dimanche 3 juillet 2016

OCÉANOGRAPHIE # 4 MICROCOSMOS, L'ÉTRANGE CLAIRIÈRE








L'Histoire n'a pas le temps, pas de temps à perdre : « les temps sont venus », une mécanique événementielle infernale écrase tout ce qui bouge, preuve qui tue que ce qui change ne peut être que logique et contrôlé, administré, comme nos vies. Mais encore embarqué dans une action purifiée, celle d'un devenir absolu, monarchie de temps décervelés par l'action politisée déferlant sur des esprits naturellement affolés : ce qui change l'étant toujours au détriment d'un intérêt ou d'un pouvoir, jamais pour du mieux pour tout le monde – ce qui reste chose curieuse quand on réfléchit relativement aux bons principes fondateurs de nos mensonges institués. L'intérêt général serait celui d'égoïsmes sanctifiés, sanctionnés, sacrés ? 

 
D'un autre côté, pile si on veut, on est face à une Histoire portant et comportant, elle, seule autorisée désormais, le mythe d'un construit sacrificiel contre un « donné » à la scandaleuse gratuité naturelle à abattre. Dans une dimension idéologique religieuse de remplacement, donc politique-péguyienne, la Machine Sociale, en réalité économique, faisant office de pourvoyeuse de sens incarné, ou plutôt consommé, sommé, avec son feu divin volé, son imagerie « popularisée » d'illimité et de fausses libertés. Délinquance pure aurait estimé un connaisseur comme Baudelaire. Voilà là bien comme la dynamique interne de cette statique statistico- étatique. Suçant toute matière et toute énergie jusqu'à la moelle, jusqu'à l'os spirituel, avec tout ce temps-puzzle perdu enroulant et reliant deux forces fissurées de l'intérieur au creux de la double vague des cycles qui nous enracinent dans une éternité désormais occultée, interdite.

Raison pure, teutonne en diable, attendant l'inédite obscénité de son déjà vu. L'Histoire, temps matériel tyrannique et arbitraire s'il en est, chevillé et chenillé, enchaîné à son impériale nécessité, celle qui se rit de la réalité, contraint, systématique, fanatique. Ses philosophies auront été nos superstitions cachées, – au contenu latent plus nocif encore que celui des plus bestiales : le psychologisme comme ultime barbarie – de temps modernes, illusoires, progressistes, jaloux et désespérés. Comme la République du Désir de Sade, divin prophète pavé d'ombre révolutionnaire, le post-humain aura vainement tenté de théoriser l'arbitraire temporel en rationalisant le divorce d'avec le monde naturel des mythes porteurs. Comme nos arbres, ses murs et ses digues auront été décidément abattus les uns après les autres, avec des explications de vertu, laissant place à une étrange clairière de vide « mongolien ».

Mais pour ceux, Amis de la Résistance, pour qui l'Histoire n'est ni un dieu mangeur d'hommes à l'image de Chronos et de ses corbeaux, ni une théorie spiritiste du chaos – en un mot une fin en soi – , ceux-là ne sont nullement concernés par cette chrono-pathologie : demeure étrangement intact un temps non industriel s'écoulant encore à hauteur d'homme ou d'animal, espace sacré d'une infinité secrète, celui du Grand Sablier, cascade surréelle de l'être exprimant la pure beauté calligraphique de ses petites hydrologies tragico-paradisiaques, alternant pour le bonheur des survivants, oasis et vallées larmoyantes sur le long cours de son artisanal vécu « même pas passé », comme affirmait fortement Faulkner depuis son Deep South.





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