lundi 13 juin 2016

LA VÉRITÉ # 30 L'HERBE ÉMERAUDE















Combien de gens rencontrés, de personnes hors sexe, âge, classe, fonction ou office, statuts ou catégorie, apparence et jeu de rôle, hors mécanisme aujourd'hui ? Combien d'échanges, de partage de richesse, de sentiments, d'inquiétude et d'attention, de certitude et foi, de refus et d'acceptations, de reconnaissances pragmatiques d'une réalité inacceptable, mais incontournable ?

De principes, de constats simples ? D'évidences absurdes et de vérités cachées dévoilées par petits bouts de fils, occultées, ignorées, balayées en bloc, minorées ou étouffées à demi-mots ? Combien d'échanges de regards, de bonjours, de sourires, larges ou subtils comme le temps qu'il fait ?

Comme la liberté intérieure, spontanée, transparente, émergente, naturelle, légitime ; comme cette dignité pure d'être soi-même ? Comme la force, le défi, le devoir, la volonté, la vocation, la grâce, le combat de le demeurer face à la force mécanique du système ? Partage gratuit, libre, taoïste, héroïque, honorifique, lucide, déterminé et indéterminé de demeurer donc dans ce qui est – et non dans ce qui devrait ou pourrait être, ou avoir été. D'habiter l'être persistant et signant du lieu, du temps et des temps, du lien, de sa résistance, sa santé, ses conséquences, ses aboutissants sans arrière-pensée automatique.

Sens essentiel. Regard, parole et silence face à un monde automatisé de mots et de chiffres, robotisés. Espace re-parcouru, temps repris dans son souffle oral, retrouvé intact là où il a été laissé, délaissé, rabaissé, abandonné aux engrenages situationnels et conditionnels, poids et contre-poids, rapports de bascules renversantes sanglantes et chenillées, tuant, piétinant les relations comme un bulldozers nazi quelque part en Afghanistan, ou ailleurs, écrase une femme insoumise, un enfant blessé, un homme original, un peuple intègre, entier, fier, debout, affirmatif, positif, ouvert à mort, jusqu'au bout de la nuit de son humaine solitude humaine, de son inflexible fragilité : grec, espagnol, français, italien, slave, africain, américain ou oriental, sans parler des premiers oubliés, négationnés. Gloire et honneur de l'humain ! Grandeur et plénitude de ce sens sacrifié encore et encore : un seul Christ aux mille visages.

Rapports de force et violence qui mentent et nient, dénient et renient, écrasent, massacrent et assassinent, pillent, spolient, violent, torturent et tourmentent, brûlent, anéantissent, bombardent, liquident, gazent, affament, assoiffent, contaminent et exterminent, anéantissent et rayent d'un trait de plume, effacent de la carte mémoire cultures, traditions, sagesses, philosophies, arts, techniques, religions, sciences, morales, modes de vie, façons d'être, agir, penser, croire, aimer, sentir, transmettre, préserver, respecter, partager, honorer, transcender les situations limites ou hautes de l'humaine condition dans un universel imparfait comme une pierre précieuse brute ou taillée par une main tournée vers le meilleur, vers une beauté immédiate, supérieure, partagée, naturelle, apollinienne mélangée dans une seule joie.

Quoi de plus ? Rien de moins. Sera-ce assez dire ? Dire et respecter, répéter à qui veut et peut entendre le désertique, l'aridité absolue, scandaleuse de vérités non relatives, ni relativisables ni pondérables, nues, saignantes, hurlantes de leur camps de la mort, crevant des yeux glissants et lisses sans jamais parvenir à perforer leur blindage d'abstraction narcissique protectrice.

Yeux d'insectes jaillis de l'imaginaire brut du chaman Morrison, miroir réfléchissant sa grimaçante galerie de foire aux fous, théâtre-cruauté du Momo, carnaval cruel, mental nazifié, expérimental, tragique Mengele arpentant ses champs de cadavres, écran de fumée lacrymogène, hallucinogène, auto-portraits saccadés tressautant en trompe-l’œil dans la larme la plus sèche, en rut, coup-de-trique, criarde, liquide, croco, toxique, contagieux comme la peste reichienne d'un pitoyable orgasme d'iris froid fasciné. Big Brother, regard pénétrant, dévoration psy, organe prédateur, fracturation optique, sodomie de l'être. Une barbarie de chiens enragés, meute de loups dégénérés. Cercle de mort disait Jim, pas seulement la pulsion : il y a opération noire, opaque.
Vérité sale, débordant de son flot maudit comme la peste du collecteur central bernanosien, crachant son pus de cruauté et d'ignominie, d'abjection, disait un lettré survivant des camps.

Omerta des lois et d'un nouvel ordre noir dit « républicain » comme l'autre se disait socialiste, déjà accomplie, confirmée, officielle, inscrite, gravée sur les tombes d'un autre âge – c'était hier – à revenir en force avec leur petits bras blancs bien sectionnés, alignés par la force des choses, cette mystérieuse violence masquée forçant la vérité pour fabriquer sa loi mécanique comme un sexe désaxé, séparée, tête coupée, dissociée, à part, giclant sa haine. Lettres de feu de guerre totale, d'extermination, liseret de fer chauffé à blanc au col noir de la bouche d'ombre luisant dans la nuit absolue comme un Lüger officiel : l'abjection est une cérémonie du KKK.

Cet ordre dont on nous hurle bestialement qu'il a changé : nouveau de nouveau !
C'est reparti, Louis-Ferdinand ! La nouveauté par l'ordre des choses : c'est comme ça ! C'est changé, c'est fait ! Rien à dire ! Sans nous ! Demain les chiens ! L'argument du viol. La tournante ! Tout entier ramassé, compris et repris dans sa masse matérielle, brutale, folle, énorme, incontestable, sa masse de compromis obligé, d'amalgame contraint, logique, accompli, révélé ! Tout déjà calculé, simulé, fini, réglé d'avance, finalisé dans sa masse simulée, formatée dans sa physique d'Apocalypse now ! Inévitable, incontournable, c'est un fait ! Accompli ! Un miracle ! Résultat du progrès dans son formidable bon en avant, le saut dans le vide... Le pas est fait, parfait ! Un miracle d'énormité…

Non ! Un non pur et simple, paisible, placide, pacifique, serein, indifférent, tranquille, lucide, définitif : tout est illusion, manipulation, illusion à déchirer, voile à lever, rideau à soulever, masque à arracher, fantasmagorie, hallucination collective, propagande stalinienne, décor hollywoodien, un conte de fée électricité, montage, trompe-l’œil, délire historique, pathologie conforme, néo -nazisme post-humain.

Oui, nous, humains de France, de Navarre et d'ailleurs, gibiers de potence de toutes les gouvernances du monde, on vous le dit : nous savons. Nous savons parfaitement ce que veut dire cet ordre nouveau, ce que signifie la chanson, la musique de cet ordre noir, opaque, obscurcissant progressivement le soleil, le cri du corbeaux rimbaldien sur la plaine, mon ami, l'enfer sur terre, sur Verdun. Ce que signifie cet ordre gelé, cette Bérézina récurrente de l'humain, le gel qui surprend et prend la parole libérée à l'aube blême voilant les yeux, loin du cœur. Glaciation gammée et galonnée des intellects « supérieurs », celle de la race et des seigneurs de l'Ordre et de l’Ésotérisme d'un monde aux os brisé sous les triques d'une logique de fer et de ses engrenages tayloriens.

Nous savons si profondément qu'il n'y a nulle victoire pour la mort que nous redonnerons nos vie avec une joie sauvage, étrange, transcendante, incompréhensible, avec notre âme d'humain de 20 ans, sans guerre, ni violence, sans rien lâcher, gardant tout dans le poing, dans le silence le plus complet : nous sommes la grâce du condamné, nous la jetons, cette merveille d'humanité, du haut de notre fragilité, à la face bipolaire de cet ordre ubuesque maudit, par delà la mécanique en marche. La nuit obscure n'est pas une guerre des étoiles, c'est un monde privé de l'étoile de notre système. Les épaulettes, les bottes, les phallus dressés des machines n'y feront rien : la mort est simple, le pouvoir est double : il ne peut rien que le rien. Rien de plus que le moins qu'il incarne quand s'assombrit le ciel aux oiseaux disparus. On ne retranche pas le chant des hommes. On ne le supprime pas, on l'imprime au fond du puits de lumière whitmanienne.





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