vendredi 14 octobre 2016

DIALOGUE AVEC R. # 3 FLEUR DE SANG







(…) ne pouvant pas concevoir autrement cet antagonisme qui ronge les hommes depuis des siècles.

D'accord sur l'observation du phénomène, trop humain, au plus près des choses et des gens.

(…) les peuples, agrégés par ces caractères transmis (comme on trouve des caractères physiques propres aux régions, pays, souvent ancestraux et récurrents), possèdent à la fois des tournures de pensées identiques, des méthodes d'analyse, créant sans doute aussi une répugnance allant jusqu'à la haine envers d'autres peuples n'ayant pas les mêmes, ce qui pourrait envenimer les rapports.

D'accord oui, mais c'est la finalité des originalités natives et culturelles qui est oblitérée par la justesse limitée du champ de l'observation : l'universel, donc, la destination de tout cela est « au-delà du bien et du mal » locaux, régionaux, nationaux ou continentaux. Cette finalité, elle, ne peut être scientifique, objet d'étude ou d'analyse, de recherche ou de résultat recherché, sauf à aboutir à un relativisme culturel qui ne peut que nier la vérité des mondes humains au nom d'une grille rationnelle de pseudo-valeur et de leur inévitable hiérarchie.

Nous ne sommes pas dans de la valeur, les cultures sont des valeurs vécues, expérimentées, transcendées nécessairement supérieures pour ceux qu'elles orientent et nourrissent. Ce qui manque n'est pas un critère d'évaluation, mais un parachèvement supérieur permettant de reconstituer le puzzle de l'unité d'ensemble, dans laquelle une seule pièce – comme dans le monde animal, une seule espèce si on veut – manquante provoque un trou qui est déjà le commencement de la fin de l'intégrité humaine en soi, et par voie de conséquence, de son histoire matérielle ou scientifique. Ou plutôt, un peu comme un chaînon manquant au niveau de l'évolution spirituelle humaine.

Les limites matérielles intellectuelles du champ d'investigation ou d'intégration, ce sont elles qui provoquent conflit et haine : comme s'il n'y avait pas de place pour tout le monde. Pourquoi ? A cause de principes d'intégration universelle truquée d'un côté, volontairement ou pas, mais en tout cas défaillants et inadaptés, côté occidental (pour schématiser), puisqu'ils sont progressistes-historiques, et de principes éternels (niés et reniés par l'occident progressiste), conservés et strictement défendus de l'autre côté (Orient traditionnel), autre côté confondant dans la pratique principe et application dans un absolu dont la violence et la barbarie apparente ou réelle, selon le degré de bassesse et d'ignorance instituées (et donc de perte des valeurs liées au principe supérieur d'une culture). Des deux côté les pratiques sont erronées et pervertissent l'esprit supérieur qui devrait les guider.

Il n'y a pas que l'Occident qui perde ou ait perdu ses valeurs : l'Orient lui-même (d'autant plus sous l'influence confusionniste subversive de celui-ci rongeant bassement celui-là) est aussi en recherche d'équilibre spirituel, avec ses pouvoirs et abus, histoires et décadences parallèles, en un sens, à ceux de l'occident, dans le décalage historique inefficace en ce sens qu'il ne peut rien expliquer en dehors du plan technique qui leur demeure étranger.

Nul au monde, et encore moins nulle culture, n'est à l'abri du mal et du malheur. Puisque chaque culture est d'abord combat contre des forces de pesanteur liées aux limites de leur condition de d'existence même. Forces aveuglantes et aveugles, que la raison sociale ou économique ne suffisent pas à rééquilibrer : aucune technique n'est à la hauteur du niveau supérieur nécessaire de champ, ce niveau fut-il celui du cœur d'un peuple, et du plus simple de ce peuple, fut-il matériellement inculte au niveau d'une culture matérielle identifiable rationnellement, le spirituel ne s'y confond pas plus qu'en Orient fourvoyé au même niveau trop humain, trop fragile.

Le niveau supérieur est non seulement transcendant partagé et fédérateur créateur à l'intérieur d'une culture donnée – fut-elle primitive ou première – mais encore à « l'extérieur » – ce qui la fonde extraordinairement, autant que l'intérieur : christianisme, judaïsme et islam, par exemple, sont une seule culture de départ. Puisque cet extérieur est l'intérieur d'une unité supérieure. Ce qui pose problème est la concurrence pour la puissance, si on considère que la volonté de puissance fait la concurrence et la guerre qui lui répondent.

Personne ne songe à considérer qu'il y a différence, essentielle, de nature, pas d'origine ni de destination de ces sous-cultures, parce que cette nature n'est tout simplement pas reconnue ou vécue : elle n'est que prétendument identifiée par les catégories intellectuelles inadaptées de la raison matérielle locale, inaptes à saisir la grâce de révélation et d'élévation de certaines vérités au-delà de la vie matérielle, avancée ou pas. Qu'importe l'avance technologique ici ? L'esprit n'est pas démesuré comme nos raisons pratiques, mais sans mesure comme la raison réelle du monde réel, plein, complet, incommensurable.

Les relations inter-culturelles sont rendues, pour l'instant, impossibles et incompatibles par les conditions qui président à leur exercice limité supposé : elles ne peuvent être, être fertiles et fertilisées que par une remise en question réciproque, pointée déjà par Gandhi, par exemple : « supposons que nous nous trompions tous. » Ces relations supposent un élargissement tel du champ de chaque culture, qu'il ne peut qu'exploser ou plutôt faire place à d'autres frontières extérieures.

Cette intégration viendra, mais il faut le temps, du temps à la conscience morale ou supérieure. Il faut surtout que les obstacles à son éclosion pacifique soient levés ou disparaissent avec le système qui les soutient comme une forteresse culturelle dans sa lutte contre d'autres forteresses. Cette levée ne peut correspondre qu'à un point de départ passant par la connaissance approfondie de la culture de l'autre ou de l'autre culture – ce à quoi la mondialisation, qui faillira dans son objectif d'anéantissement et d'arasement productif des traditions culturelles, finalement aboutira inévitablement.

De plus, la référence ici au Mahatma suppose d'abord de considérer sa méthode : la non-violence et la direction nécessaire de la vérité sur toute autre considération. Ainsi peut-on affirmer sans arrogance mal placée, que tant qu'une convergence méthodique dans ce sens précis ne sera pas rendue nécessaire, aucun rehaussement d'élargissement ne sera évidemment possible. Peut-être ne pouvons-nous pas agir plus loin pour l'instant que de préparer les conditions de rencontres et de convergences, et peut-être, pour éviter les pièges de l'impérialisme pratique, est-ce aussi bien ainsi.

Et peut-on encore enchaîner : ce rehaussement est évidemment interdit par tous les intérêts hérités ou innovants qui résistent à cette convergence. Il l'est, depuis le début, par des intérêts qui refusent et ignorent, au sens le plus cruel et violent, toute forme véritable de spiritualité, en promouvant la pensée unique d'une existence d'animalité inférieure, tenue en laisse et en troupeau, pour le marché « aux bestiaux » d'une mondialisation locale de la traite humaine habillée à la mode des meilleurs principes de nos meilleures spiritualités, cultures et technologies (principe de naïveté, si on veut).

Et ceci, toute guerre est commerciale, durera tant que sera niée dans la pratique toute forme culturelle au nom de valeurs soit-disant supérieures recouvrant cette bassesse spirituelle de nier une culture ou une forme humaine de vie. L'habillage est formel, la cruauté absolue, dictée par une philosophie de la puissance pure et dure, à l'ancienne, basée sur une nature de force pure transformée dans et par la pratique.

Quand aux peuples et gens, dans ce cirque romain "éternisé", ils ne sont qu'orphelins de gladiateurs qui s'entre-déchirent : ils n'incarnent plus que la destruction du lien supérieur, répétée à l'infini, comme premier viol. Tant que cette philosophie dominera, le combat ne sera fait que de massacres et sacrifices, sachant, comme le pressentait Rimbaud, que le combat spirituel est aussi violent que le physique. Violent, dès que la méthode véritable est rejetée, bloquée ou simplement niée en soi, par principe. Il n'y a pas de gradation dans l'absolu : on y fait des sauts dans l'inconnu, qui n'ont de logique que le courage qu'ils demandent, à partir du moment où ils ne sont ni renoncement ni lâcheté.

Ne pas parler avec ses ennemis est un crime, non contre eux ou ce qu'on nomme avec des pincettes "diplomatie", c'en est un contre la parole au dessus du combat comme future paix de rattrapage. Toute paix a son enfance spontanée en un sens, dans les limites restreintes de sa naissance à la fois irrationnelle et raisonnée. Or un vrai combattant de la vérité ne peut avoir qu'une parole, ce qui ré-ouvre l'ancienne méthode de chevalerie – non dans le passé, le futur ou la théorie, mais dans l'instant du combat même à l'intérieur de soi.

La parole au dessus du combat est aussi et d'abord préservation du plus précieux et du meilleur – racine cachée du combat – même du plus absurde au plan matériel nu, mais comme toute fleur de sang humain, évidemment irréductible à une logique théorique ou pratique.

Elle seule transcende la réalité sans la nier, à la condition immémoriale du respect vécu, éprouvé quand le mot parle intérieurement hors de nous comme un sang coulant dans nos veines et hors de nos veines, de notre aliénante histoire collective, à l'instant décisif et final, celui, japonais, du champ de fleurs de cerisier tombant comme une pluie de roses rouges devant les yeux désillés de l'arrêt sur image.








 

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