lundi 24 octobre 2016

LA VÉRITÉ # 37 LE CERVEAU PSEUDOPODE





"(...) mais le véritable enjeu, personne ne le définissait et il ne pouvait être défini, car il n'existait pas. Aussi ne pouvait-on pas le mesurer. On en imaginait seulement l'importance par les morts accomplies et les massacres attendus. (...) Ce paradoxe est si violent qu'il échappe à l'analyse.

(...) tous poursuivaient un néant. 

(...) Tout plutôt que le fascisme, y compris le fascisme sous le nom de communisme. Tout plutôt que le communisme; tout y compris le communisme sous le nom de fascisme."









On nous a habitués, dès le jeune âge, à croire et penser que ce qu'il y a de pire dans une idéologie pseudo-religieuse, telle que pointée par Aldous Huxley, étaient l'intolérance et l'obscurantisme, qui ne sont, certes pas, des chemins pavés de liberté. Évidemment et malheureusement, la vérité du pire et le pire de cette vérité sont toujours à venir. Reste à discerner des choses, dans une conscience plus aiguë de ce que ces idéologies « modernes » constituent d'abord : une émasculation pure et simple de l'intelligence, une excision de toute spiritualité.

Cependant, pour la vie, on n'efface pas ses formes, on les martyrise seulement un temps, ce qui les rend supérieurement belles et crédibles de toute éternité.

Pour les condamnés aux limites étroites et indépassables de cette ornière sacrificielle purulente, inédite dans sa dégradation des qualités de vraies cultures, deux conséquences humainement tragiques : interdiction définitive de toute expérience proprement religieuse et impossibilité d'avoir une conscience claire et nette du viol intérieur subi, et comme machinalement, spontanément reproduit, répercuté, propagandé, embrassé, célébré, institué, divinisé.

La définition d'une pseudo-religion – comme fascisme multiforme – est d'être une sorte de para-religieux d'apparence et de synthèse, sous l'uniforme informe d'un collectif drapé d'une transcendance d'imposture.

Sans rapport aucun avec le religieux en lui-même autre qu'une religiosité de synthèse, et encore moins avec du spirituel, tout en se nourrissant des besoins nés de leur négation et pseudo-destruction historique et officielle, en parasitant leurs principes, les pseudo-principes des pseudo-religions, établis dans l'imposture et la dictature de sécularisations exotériques corrompues et massifiées, puisqu'ils prennent la forme d'un absolu incarné dans leur vente et leur distribution gratuite à un humanitarisme ou un millénarisme politique de prostitution temporelle dissociée, autonomiste et révoltée, historique en un mot, sont des sortes de processus psychologiques viraux, autant de pestes émotionnelles noires ou rouges, vertes ou blanches, sans parler du gris...

La trahison du temple, le temple de la trahison, la fascinante contemplation du pouvoir, à la messe de l'Histoire, cet opéra romain des dupes et non-dupes, dont la cruauté masquée explique et moque la sereine horreur du visage éternel des sacrifiés, des serfs, dont la sanctification postérieurevoyez les traits vénaux fardés et enfarinés d'une Histoire statufiée truffée de chausse-trapes, de trappes comme chez le Père Ubu – fera de leur souffrance dépouillée et désossée une idole civique et morale, la vertu d'un crime de masse autorisé – de guerre de préférence, civile ou pas, déesse canon à l'obusienne poitrine offerte, coiffée ou décoiffée sous l'étendard romain mêlé de pouvoir, de mort et de sang.

Ce qui fait d'autant plus remarquer et ressortir le degré « d'imperfection », pour utiliser un terme faible, caractérisant les circonstances criminelles minimisées de son terreau, dans l'établissement ou l'institution d'une autorité spirituelle dévoyée et salie, démesurément dégradée par « le politique » dont parlait Péguy, et qui n'a rien, absolument, à faire avec sa vérité première – la christique, par exemple – ou aussi la gréco-celtique, méthodiquement réduite en compost temporel de basse-cuisine romaine, ses couches superposées de charniers une fois oubliés, deux fois mise en croix dans pédagogie d'une commercialisation mécanique d'un laïcisme plus haineux et vénal que « neutre ».

Il faut, pour plutôt utiliser un terme fort, parler d'imposture nihiliste et de barbarie spirituelle légale – après l'impériale – dont nous paierons, pour d'infinies décennies, le prix exorbitant et néronesque dans l'esprit détruit des masses d'enfants violés que nous ne voudrons plus reconnaître ni aimer. La mécanisation des esprits est aussi le fruit d'une idolâtrie dirigée, conditionnée, consumériste.

Pour ce qui est du niveau de spiritualité détruit – d'abord par les guerres, d'abord civiles – il est toujours lié étroitement à la négation de la personne humaine dans son intégrité sensible de départ, incarnée – dès la paix provisoire et sursitaire du parc, dont il suffit de songer au système d'élevage industriel d'animaux de consommation pour comprendre le principe de fonctionnement, et sa finalité réelle, concernant sa protection de l'enfance ou de la famillecomme la mafia « protège » le commerçant du coin à pressurer et intégrer au business plan du clan. Marchands de vaches, marchands d'humains !

Les saints, les héros ordinaires ou extraordinaires n'ont-ils jamais été autre chose que de grands enfants ? Vaches à lait ou taureaux reproducteurs d'un spirituel de remplacement, de fête ou de foire agricole où les grands esprits sélectionnés, parqués au stand des bestiaux extraordinaires, se rencontreraient – bêtes à concours, curieuses, de somme, de combat, de beauté, poules aux œufs d'or, singes savants, animaux fantastiques et autres monstres, à exhiber au musée des horreurs et des merveilles.

L'eugénisme spirituel « produit » peste de masse et choléra d'élite parce que le spirituel n'est ni une science ni une technique et encore moins un commerce ou un art privilégiés des Dieux, comme certains le sont du pouvoir. On n'élève pas un humain, il s'élève tout seul sur le chemin qui monte, et remonte des décadences, et chute des élévations et des miracles. Ce chemin n'est pas une cour d'école ou un champ d'honneur, une zone industrielle ou un théâtre, un parti ou un club, une chapelle, un concours hippique ou canin ou encore un chemin du combattant, ni même de croix.

« – Qui l'élève, cet humain, sinon notre argent ? », dites-vous, « le chemin tracé ou ses muscles, sa volonté de réussir ou sa vertu, son courage romain ? »

Comment l'humain tient-il sur ses pieds à votre avis, mes beaux bourgeois ? Comment tient une culture ? Un peuple ? Une civilisation ? Une enfance heureuse et mature ? L'être n'est pas un décomposé animé d'images de cinéma, il est ce que cette technique essaie vainement, dans un sens, depuis le début, de capturer et de mettre en boîte : une grâce de force et de fragilité, comme tout ce qui était biologique et spirituel coté mythologie, pas côté psychologie industrielle de masse.

L'être est premier et nous le plaçons en dernier, sauf quand nous prétendons parler de « savoir être », comme s'il était un savoir d'abord, cet être, comme si on pouvait savoir faire cet être, comme dans un spectacle montrant et démontrant les jeux de cirque de l'esprit, avec ses grands fauves et ses caniches savants. Alors on expérimente, on pseudo-fait, on pseudo-pode, on pseudo-relie et on pseudo-vit et pseudo-pense, on trafique, on bricole, bidouille... Cornegidouille ! Père Ubu à la manœuvre ! La marche du Progrès ! Fin de l'Histoire ! Un nouveau monde ! Connecté-déconnecté !

On met en scène, on singe, on simule, on imite, on reproduit, on représente, on illustre, on image et imagine, on invente ! Oh les beaux créateurs de récréation, d'évasion, de divertissement, d'amusements, de diversions, comédies, parodies, caricatures, déguisements, mascarades, carnavals, romans, scenarii, opéras, marionnettes, gesticulations, danses millimétrées à la chinoise ou débraillées à l'américaine ou primaires à l'africaine, défilés militaires ou de mode, fêtes, journées nationales et internationales, « prides », rencontres, festivals, émissions, concours, manifestations, hommages et commémorations, prix, musées, magasins, foires, soldes, régates et renégats, reconstitutions, spectacles de rue, feux d'artifices, illuminations, bals masqués, uniformes, drapeaux, décorations, invitations, soirées, nuits, semaines, années, siècles, millénaires pour rien, ce rien qui n'est pas, mais remplace tout, l'apparat romain de la liberté et de la puissance. L'Appareil sans pareil ! Oh ! Science ! Oh merveille ! Mais science de quoi ?

La vieille usine à rêves, avec ses vieux ouvriers avant l'âge, ses cadres et dirigeants, décideurs, leaders, capitaines et aventuriers, chevaliers d'industrie, légions d'honneur du commerce et de la banque, vaccinés de la vie, fascinés de mort, surmenés, drogués, fanatisés. Tout ce beau monde à l’œuvre de mort, la mort dans l'âme, armée d'esclaves à tout faire et refaire, inlassablement, sans fin, innombrables manœuvres de l'Absurde, de génération en génération, faisant tourner la roue du Système sur son axe sanglant et graisseux, puant l'angoisse et la cage, comme puent certains asiles ou hôpitaux, les abattoirs, le bétail confiné, l'horreur industrielle d'élevage aux normes, aux hormones. Père Ubu !

On connaît la suite, et pas seulement depuis l'obscure chute biblique, mais depuis les éclatants et aveuglants effondrements, des empires romains ou nazi, cachés, oubliés, minorés, encadrés et expliqués comme autant de regrettables erreurs, inévitables « dysfonctionnements » de la machine – et nécessaires, dans un sens – accidents de l'Histoire.

Qui marche sur la tête ? Qui est « accident », anomalie temporaire, ces empires croulant de puissance vaine, surajoutée, à l'inutile utilitarisme, ou l'éternité vierge qui les ratisse, lissant leur silence hurlant, sans amertume aucune, paisible vague, infinie, chaque marée non encore polluée – comme l'enfant défait le château mouillé sur une plage aux débarquements oubliés ?

La barque de l'histoire déborde de fantômes maudits et misérables, sa dérive a pris les accents rimbaldiens du marché fou furieux pour déguiser l'ivresse de destruction qui s'empare des marins, des conquérants perdus. Elle prend l'eau au pied de gigantesques super-tankers, porte-conteneurs, porte-avions ou navires de croisière, mais personne ne prendra plus jamais le large, enchaîné à ces barges de barjots nageant dans le sang. Son appel n'est plus que slogan mécanique, réflexe de conditionné à tondre et saigner comme dans une matanza.

Toute l'électronique embarquée n'y changera rien, les aboyeurs anti-déclinistes de service non plus : tout est pseudo, même les chiens, de garde, d'attaque ou de compagnie. Il faut sortir de cet univers de cerveaux détraqués, maintenant et par le haut, sortir du logiciel, de cette pseudo-réalité de carton-pâte, de cette psychologie de supermarché, sortir du film, quitter l'écran, retrouver le cran, pas celui du revolver – celui d'esprits libres face au Pseudo-Cerveau de papier à mémoire numérique. Face à la quantité, la masse, la dose et au choc de la contre-façon humaine qu'on nous oppose et inflige méthodiquement, par tous les moyens.  

A regarder en face, sans haine ni pensée, dans le détachement le plus différent, le plus concerné, le plus conscient, le plus présent, le plus léger et sensible, le plus subtil, le plus indéfinissable, le plus étranger, le plus soutenu, le plus parfait.

Pourtant il se peut que nous n'ayons que du profil à approfondir, qu'un trait ou deux d'une forme mouvante, non de vie, mais fuyante et spectrale comme le mal simulant dissimulé, ancrée au fond de notre accueillante et matricielle nature. il est si rare que le système nous regarde en face longtemps. Il faut le profiler en toute sérénité, sans objectif autre que celui des choses nécessaires. Dans un geste plus rapide que la pensée ou la matière mécanisée.

L'art lent, lourd et pesant de la caricature ou de l'auto-caricature n'est ni le plus beau ni le plus exaltant. Pourquoi le choisir ou le poursuivre comme un idéal féminin de guerrier fourvoyé ? Pourquoi réintégrer l'illusion mécanique aux semelles de plomb dans l'aile ? Pourquoi la guerre, la conquête ? L'action c'est d'être jusqu'au bout, dans la paix d'un soi sans reflet psycho-intellectuel ou collectif. L'être n'est pas une chasse, ni curée, ni curé.

La nature fait son ménage toute seule, dans une parfaite sagesse. Pour le reste, elle donne à notre attention la plus activement intentionnée, non un attentisme criminel de collaboration, mais l'Estampe directe et héroïque du monde dans sa nature et réalité éternelle face à l'histoire manipulée de son devenir spectaculaire. Ces deux ou trois traits du zen, dont l'essentiel, dans cet art majeur qu'est la calligraphie, avec sa chanson du geste propre et sa symbolique universelle, combleront pleinement, au delà de tout écran quantitatif, nos besoins fondamentaux et secondaires les plus vrais.


"C'est à partir de l'indéterminé qu'a lieu la naissance pour les choses; et la destruction est un retour à l'indéterminé, qui s'accomplit en vertu de la nécessité. Car les choses subissent un châtiment et une expiation les unes de la part des autres, à cause de leur injustice, selon l'ordre du temps."
                                                                                                    
                                                                                              Anaximandre 









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