dimanche 31 juillet 2016

LA BÊTE DU GÉVAUDAN









« Pensez ! » Nietzsche


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Qu'est-ce que l'animal, sinon un vivant symbole de la nature ?

Nature fermée, consciemment, au sens de volonté originelle, dans son orientation intrinsèque fermée à la lumière de la violence destructrice d'une raison humaine d'arasion attilesque, malade de contrôle et de maîtrise. L'humanité se vante et hausse supérieurement en imposant la dictature d'une certaine conscience humaine, sociale, morale (…) comme celle, supérieure, d'une sorte de surmoi totalitaire érigé en « lumière » interne et externe de toute technique et de toute culture.

De ce surmoi (auto-)destructeur, Krishnamurti a dit assez ce qu'on pouvait penser et espérer. Les comptes sont apurés. Reste les responsabilités têtues d'un désespoir méthodiquement injecté. Les Mengele pragmatiques autant que les idéologues officiels de la propagande, sans lesquels il n'y a pas de « science » appliquée.

De ce surmoi, nous avons vu ce que les nazis ont fait, ces empereurs du monde moderne.

Et pas seulement eux, chez nous : le Vel d'hiv est bien cette tâche de sang indélébile souillant à jamais l'histoire du pays de France, comme l'a si bien déclaré un certain Jacques Chirac. Tâche mémorielle de martyrisation ignoble d'un peuple, aussi négativement essentielle pour le français que celle de la Saint Barthélémy (au hasard historique de son épopée) –  peuple de France qui, dans son excellence vraie et indéracinable, comme l'a largement montré Hugo, est, avec d'autres, sacré, intouchabletâche, blessure, cicatrice parmi tant d'autres, comme chez tant d'autres peuples martyrisés aussi, marquant, définitivement secrète, la fissure et la fin d'une collaboration, entre culture et peuple, avec les maîtres du mal. Symbole : Javert, monstre kafkaïen. Traçant toutes les perspectives… encore à venir.

Pour les maîtres noirs, du-monde ou à-penser, le peuple a toujours été la bête, sauvage ou immonde.

Bête à saigner ou à abattre, cochon ou dragon, à soumettre aux pires abus et humiliations, aux traitements les plus inhumains appropriés. C'est que l'humain humaniste, platonicien, cartésien, pseudo-chrétien ou pseudo-athée (…), s'est toujours défini contre l'animal, s'est construit à contre- animalité, sur sa négation pure et simple, avec une raison exterminatrice calculatrice et instrumentale conquérante, géométrico-philosophique grecque, technicienne-industrielle. Le mal, l'ennemi c'est l'animal en soi avec ses « fausses » valeurs, source de diabolicité.

En ce sens « l'animalisation de l'esprit » est sans doute l'une des terreurs essentielles de l'Occident.

Terreur millénaire de soubassements psychiques humains « manufacturés », primaires et secondaires, racine occulte du terrorisme intellectuel le plus profond, le plus naturalisé. D'où certainement aussi, sous un certain féminisme d'imposture contemporain, loin de toute vérité sociale ou simplement humaine, toujours dans ces soubassements croupissants d'une âme humaine murée et encagée dans une urbanisation spirituelle d'élevage plutôt que d'élévation, cette sorte de d'efféminisation subtile et sournoise d'un rationalisme déjà si angélique-purificateur. Très adapté à la raison fonctionnaire-(post-)industrielle de la nouvelle donne de la condition humaine.

Divine, impériale hauteur de cette (dé)raison-là, basée sur un abaissement inversement proportionnel de la raison animale première. Celle du bon sens et de l'instinct positif sensible, sensitif.

Démesure, cette divinisation de son empire économico-culturel n'est que la construction intellectuelle magistrale-négationniste, nihiliste, – avec sa doucereuse-perfide, ludique-libertaire, infantile-maternaliste imposition psycho-sociale – , de l'humiliation même de la condition et de l'esprit animal et de la nature en général. Renversement absolu, exact de l'ancienne culture universelle venue de l'animal, comme l'ont montré partiellement Darwin et Kropotine à sa suite, qui avait permis à l'humanité de s'élever à un équilibre supérieur de paix et de coopération avec les forces naturelles de la vie, sans en exclure aucune, ni favoriser quelque mal sorti de son trou à rat réservé, au nom du bien, collectivisé ou pas.
Qui joue avec le balancier ?

Ces forces, maîtrisées sans dictature ni laxisme, d'harmonisation et de respect, séculairement cultivées en Europe et ailleurs, sont en voie d'achèvement de destruction, sous couvert de modernisation des esprits.

Leur esprit de joyeuse et tragique liberté, d'amélioration des besoins et de leur satisfaction primaire et supérieure, n'étaient pas compatibles avec le niveau inférieur d'une certain catégorie d'esprits malades ou limités, engendrés par les progrès rationnels envahissants de l'empire d'une culture d'entreprise de démolition du monde : il faut « déconstruire » pour dominer le monde, comme on domine l'animal sauvage ou domestique, avant de pouvoir le ravaler rationnellement au rang d'objet ou d'instrument d'un désir aveuglé, archaïque perverti, corrompu, empire délirant normalisé, déguisé en force officielle d'excellence et de de beauté, de justice et de vérité.

Ces forces et formes de pensée unique monomaniaque sont à la racine active tumorale de la pathologie élitiste et de masse du fascisme en général.

Quelle que soit la forme de son imposture : religieuse ou économique, technicienne ou citoyenne, capitaliste ou socialiste, démocratique ou républicaine. Elles devront donc inévitablement rendre des comptes de leurs calculs, de leur pratique, de la violence de leur mensonge, humiliations faites à l'intelligence et au cœur humain, perpétrées dans la plus haute trahison ordinaire ou historique, discrète ou ouverte.

C'est devant l'histoire vivante de cette trahison qu'elles devront le faire, la vie se chargera de les juger, pas les procureurs, encore moins les anti-procureurs alternatifs du système : il n'y a pas d'alternative à un système ne laissant pas d'alternative à la vie.
Comme l'a dit Gandhi, il y a un lien indestructible intrinsèque entre vérité et non-violence. L'oubli de ce lien est un ticket direct pour la déchéance, graduelle ou brutale. Sa négation signe l'acte d'une irréversibilité générationnelle vitale-historique de cette déchéance.

Mieux vaut lire ou relire La Chute de Camus, avant de sauter dans le bonheur du vide ambiant. De choisir La Peste au Choléra. Merci pour nous. Ce Nous, dont il parlait si bien, mais si seul qu'il n'en pouvait déjà plus exister et survivre que dans un être toujours et encore suspect, pour ne pas dire maudit .
Est maudit qui maudit.

Camus l'Étranger, mais attention ! aussi bien à l'endroit qu'à l'envers. Lui, le presqu'Arabe, le pas assez proprement révolutionnaire aux pieds sales, traître aux frères ennemis, impulsif, instinctif, poète sensuel et tendre, solaire lucide, mais sentimental en creux, romantique presque. Attention à l'ironique caricature d'un étranger à l'humanité en forme de pied-de-nez à l'existentialisme établi. Ce même existentialisme politique, récupérateur, malgré tout, d'un Meursault victimisé ou jugé une seconde fois. Accusateur d'un Camus blanchi, moqueur du nobélisé naïf, collabo, franc-tireur narcissique, crypto-chrétien ou néo-nietzschéen, mais à abattre. Absolument rien n'a changé.

Camus ou Gandhi, citoyens d'une vérité contre un État de choses sans fraternité, de violence pure, déraisonnable, dont l'humanisme industriel est une insulte froide et javertienne à notre humanité hugolienne, fût-elle un moment de temps historique inacceptable, déchue, dépassée, obsolète.

Humanité ordinaire que le politique ignore impunément du haut de sa vertu policière offensée, celle que lui donne non la loi, mais une logique formelle drapée, ceinturée, coiffée, ornée, décorée comme un pitoyable personnage de comédie italienne, entre larmes et rires. Le spectacle continue !













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