mercredi 13 juillet 2016

KEROUAC JACK MEMORIAM # 2 EXILE ON MAIN STREET








Ne jamais avoir cru devoir un jour penser l'exil. Hélas déjà là, présent à la pensée, déjà si nécessaire face à l'irréelle réalité chaque jour un peu plus rampante vers le coin le plus fragilisé du cerveau – pour y faire son nid cancéreux, noyau froid et sec, subtil centre de commandement. Alien.

« C'était des temps déraisonnables », disait le poète à propos de ceux de la dernière guerre : la vérité, étrange vérité – comme la défaite que ces temps qui n'auront jamais pris fin, pour finir. Sournoisement incrustés quelque part dans un pli de mémoire, prospérant sur l'oubli imposé d'après-guerre, avec ses morales reconstructivistes de circonstance, de non-assistance. Comme un cancer se développe 20 ans après sa fabrication biologique, temps mûri, produisant à l'ombre de soi ses basses œuvres mentales et sentimentales au son intérieur nuit d'un bandonéon de tango en débandade. Dernier Tango à Paris. Temps venus, revenus, fantômes fous, furieux, désespérés, misères noires comme « l'ordre » avec son métro aérien ou le robot géant du film impressionniste allemand. Golem d'acier. King Kong accroché à l'aiguille financière.

Exil hugolien à venir, réel ou surréel, signe céleste, cloche de victoire sur la ligne de démarcation affûtée entre l'intérieur et l'extérieur du cadre tout en bas, tombé, ni défaite ni fuite en avant ou en arrière. Mais victoire sur le quant à soi sans moi. Renoncement libérateur, refus définitif de collaborer à la recomposition matérielle, contre-nature, à ses misérables leurres mécaniques (Shell Beach) ; ceux du grand oui camusien, enfin offrande parfaite, silencieuse comme la mère, muette de vie subtile, immense vide créateur, matriciel ouvert sur l'éternité minimale du devoir de conscience animale, tout tremblant de son insaisissable substance émergente, irradiante comme le sax du soleil.

Naissance ou renaissance de cette Légende des Siècles dont l'ordre à venir voudrait à tout prix nous délivrer et nous priver, nous amnésier. Ablation, l'image « animée » ne parle pas, elle est sans parole, sans ce silence originel des sphères et des glandes, des orbes et des cercles, des orbites et des espaces, des cycles et des révolutions.

Nous évoluerons donc, ne reviendrons pas, ne demeurerons pas, voyageant encore et encore, comme le grand Jack – hobo solitaire sur le train bondé de ses méditations, sans fin dans les consciences cosmiques des enfants et des bêtes, de la pierre, antique ou pas, et de l'eau, usée ou pas, nous coulerons nos jours ailleurs, étranges et inchangés en leur moyeu même. Dans les flux et reflux inflammables des cultures et des langues, des chants et des symboles, dans les monde parallèles enroulés de l’analogie et du lien, le chant magnétique des émotions chamaniques, dans les spiritualités mouvantes du vent et du sable stellaires.
Qu'importe ?

Dans le Blues christique d'un Bouddha karmique enclavé, crucifié, mais vivant, humain debout comme un signe zodiacal, sans pouce romain, paume au ciel nietzschéen pacifié du second Camus. Tendu rimbaldien ou bride au cou, arc en ciel sous-marin, ivre d'immobilité, translucide et patient. Patient comme le temps hindouiste d'après le temps avec ses cycles à six zéros. Nous renverserons l'envers et l'endroit, nous déverserons, traverserons tout, entiers et intouchés, arbre de la forêt primaire, abritant la méditation et l'éveil d'un Prince démocrate. Le vieil arbre aux oiseaux, avec ses feuilles d'herbe. Sur le retour de sève dans son Lotus avec ses notes coulées, urbaines comme les larmes de pierre du film magistralement adapté du roman dickien.
Puisque le jazz survivra.






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