tyran se fait légitimer par des méthodes très concrètes. C'est donc la violente vérité d'un mensonge qui se fait passer pour elle en tant que force nue, sauf que la vérité nue est créatrice et libératrice et que la force nue détruit et enchaîne le possible à l'impossible par inversion mutuelle des valeurs : l'autorité de la violence n'y donne aucune force à aucun droit, et encore moins à aucune liberté dans sa double prétention de réalité établie. Aucune vérité ne s'établit jamais par la violence : son arme la plus absolue est l'évidence comme raison suffisante.

Au niveau de cette réalité établie-là et de l'illusion temporelle de son imposition, il est difficile de faire plus absurde : la force se conduit comme un devenir profiteur qui serait susceptible et destiné par principe – celui de la terreur immobilisante, paralysante – à se transformer en état permanent, majuscule ou pas. La stabilisation productive de cette violence est une si grossière contradiction dans les termes qu'on se demande comment elle peut parvenir à exister dans son concept, à défaut d'être. Il y a là un mystère profond, sans doute de type religieux.

Il n'y a en effet qu'une perversion spirituelle au départ qui puisse donner une logique à l'esclavage, ce qu'on peut nommer idéologie de son système. Nietzsche disait que le christianisme était une religion d'esclaves, et sans doute avait-il tort en grande partie dans un sens, face à la vérité éternelle du monde, où le maître hégélien est sans doute plus esclave que le dernier humain réifié, ce qu'un authentique stoïcien n'aurait aucun mal à montrer, – mais absolument raison en ce qui concerne le système culturel chrétien, ou prétendu tel.

On trouve donc la peur, la violence et la terreur à tous les étages de cette tour de Babel, assise avec une insoutenable vulgarité et avec le plus nihiliste des cynismes, sur l'intériorité même des peuples de cette culture, qui si, extérieurement, elle se montre incroyablement anarchisante au sens négatif et destructeur du terme, c'est que son fascisme du désordre institué repose, comme au milieu d'anciennes dégénérescences romaines faciles à imaginer, sur un ordre de fer intérieur où le couteau dans le dos, ou l'assassinat collectif, sont la règle cachée, derrière la moderne inquisition de ses logiques d'opinion affichées.

On pourrait même dire qu'elle ne peut, quelque part, que combattre sa sœur ennemie élevée autour d'un Coran présenté comme pure barbarie en soi dans la forme apparente de son texte, dans la mesure exacte où ce même Coran, mais dans sa profonde non-violence cachée, et donc niée par le système de la modernité, laisse encore chacun, s'il le veut vraiment, vivre librement celle-ci – sans contrainte spirituelle corporelle et comportementale, logique ou morale absolue : pour lui, l'homme n'est pas fiable au sens strict, il n'est pas systématiquement unifié par la peur, dans la mesure où la responsabilité du monde ne pèse pas sur ses seules épaules humaines. Le Dieu des chrétiens institués rend l'homme responsable de tout, comme de la pauvreté de son malheur même : c'est qu'il y a là, péché originel à être ce que l'on est – et même, parfois, seulement né !

S'il n'y a pas de vérité en l'humain ni nulle part – ou s'il y a le moindre doute sur sa possibilité d'être, et non pas d'exister, puisque le mensonge peut très bien être l'un de ses modes d'existence, possibilité qui ne relève pas du possible d'ailleurs, mais du plus nécessaire absolu – donc, s'il n'y a pas de vérité une simple, une et indivisible, alors, il ne peut y avoir aucune issue à l'enfer du mensonge établi, aucune sortie possible du labyrinthe, sous quelque avantage qu'elle se présente : forme sacrée, familiale, scientifique ou économique, d'évasion ou de sagesse, d'acceptation ou de refus. C'est une voie sans issue, autoroute de la pensée qui s'arrête en plein désert, comme une limite de décors hollywoodien, en plein milieu d'une nature anéantie par la machine et la production de ses simulacres de studio.

Ainsi, refuser la violence du mensonge est un combat qui ne cache pas la vérité : aucune vérité nue n'est à craindre, contrairement aux rois du monde. Comment pourrait-on laisser être ce qui ne peut être ? Un simulacre fonctionne, mais ne vit ni n'est pas. Pour qu'il vivre il faut simuler l'être et la vie, donc les détruire d'abord, ce qui est bien dans les tuyaux, mais plus comme eau dans le gaz que comme solution du mal. Le système se juge au mal qu'il « produit » et répand. Comment laisser être ce qui ne peut être, sinon par toujours plus de mal et de mensonge, le mensonge d'une invraisemblable apparence d'être ? Mais l'invraisemblable n'a pas de vérité, il n'a que du doute et de l'incertitude, relatif relativisant tellement qu'il ne fabrique plus que du néant rempli de mensonge et d'illusion.

En un sens, s'il n'y a qu'un Dieu, il est responsable de tout, relativement, ou il n'est absolument responsable que du bien, comme le disait Platon par la bouche de Socrate. La vérité, persécutée aujourd'hui de toutes parts, est que la réponse est évidente au sens d'un Dieu du bien, à la différence de celui de la Nature, même et absolument même si, ce Dieu-là a toujours eu tout à voir avec elle sans aucunement se laisser réduire à, ou résumer à, elle : comme dans la chevalerie, il s'agit plus d'un alliage que d'une alliance. Ici le monothéisme pur et dur institué apparaît d'abord comme un abandon, une lâcheté, une trahison, un mensonge premier, un génocide et, pour finir, un suicide spirituel que le Christ lui-même ne pourrait pas valider tel quel.

On peut enfin se demander si le plus cruel est la maltraitance qui découle du prix de la dévalorisation humaine et naturelle instituées ou celle qui les écrase à partir de leur valorisation absolue, sans pardon ni merci humaine ou naturelle ici-bas, : malgré ses nombreuses cruautés primaires inacceptables – le Coran, de la même famille, n'est pas, lui, humaniste – il conserve, secrètement enfoui, derrière une défiance réelle, un minimum d'humanité que le système dit chrétien a perdu depuis belle lurette, à supposer qu'il ne l'ait jamais beaucoup pratiquée. Le Coran comme patrimoine, et non ses simulacres et dévoiement nazis post-modernes qui font prendre à certains illuminés laïcs manipulés par des machiavéliques « chrétiens » de système, des vessies pour des lanternes.

La morale de tout ça, c'est que dans un système prétendument moral qui veut faire l'ange, la possibilité même de morale, de vérité, de liberté ou de fraternité, ou même de famille ou de nature humaine, – de par la « vertu suprême » de son pouvoir totalitaire sur ces biens communs, est totalement exclue. Voilà le malheur arrivé, et ce que dissimulent habilement tant de questions sur le « comment », ouvertes à tous les vents de la libre discussion, comme si la démocratie authentique était une simple joute argumentaire pipée. La vérité n'est pas un argument, c'est un fait plus têtu que la magie d'un récit philosophique en forme de discours politique, ou l'inverse ; elle ne se répand pas comme un virus idéologique, mais se propage comme un feu intérieur qui réchauffe autre chose que de vieilles vérités truquées.







Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire