vendredi 25 novembre 2016

LA VÉRITÉ # 39 LE VIEUX PARADOXE






Dieu nous préserve de vouloir mettre tout le monde dans le même panier, mais il semble y avoir, dans ce pays imaginaire, dans ce sens très particulier d'inconnu et familier à la fois – comme dans le poème de Verlaine, certains fruits défendus et pourris, sorte d'alliance objective entre un certain catholicisme de pouvoir et un contre-pouvoir matérialiste athée – puisque « la sociale » semble bien avoir été sœur jumelle de l'industrielle, bénie de dieux nonothéisés à dessein.

Alliance secrète contre les valeurs profondes, mystiques, d'un christianisme d'Évangile, jusqu'à aujourd'hui – contre d'autres demain, révélatrices, pour parler clair. Sorte d'unité héraclitéenne occulte d'intérêts liés au sommet – au cœur secret de chaque chapelle – permettant le mouvement perpétuel d'un système autour de son axe d'imposture légalisée. Toutes les ivresses du rationalisme instrumental se confondant dans les limites camouflées du cadre de fer entre des mains de velours sanglant.

Comme dans n'importe quel lieu et domaine, le mal réside surtout dans ce que l'on fait des principes – plus que dans leur vérité même, pour finir : une vérité trahie n'est-elle pas infiniment plus cruelle qu'un pur mensonge dont la netteté de la violence n'affecte aucune confiance ni foi ?

Dans un monde ou l'on tait la vérité – et donc où elle n'est ni révélée ni même voilée, elle cesse d'exister, et même de sortir de la bouche des enfants. Nul ne peut plus y croire encore, du fait de son absence objective et évidente, si on peut dire, même si son absence demeure d'autant plus négativement active, et que cette négativité devient plus objective que tout le reste : le cœur du monde s'arrête de battre, le sang vient à manquer, et les montagnes de machines à calculer ne remplacent ni n'y changent plus rien. Comme le Nord, elle manque et les réponses à ce manque ne produisent plus que des manquements.

On ne peut déjà plus guère que croire de force à la non-existence de la vérité, suivre cette non-existence comme des credo et dogmes nouveaux, pratiques et libertaires, confortables. « Tout est permis », et même le contraire de tout dans tous les sens « utopiques » possibles et, pour réaliser l'absence de limites, salement reconnues et respectées, aux désirs jouissifs, rentables et profitables, progressistes-pseudo-éthiques. Absence proclamée comme une guerre sainte. Celui qui ne croit pas à cette non-existence est un social-hérétique moderne doublé d'un anti-démocrate, marginal-fasciste, dangereux sectaire rétrograde, « ennemi de l'intérieur » de cyniques intérêts croisés de force dans la tête des gens de bien. Mais on ne croit ni ne vit de force, on en crève.

Mais cette vérité-qui-n'existe-pas demeure comme ce Dieu dont il faut prouver l'existence pour y croire : il restera toujours à y croire et finalement, encore plus, y croire se révèle objectivement plus difficile et impossible que de croire en une vérité fantôme qui ne peut pas ou plus exister. La vérité demeure, au-delà de sa négation, de sa non-existence : son absence est active, elle est plus qu'un manque, elle est un manquement, un manquement à la vie et à la liberté, par delà la réalité qui l'habille matériellement.

La diversité théorique fait une généralité de ses particularités, contre l'ancienne unité partagée de la réalité d'une vérité universellement particulière, dans sa liaison ou ses liaisons, dangereuses ou pas. Les différents points de vue désarticulés dont chacun est plus incomplet que faux que l'autre, que l'objectivité totalitaire restructure en forme arbitraire cohérente autonome et fonctionnelle de remplacement de la vérité nature et surtout de sa nature – deviennent à proprement parler la construction sociale d'une non-vérité objective, vide et utile à remplir et consommer. Puisque ce genre de construction n'est que de forme et de caricature, de simulacre pur, comme le mal.

La vérité est toujours propre, unique et universelle. Universelle, c'est à dire « transposable », pour reprendre le mot de Simone Weil.
« On nous a toujours appris que ce qui est à nous n'est pas bon, à exister à travers l'autre. » Le propre ne peut être moral parce qu'il n'est pas partagé par le maître. L'Autre ici n'est pas le prochain, c'est celui au service de l'intimité de qui nous sommes, privés d'être, aliénés et attachés au sens strict. Celui le plus volontairement éloigné. C'est un vieux paradoxe romain.








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