dimanche 4 décembre 2016

POËSIES I VRAIES RIVIÈRES I INTRO











POËSIES I























 
VRAIES RIVIÈRES I
INTRO



L'ANCIEN PAYS






« (…) le Pays Doré. C’était un ancien pâturage, dévoré par les lapins et que traversait un chemin sinueux (…) Dans la haie mal taillée qui se trouvait de l’autre côté du champ, des branches d’ormes se balançaient par masses épaisses comme des chevelures de femmes. Quelque part, tout près, bien que caché au regard, il y avait un ruisseau lent et clair. Il formait, sous les saules, des étangs dans lesquels nageaient des poisson dorés. »

GEORGE ORWELL, 1984





Prologue





Tout simplement, Vraies rivières, dédié à un double essentiel  et universel : les rivières du monde, nos vies-mêmes...
Chacun connaît ou plutôt méconnaît une rivière, tragiquement à l'agonie, suppliciée par une civilisation schizoïde décadente, suicidaire, génocidaire.

Les rivières sont vivantes. Comme tous, toutes évidemment « humainement » liées, autant que liées entre elles. Vraies rivières, sorte de « prière » naturelle pour le retour un jour, tellement incertain d'une « vraie vie » – dignité « perdue »... Non «  retour » à une nature  oubliée, seulement une attente intraitable, précise et exigeante, patiente et douloureuse – jamais oublieuse.

Vraies rivières, peut-être, avant tout, un adieu aux armes, adieu à la paix serpentante, nerveuse ou opulente.

Avoir traversé forêts et clairières, découvert des « passages »... permettre d'aborder d'autres rivages, à l'apparence fidèle, plus naturels, lumineux, apaisés.

Il ne faut pas s'y fier : le monde humain, tissu de ruses et de contre-ruses, peut-être plus encore que de mensonges : elles donnent leur sens relatif des hauts-fonds.

La plus subtile de ces ruses demeure plus innocente, qui ne cherche rien tant que de laisser librement sa nature essentielle s'écouler entre les mailles du rétiaire rationaliste, et se reformer, plus loin, les indomptables eaux du monde d'avant le malheur du « progrès ». D'avant le Déluge et le Niagara.

Enfin, par delà la nécessité de rendre infiniment infructueuse toute chasse à l'homme, finira bien donc par se découvrir non pas le havre fantasmatique et égocentré de quelque fuyard affairiste de plus, mais un monde donné, non souillé par l'Enjeu ni le Cirque, – à qui garde les yeux non crevés l'épée du lumière à la main.

Monde oublié, sous le Réel hégélien de l'histoire officielle, en ce qui concerne notre Occident et la partie contaminée d'un Orient qui nous est beaucoup plus qu'un continent étrange ou on ne sait quelle organisation mystérieuse malfaisante…
Monde-temps depuis toujours futur simple, ni composé ni décomposé, vif argent, de poésie oubliée, vivace comme nos espoirs secrets, enracinés trop loin dans la souffrance, sourires figés d'anges perdus au fil des générations et des dégénérescences programmées par la Main Invisible.


***












Lunaire - Monde des eaux, ventre ancien d'où nageurs nus nous tombâmes tous un jour d’août ou de novembre - rivières mourantes, nos veines tranchées d'où giclent les larmes de sang d'une terre trois fois violée – Myosotis. Pluie de myosotis. Kerouac ou Cohen à leur plus triste. Suspendue. Croissant d'Orient déchiré. Nuages d'encre sur ta frange d'or. Alpes, Occitanie, Maroc. Memoriam. I do not forget you. « Même le plus noir nuage... »
















Elles avaient toutes
la même odeur
d’origine

Vertes Rivières
rousses terriennes chairs
riant en tous sens

Sentimentales lourdes
chevelures d'eau
tombant à pic

Œil bouillonnant
des tempêtes d'automne
dispersant follement les mât

Le monde brûle
l'eau de la soif
évaporée du désert de l'amour

Loin des petites Mississippi
rincées à l’œil du dedans
Quand le vent se fait froid

À l'affût
du liquide qui frise
sous le regard gris des blocs gluants

Anges légers sautillant
sur nos jours bleuis
ne touchez pas aux mouettes

Être ce pli enrobé miroitant noir
sous le soleil artificiel
d'un matin d'octobre

Coquille de moule plantée
comme une main encore enfantine prie
crevant la vase bleue des jours

Dans la présence du temps
l'éveil profond
et relatif à la foi

Coureur des bois épuisé
remontant par cœur de mourantes
rivières premières

Le Serpent à plumes
ondoie au milieu des fées
des eaux dormantes

Sillage silencieux
Colvert solitaire
sur le dos du Dragon










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