samedi 1 octobre 2016

LA VÉRITÉ # 35 BLAKE, KAFKA, DICK AND CO











William Blake prétendait, à tort, que, pour que la vérité existe, il faut commencer par y croire. Fausse vérité résumant bien la tragédie sanglante du scandale d'une erreur tellement élémentaire qu'il faut absolument cesser d'y croire bêtement, en toute logique. Logique et intelligence n'ayant jamais été synonymes, entretenant à peu près le même rapport raté que la mécanique et le cœur.

Le cœur a sa mécanique que la logique ignore, superbement grippée dès qu'il s'agit de retenir le sablier de la vie, que la religion réduit en poussière objective, quand elle croit moudre un grain fertilisé au milieu d'un désert hors sol. Misérable désert, trop humain, sans la spiritualité qui meut la physique des corps, célestes ou pas. Désert de la croyance, et parfois de la foi, infinité d'âmes conformes, broyées au moulin à prière, dont nous avons fini par faire de sa farine un pain quotidien un peu trop industriel avancé. Il faut cesser d'être complices de sectes spécialisées dans le roulage de la vérité dans le goudron bestial du Diable et les plumes synthétiques des Anges.

Nous n'avons pas besoin de croire ce ou ceux que nous aimons. Comme si l'amour ne suffisait pas, et ne servait à rien – puisqu'il est censé servir aussi, non au sens chevaleresque de la science ancienne, mais à celui de l'utilitariste moderne. Un vrai chrétien D'Évangile n'a pas besoin de croire en Christ, ni la volonté naturelle de le faire : il le suit sans l'imiter. L'imitation du Christ est le plus vil plagiat de tous les temps occidentaux confondus : l'amour chrétien n'est ni industrie ni commerce ni spectacle, ceux qui prétendent le fabriquer ou l'échanger sont ses persécuteurs et exterminateurs. Sa prostitution est le premier mal. Non pour des raisons morales théoriques, formelles, logiques ou idéologiques.

La croyance en Christ est comme une négation cachée de son amour, puisqu'elle s'oppose au doute supposé être possible et obligatoire en celui qui croit ou hors de lui. Alors que dans l'amour, il n'y de place ni pour le doute ni pour le temps ni pour l'espace ni pour rien qui lui soit étranger, comme le douteux en soi. Le doute appartient à l'histoire, pas à l'éternité. Celui qui aime voit et comprend, ou non. Sinon, il ne doute de rien : il n'y a rien – pas même l'ombre d'un doute entre ce qui est et n'est pas, entre son absence pleine et le vide d'une présence sournoise. Ce qui est pas n'a pas d'ombre : l'ombre ne souligne que ce qui existe, œil fardé du désir psychologique dardant sa proie obsessionnelle sans la voir.

La vérité est que nous n'avons pu croire sans détruire ce que nous savions avec certitude, non existentielle, mais vitale. L'image détruit l'être, qui est toutes les images. On ne peut nous faire croire que nous croyons, surtout quand on y parvient quand même, on ne peut que nous faire douter en croyant, par la contrainte à ou de croire, de faire ou se faire un devoir de ce qui est, au titre de ce qui n'est pas, habillé d'une besogneuse lumière : la joie n'est pas un résultat escompté, un retour sur investissement garanti, c'est un orgasme juvénile jamais spirituellement clos dans le temps. Un doute, surtout qui s'impose, n'aime ni ne comprend ni ne voit plus quoi que ce soit.

On nous fait croire que nous croyons, quand on ne fait que nous faire douter. Remplacer, par un doute, contrôlé comme un risque garanti, une vérité d'évidence incontrôlable, puis croire que nous ne croyons pas, ou pas assez, ou mal, et finalement douter de ce que nous croyions bien croire, ce qui revient à détruire toute forme de vérité ou de réalité avérée, par phases dialectiques successives, superposées à nos sentiments et sensations primaires et secondaires, comme par des sortes de couches de peinture expressives, descriptives ou symboliques, soigneusement appliquées sur notre intelligence immédiate. Finalement, tout est remplacé par l'officialité d'un mensonge dont la vérité est prouvée par la seule et unique, comme la pensée, levée contrôlée de doutes inventés de toute pièce ad hoc. Ce doute méthodique, qui nous est devenu, et que nous payons, si cher. K. Dick avait, un peu comme Kafka sur un autre registre, quoi que le rejoignant au fantastique, les meilleures raisons du monde d'y perdre tout son latin d'Église.










Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire