samedi 12 mars 2016

SALUT AUX VRAIS HUMAINS



" un être humain, c'est à dire nous-mêmes sous une forme différente " GANDHI






Comme Rimbaud, ceux qui se lèvent avec un jour qui les tue, héros ordinaires invisibles aidant le monde à être ce qu'il ne veut pas être et prétend ne pas pouvoir être, famille intemporelle, lumière interdite et cachée, humanité perdue retrouvée, entravée, malade, exclue, sous le coup des lois et de leur implacable regard ; humanité aliénée, étrangère, bannie, refoulée, cantonnée, désolidarisée, déterritorialisée, terrorisée, martyrisée, mais consciente encore et toujours.

Qui portent l'espoir du monde sans le savoir ni pouvoir parler ni partager leur fardeau d'amour illicite ou déraisonnable, politiquement ou idéologiquement incorrect, ceux des bancs publics de Brassens, ceux d'un monde ouvrier ou paysan abandonné, ridiculisé, acculé, dos au mur de la réalité du mal nécessaire, violés ou émasculés, réduits au rien du silence mafieux empestant l'air de corruption passive généralisée, insinuant et instillant lentement son institutionnalisation rampante, mortifère et liberticide, la mort douce des grenouilles du bénitier économique.

Ceux portant à bout de bras nus, usés, tombant comme des poids morts désarticulés par le travail mécanique ou désespéré, empêché, entravé, anéanti, saboté, volé, détourné, inutile, retourné contre le vrai monde, la plupart du temps tellement de femmes anonymes sans classe ni couleur, avec leurs yeux brillants, clairs et brûlants d'éternelle jeunesse de chair insoumise. Ces yeux que l'esclavage caché n'éteint ou ne réduit pas en cendre tiède et triste comme un mur aux fusillés de béton fin et friable.

Ceux que l'horreur de la réalité quotidienne réaliste du camp mental et sentimental transforme trop souvent en bétail humain corvéable ou à abattre à vue, au titre de surpopulation inemployable de réserve protégée, alors qu'ils sont en éternelle voie de disparition au cœur même d'un démocratie de représentants de commerce et de marchands de vaches. Au cœur insoutenable et hurlant du simulacre et de la caricature humaine.

Ceux qui portent, depuis toujours, la douleur du monde à bouts de bras et de force, qui marchent, comme en 14, avec des corps crucifiés de fatigue ambulante, les os transpercés d'aiguilles et de lames désarticulantes, le cerveau sucé par les soucis des déracinements et des arrachages, vrillé d'angoisses en montagnes russes entourées de barbelés auschwitziens recyclés dans les zones retirées d'un cerveau lavé à l'eau du linge sale de l'humaine famille.

Tous frères et sœurs humains chargés non seulement du péché d'origine, mais de la pesanteur weilienne d'un monde déchu, fourvoyé, leurré, abusé, trompé, qui leur brise les épaules, le dos, la nuque et les reins, fouette au sang leur cœur en miettes, ombres déjà parmi l'armée sans nombre de la nuit tombante de l'oubli et du désespoir.

Parmi ces crépusculaires-là, certains marchent encore, debouts et droits, au milieu de la liquéfaction et de la liquidation, avec la joie invincible de « perdants magnifiques », vers une mort plus naturalisée que naturelle, mais qui ne leur fait pas peur : elle les délivrera de la malédiction d'être nés heureux du bonheur d'un monde qui ne voulait pas mourir, comme celui qu'on trouve sur un visage de l'enfant enseveli illégalement de frais, déterré pour vérification scientifique d'usage du fait divers à classer sans suite.

Sourire enfin relâché, si léger que toute pesanteur en tombe en poussière, et retombe pour toujours au fond d'un trou noir plus fictif que boueux et froid, dans le cri originel d'un silence réconciliant tout contraire : l'enfance du peuple, du fond de la mort atroce de l'indifférence, se rit de l'expérience de la réalité.

Le sens de son regard brut est une vérité ordinaire plus forte que celle des limites de la simulation. La victoire de ce visage libéré, dans la non-violence de son apaisement d'enfance retrouvée, comme rejet le plus pur et simple de toute humiliation subie, au plus près de la terre des origines, de martyrs à jamais involontaires, volontairement innocents.





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