mardi 13 décembre 2016

PENSÉE ET NON-PENSÉE









Pourrons-nous nous payer encore longtemps le luxe culturel absurde, cruel et inacceptable de croire impunément continuer à croire et faire croire que tous ceux ont essayé de penser – et tant s'y sont usés ! – d'une façon ou d'une autre – non pas le meilleur des mondes, c'est-à-dire le « réaliste » le moins pire – mais, idéalement et pratiquement, comme le fait le fil à plomb, un monde meilleur, positivement meilleur, plus libre et en accord avec nos besoins et nos aspirations les plus profondes, l'aient fait en vain, en pure perte, d'énergie et de temps ou de direction de travail ?

Toute peine un jour est payée de sa peine, la vie est un relais d'ombres montant vers la lumière, remontant du puits de vérité où nos ossements sont jetés par le temps – poussière d'étoile tapissant de sa neige les fruits rouges éclatés sur notre passage vagissant dans le blanc de l’œil du ciel. Pluie de pétales glissant sur la lame de l'âme.

Que leurs espoirs réunis en dépit de leur infinie et douloureuse dispersion, effacement ou négation, se voient systématiquement pervertis et dévoyés vers une misère de condition. Misère au contraire des désirs et volontés testamentaires exemplaires, accrue, pire encore que celle que l'esclavage et son mensonge socio-religieux ont, depuis les débuts antiques, fabriquée, perpétuée et systématisée avec la rationalité pathologique du désir et de la volonté de puissance dont elles-mêmes sont les esclaves les plus avilis.

Nous ne l'avons jamais pu, mais ceci est notre secret, notre sombre secret. Qui lie et enchaîne les deux lutteurs au milieu des sables, dehors et dedans. Nous ne sortirons pas du cadre et nous subirons son cercle de mort parfait comme un destin, non comme un festin de forces maîtrisées, comme une noce de forces.

Ceux qui pensent, veulent et savent sortir de l'épreuve n'ont besoin ni de preuves ni de force : une seule grâce les délivre, loin des livres, l'âme si près du corps parfois qu'il revit, en attendant, le temps d'une vie. La moindre pousse translucide comme une eau de vie entre les pierres ou les pavés obscurs le sait lumineusement. Parfaite est sa pensée non-pensée du fond de sa geôle imaginaire.





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