mardi 6 décembre 2016

LA VÉRITÉ # 40 C'EST UN SYSTÈME



"On répète souvent que la situation est objectivement révolutionnaire, et que le "facteur subjectif" fait seul défaut; comme si la carence totale de la force même qui pourrait seule transformer le régime n'était pas un caractère objectif de la situation actuelle, et dont il faut chercher les racines dans la structure de notre société !
                                                                                      Simone Weil, 1934





C'est un système dit social – apparemment, seulement apparemment – juste, basé sur une économie dite réelle, en réalité juste imaginé par l'obscur pouvoir fonctionnel de la richesse retenue, accaparée, imméritée, arbitrairement et même illégalement détenue – pour la richesse conservée en soi, jusqu'à plus soif, jusqu'au pourrissement stérile, c'est à dire pour l'argent pur, inutile et gaspilleur dans un sens, manquant dans l'autre, évidemment.

Argent pur basé sur sa pauvre loi débile, exclusive et inclusive, implicite et explicite – présentée comme la panacée universelle, le remède miracle à la guerre et à l'injustice humaine et même divine. Le Talisman moderne. Tout ceci n'a rien à voir avec l'économie au sens strict. Les docteurs de l'argent comparent souvent celui-ci à l'eau, avec ses savants circuits, ses cycles mystérieux, ses merveilleuses et bienfaisantes irrigations, ses cercles vertueux, fertiles et prospères, ses promesses illimitées, ses vertus curatives et apaisantes, sa féminité féconde, efficace, sacrée (…) Ces prêtres-là ont pris le pouvoir là où il était tombé : tout au fond de l'abîme, celui de la puissance esclave née de la servitude machinique de guerre ou pas.

Mais qui peut retenir une poignée d'eau ? Une inondation spontanée du changement climatique ou la plus humble et invisible remontée d'humidité ? L'eau ne vit que libre, dans son sens propre, non domestiqué, non dirigé, non programmé – à l'inverse, justement des circuits financiers. Elle perd ses vertus au fond des réservoirs, confinements, des stockages, des accumulations. Détournée de ses cycles, de ses cours naturels, elle perd son sens, le climat devient fou, entraînant les pires catastrophes, celles que nient les sceptiques de service ou en service commandé.

Et l'économie en vérité, est comme l'eau, non celle canalisée par les apprentis-sorciers d'un monde meilleur que ce qui est depuis le début et sera jusqu'à la fin, mais celle libre et magnifique d'une nature respectée et améliorée en elle-même à partir d'elle-même et pour elle-même, dans un sens. Ce sens qui nous fait profiter naturellement de ce qu'elle offre sans rien demander en retour, au contraire de n'importe quel profiteur motivé par le gain, mandaté pour sauver l'humanité ou la planète. La nature a t-elle jamais eu besoin d'aide avant la grande catastrophe humaine de la modernité industrielle et commerciale ?

Une économie qui n'est pas au service de tous n'est pas une économie si c'est un système collectif d'avidité pure, sacralisée. Liquidateur, aveugle, insatiable, auto-centré. Ce n'est qu'un système de remplacement, organe artificiel greffé sur la maladie elle-même. Il ne produit aucune valeur saine comme on dit à la Bourse, aucun équilibre stable, durable, aucun ordre, aucun développement réel ou long, ne s'accorde avec aucune transcendance, aucune vérité universelle, il ne fait que les combattre pour les soumettre à sa dictature séparée, pestiférée.

Dictature abstraite de consommation du monde. Consommation à vide, stérile et puérile, dans une mécanique de désir illimité, de souris au cerveau auto-satisfait à chaque stimuli de plaisir psychologique programmé par le savant fou. Docteur Folamour. Empereur du vide et du mal : il donne son sens au pire, et toutes les explications en prime, gratuitement, à qui les cherche vraiment. Qui a dit que quoi que ce soit était illimité ? Que quoi de ce soit était limité ? La vérité est entre les deux, comme toujours.

C'est une avidité de servo-obsédés désaxés en col blanc, liquidatrice du monde et de soi, liberticide, qui se jette aveuglément -- toujours plus! toujours plus! -- plus loin dans le grand feu fou de son propre anéantissement jouissif et cruel, puissant d'un pouvoir indéfiniment provisoire. Fuite en avant décervelée vers une « puissance » illusoire et stupéfiante de domination, de masse et de vitesse – poids mort, résidu rechutant toujours plus autour de l'orbite vicieuse d'un point de néant et de négation astronomiqueilluminisme de l'arrivisme.

Opportunisme absolu des voies sans retour autour du mal où le pragmatisme de la misère ne fait que profiter des situations, et de ce qui apparaît comme leur « rente » aux plus barbares imbéciles, jusqu'à l'impossible,l'absurde, avec ses techniciens calculateurs, ses tableaux de bords, ses vecteurs, ses courbes, ses axes, ses schémas, ses cycles théoriques, ses prévisions, ses sondages et pourcentages, ses chocs et contre-coups...

C'est une machine folle, exterminatrice, sans pilote, automatisée au coup par coup, bricolée comme une véhicule téléguidé défectueux, comme un engin de survie de Bidonville Planétaire, de fortune et de hasard expérimental, dans un monde d'agents-doubles, déglingué, rafistolé, rapiécé de bric et de broc, dont la bonne marche comme la faillite permet indifféremment toutes les spéculations, tous les abus, tous les profits, tous les arguments, tous les avantages, les inconvénients, et de fabriquer chaque bonheur individuel à partir de tous les malheurs. Un principe d'auto-dévoration, d'auto-consommation, d'auto-consumation. Comme dans les bons films de science-fiction US.


« Horreur économique », mécanisme sorti de sa place, qui n'a rien à voir avec l'économie, évidemment. L'économie pouvait être au service du bien, du pauvre, du faible, de la réalité et de la vérité autant qu'à celui du riche et du fort. Un recours, pas une condamnation. Elle était un espoir dans la réalité, pas un leurre ou une idéologie : elle ne vivait pas encore à crédit, elle était ce crédit, son honneur, non cette ignominie anonyme qui endette et tue, massacre et soumet, désespère et pousse au crime. L'économie était le peuple et ses élites non séparées, non divergentes. Le travail réuni, l'épargne, le sacrifice joyeusement consenti dans le fond, non – « exigé » – , comme l’Éternel Débiteur exige en soi , à la maison, au travail ou en cauchemar.

Il y a une économie de l'esclavage comme il y a une économie de la liberté : chacun peut l'expérimenter et le vérifier à son petit niveau personnel dans la grande dimension morale de la Vie donnée par son sens immédiat et supérieur par la beauté et la grâce pure de son être naturel et transcendant, mais nous avons choisi la fourmilière sacrificielle, la divinisation du quantitatif relativiseur.

Relativiseur d'humanité, du bien personnel et commun et, malgré la machine à rêve, à vivre et à exister qui recouvre et étouffe le monde et la vie de sa carcasse matérielle inutile et préhistorique, nous ne ferons pas l'économie de chaque choc en retour de réel absurde, de vrai faussé, de mal nécessaire, de néant profitable, de régression évolutive, de maladie fertile, de misère créatrice, de perte retrouvée, de chute assumée, de naufrage volontaire et de perdition salutaire. Nous allons connaître toutes les vérités de la vérité et de notre vérité, en long et en large, pour une éternité de temps perdu sans beaucoup d'espoir.

La vérité est que l'économie n'est pas faite pour gagner de l'argent, mais pour ne pas en perdre. Non pas pour ne pas en perdre au profit de ceux qui y gagnent, plus que les autres, et spéculent : si personne ne perd, personne ne gagne : tout le monde y gagne parce que personne n'y gagne directement. On ne fait pas payer cette économie-là, elle est gratuite – pour ceux qui ont le plus comme pour ceux qui ont le moins. Ne pas perdre d'argent c'est ne pas gaspiller d'un côté et ne pas investir à perte de l'autre : il y a solidarité totale de tous les côtés, sans parler du lien entre pollution et gaspillage. Rien de plus gratuit que le payant et inversement. L'économie est solidaire ou n'est pas.

Il n'y a rien qui ne puisse être recyclé, qui puisse échapper à la vraie loi d'une économie raisonnée, raisonnable, naturelle, à échelle humaine, à n'importe quel bout de la chaîne de n'importe quoi. Ce qui ne peut être recyclé doit disparaître, comme ce qui ne peut être réparé, transformé. Aucun objet, aucune machine ne doit avoir de durée de vie autre que celle liée aux structures matérielles et organiques de la vie propre de ce qui les compose. 

Il faut donc, comme chez les paysans d'autrefois, un esprit créatif d'équivalence et de transposition au sujet de ce qui entoure nos vies personnelles et collectives. Imaginer un milieu matériel naturel – et non pas un environnement industrialisé – organique, libre, accessible, réparable, qui ne tombe jamais en panne définitive, traversant le temps et l'espace, toutes leurs usures naturelles par une qualité absolue au meilleur marché, au moindre travail, à partir d’éléments purement recyclables et renouvelables, régénérés.

Pour cela il faut d'abord un état d'esprit soit libre et démocratique, que tout soit à la portée de tout le monde, dans la mesure des simples compétences et besoins. Aucune norme ne devrait être plus qu'élémentaire et de bon sens responsable personnel et collectif. Chaque groupe humain de base restant libre de les gérer au mieux pour son propre compte en les rendant librement compatibles ou pas, en fonction de leurs échanges et volonté, avec les autres, définissant donc un caractère transcendant renouvelé aux objets – un caractère anti-standard, artisanal, à la fois reproductible et unique, permettant d’ouvrir la créativité au-delà des barrières matérielles naturelles, tout en gardant la mesure, le respect et le sens premier de ces barrières et limites immanentes de sens réel.

Il faut rendre vie à une matière artificialisée, neutralisée, pervertie et asservie à un usage étranger et contraire à son sens naturel. Lui rendre ce sens taoïste, son autonomie dans le Grand Tout, sa place, sa mesure, son harmonie, réintégrée et libérée dans ses fonctions naturelles de cycles et de vie. Retrouver philosophies et économies des anciens peuples premiers, prospères, mais sans gaspillage. Et la première économie est pour nous, l'humain : la reproduction et l'utilisation de l'humain doivent être équilibrées par un sens supérieur à la simple gestion matérielle des ressources, raisonnable et transcendant à la fois, respectueux et fidèle, continu et élémentaire jusque dans la liberté de ses complexités viables et nécessaires à l'équilibre général, à l'économie générale.

Les sociétés humaines, pas plus que les autres, ne peuvent pas ressembler à des élevages industriels. Rien de ce qui est humain ne peut être rationalisé au-delà de, ni contre ses propres valeurs – qui ne seront jamais celles de la quantité pure, de la masse et de la démesure, comme les Grecs anciens l'avaient si bien compris. Qu'attendons-nous pour y réfléchir ? Faut-il aussi financer, chiffrer nos réflexions pour qu'elles soient crédibles à nos propres yeux malades ? Serions-nous déjà au cœur du système en nous-mêmes, comme le pressentait déjà en 1934 Simone Weil ? Intellectuels, propagandistes, pédagogues aurait-ils, dès lors, parachevé leurs basses œuvres ? Qui leur répondra en « pensant », pour répondre à l'injonction de Nietzsche ?





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