jeudi 16 février 2017

LA VÉRITÉ # 45 LE PHÉNIX À LA FRANGE D'OR



A la Lunaire.






« Vous savez que rien ne peut assurer la vie si le travail que vous faites ne l'assure pas ; vous le sentez devenir entre vos mains tout bourbeux et pesant. Les difficultés nouvelles qui empêchent peu à peu votre travail vous empêchent directement de vivre ; vous sentez venir le moment où il vous faudra abandonner en même temps, à bout de souffle, la charrue et la vie.   JEAN GIONO



***



Strange Days (Jours Étranges)

Strange days have found us,
Les jours étranges nous ont découverts,
Strange days have tracked us down,
Les jours étranges ont retrouvé notre trace,
They're goin' to destroy our casual joys,
Ils vont anéantir nos joies les plus simples,
We shall go on playing or find a new town.
Il nous faudra continuer à jouer ou trouver une nouvelle ville.

Strange eyes fill strange rooms,
Des yeux étranges emplissent d'étranges pièces,
Voices will signal their tired end,
Des voix signaleront leur fin fatiguée,
The hostess is grinning, her guests sleep from sinning,
L'hôtesse sourit, le péché fait dormir ses hôtes,
Hear me talk of sin and you know this is it.
Écoute-moi parler du péché et tu sais que c'est bien ça.

Strange days have found us
Les jours étranges nous ont retrouvés
And through their strange hours we linger
Et au fil de leurs étranges heures nous languissons
Alone, bodies confused, memories misused,
Seuls, corps égarés, souvenirs abusés,
As we run from the day to a strange night of stone.
Comme nous passons du jour à une étrange nuit de pierre.



JIM MORRISON THE DOORS






***




Tant de mondes paisibles et heureux se meurent : lâcheté, fatalisme, toute la veulerie humaine, résistant jusqu'à la dernière seconde, jusqu'à la dernière goutte, avec cet héroïsme silencieux des bêtes, du travail et du courage libres, passion personnelle ou partagée, solitude ou solidarité – fidèles à eux-mêmes, à leur mémoire trahie, vendue et revendue, sacrifiée, salie, humiliée, oubliée – tellement qu'elle en perd tout son sang, sa volonté, sa noblesse ordinaire, droiture héritée.

« Il n'y a plus rien, il n'y avait rien » disent-ils tous à leur façon, tout disparaît lentement de ce qui les faisait vivre, se transmettre comme énergie imprenable – peuples premier à leur façon, que la guerre économique n'avait pas encore brisé « définitivement » : « c'est fini. » « This is the end, my friend, the end. The only end » disait Jim. Si bien illustrée dans le film Apocalypse Now. « Of everything that stand. » Cette fin qui n'a plus rien désormais à voir avec ce qui s'achève pleinement comme dans une mort heureuse.

Débute donc un monde magique de remplacement discret, imposé avec cette violence habituelle enrobant mollement une discrétion quasi-cléricale, le temps d'une erreur de calcul historique de plus, mauvais rêve à vivre éveilléaboutissement clandestin d'un idéal nazi non éradiqué, non épuisé de son non-sens, virus qui aurait muté, mûri et envahi toutes les sphères du monde, de ses cercles vicieux, imposant la vertu du mal comme rationalité suprême d'un système « universel » enfin « efficace. »  

Qui obligera cependant, en bout de course de son désaxement, aux révisions radicales, renversantes comme ces statues brisées des durs réveils, débris entassés comme autant d'évolutions régressives.

Ce définitif, mort horizontale fixant la dynamique d'un système écholalique à la conquête de son propre néant, niée partout à chaque instant, autant par cynisme pour certains – peu nombreux – que par pudeur pour une majorité silencieuse transcendante, intérieurement dévastée par la démoralisation, rampante et sournoise comme un régime fasciste s'insinue à travers les persiennes du mal et des souffrances, « invisibles » partout en embuscade.

Définitif tombant en sanction lente et inexorable, qui ne durera pas – parce que rien ne dure de ce qui prétend remplacer ce qui a assez duré à cause du pur temps de sa durée naturelle, et l'écraser de vitesse massive, avec ses wagons plombés ultra-modernes, ses nuits et ses brouillards de solution finale mise à jour.

Fauchant tant et tant de gens sans défense, réfugiés de la vie, sans recours, sans la pleine conscience même de ce qui arrive, qu'il fait partie de la propagande même et du terrorisme historiques permettant l'illusion d'un instant d'hésitation et de défaite culturelle. On ne défait pas une culture : on l'occulte un moment, un nuage de fumée épaisse masque le soleil, un « roi maudit » cache le soleil.

Ce définitif apparent, argumentaire, écrasant, matériel, psychologique, clinique, objectif est beaucoup trop aveugle pour être vrai. Ce n'est qu'une virgule, point de suspension, défi paradoxal : il ne finit ni ne définit rien, il n'est que destructeur, faucheur, nihiliste, gratuit, aberrant, comme toute dictature. Néant arbitraire et irréel d'une nuit artificielle, climatisée, fantasmée, pitoyable et puérile.

Ce définitif, proclamé par tous les médias et « mandatés », provocation à renaître et revivre, à tout recommencer à zéro, au retour de sève, à toutes les résurgences, les résurrections, les rites et les répétitions. L'histoire n'a pas fini de bégayer ses cycles sans fin, ses mécaniques obsessionnelles, ses rebonds de billes d'acier et de verre, ses conséquences cascadeuses, cadencées et décadentes, et surtout ses jeux d'intimes dominos, anéantissant toute forme essentielle en soi.

Ce définitif-là, virgule tranchante, sanglante, inéluctable chirurgie que le mensonge rend inévitable et qui permettra, l'horreur si patiemment dépassée et ignorée, la plus haute cicatrisation des plaies originelles les plus purulentes, celles de respectabilités établies en système clos de pratiques à contre-respect, contre-nature.

Les champs de morts, forêts rectilignes de croix ou chemins tortueux de pierres blanches, fertilisent les chants futurs des vivants et survivants – partisans de l'esprit et du cœur – futures brumes dans des yeux embués de souvenirs, dans leur tremblement noir, blanc ou sépia, primo-cinématographiques, tant de fois futures revisitées. 

Misères, souffrances et trahisons, terreau sacrificiel, sang et larmes séchés sur lequel repousse la forêt, avec ses singes morts de désespoir du film « Green », rasée comme un crâne de condamné : la tête de chaque humain d'origine, avant la bascule et la lame, restant un instant interminable en l'air comme un drapeau flottant d'émotion, au ralenti, chargé du sens parfait d'une vie offerte à la liberté d'un bonheur interdit, entravé, crucifié, celui d'être et de vivre sans justification supérieure. Jetée au panier par les préposés au chapeau melon, d'avant abolition, comme un simple objet balayé furtivement.

« Le choc en retour » retourne le couteau noirci du mal, comme un gant de fer détrempé dans la plaie interne de chaque abus de pouvoir, folle manivelle, impitoyable écho pour qui la manie si inconsidérément qu'il la prend pour le moulin à prière de sa vertu. La guerre intestine totale est cette réponse du néant à la bergère, pluie toxique surplombant son black-out entendu, assourdissant.

Comment le mal intégral ne favoriserait-il pas finalement, aveuglément, le bien le plus absolu , au bout de tous ses comptes induits dûment réglés ? Au fond de lui, quelqu'un d'encore vivant et vrai peut-il vraiment en douter en toute certitude ? En attendant, pour continuer à vivre debout – soulevé d'indignation, il faut bien mourir, mourir en paix. Dans ce « oui » de la limite qui fait la grandeur secrète, anonyme.

Et pour ceux, hélas, affichés et vautrés que penser fatigue, vivant couchés de peur, « apprendre à mourir » aussi, bien sûr, mais de l'apprentissage du plus sale couperet, cloués au lit martial d'une douleur excrémentielle, secrétant le non-être comme un pus blanchâtre de l'âme, sa fine lame hachant en miettes mille fois recoupées, comme cheveu en quatre, leur misérable avoir à crédit et leur raison systémique d'y croire. Déments du pur objet, comme d'un crime d'État, objectivement instrumentaux et justifiés, sanctifiés.

Cadavres glacés aux manettes, mannequins de haute-couture, officiants et efficients robots de basse-cuisine. Ces si pitoyables cyborgs terminaux de tous les déicides, avec leurs yeux de froide lumière bleue ! Comment, par delà le si triste et tragique cordon sanitaire, en toute humanité perdue retrouvée, ne pas, si dangereusement, les plaindre ? 

Que Dieu les aide, et non les punisse seulement ! L'horreur du mal incarné ne peut être de l'autre monde, qu'ils le sachent. S'ils meurent, c'est bien dans et de celui-ci, celui du « non absolu » acceptable, pensable, nécessaire et vertueux, impérial-régicide, contre-démocrate et contre-nature.

Cet autre monde commence maintenant, comme le Phénix du plus noir nuage, à la frange du solaire. Remember !



***



"Vous avez l'air de penser que la civilisation vous empêche d'éprouver de la pitié pour vous-mêmes et cependant il vous semble que le sentiment que vous éprouvez n'est pas tout à fait celui que la civilisation interdit." 
                                                                                   
                                                                               CARL R. ROGERS








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