dimanche 12 mars 2017

LA VÉRITÉ # 46 PURE RELIGION ET RAISON PURE







" Ce n'est pas un petit travail que d'expliquer la relation entre l'Ourse qui tourne au ciel et l'oiseau qui fait son nid; mais encore faut-il commencer par la remarquer, je dirais même par l'admirer. "  ALAIN





Vérité et raison, trop souvent en guerre pour la bonne raison que la raison nécessaire cherche à remplacer la vérité éternelle. Pourtant la vérité est mère de toute raison : quelle vérité nie quel besoin vrai ? La raison en guerre est la guerre. Guerre de raison, ou plutôt des raisons. Comme la guerre, la raison pure est sans limite : la paix n'est pas sa limite, elle serait plutôt son ennemie, limite ou frein à ses prétendus besoins, ses fantasmes.

La vérité, compatible ni avec la raison pure seule ni avec la guerre seule, ce qui détruit brutalement, mais surtout à petit feu son éternité propre et unie, son universalité. Peut-on dire que la raison pure n'est pas compatible avec la vérité ? Est-il si fatal que la raison pure soit la guerre ? Affirmer que la raison pure serait purement animale semble déraisonnable. Elle ne le devient, peut-être, que dans la mesure où on l'animalise absolument dans ses nécessités immédiates. Comment la raison pure devient déraison ?

Par la séparation logique dissidente qu'on opère entre elle et la vérité qui lui donne son sens ? Trahison séparatiste. La pureté de sa rationalité propre et autonome apparente n'est-elle pourtant jamais, dans sa nécessaire compatibilité avec toute vérité, que dans son accord profond avec celle-ci, jusque dans la plus pure matérialité des faits ou des nécessités ?

Sa déraison vient de la guerre, de la nécessité matérielle de destruction et de déconstruction de celle-ci, qui l'arraisonne en l’amenant à la haute trahison, au syllogisme a posteriori, comme justification de cette « nécessaire » trahison même. Aucune trahison est-elle jamais nécessaire ? L'animal ne trahit-il pas moins que l'humain ? Rien ne trahit rien dans la nature.

Le conflit ne vient sans doute pas tant d'une supposée pureté rationnelle, aussi absurde que la pureté raciale, que d'une dialectique, d'une logique dévoyée, arbitrairement autonomisée autour d'un matérialisme mécaniciste utopique, malade et criminel, manipulée comme un mensonge, à partir du moment où cet outil, ce moyen de la vérité devient fin en soi, collective, psycho-logiquement imposée. Raison n'est pas pouvoir, encore moins devoir.

Une raison violente n'est pas purement rationnelle, mais dévoyée par une matérialité objective dominant son sens commun, sens lié, partagé. En le colonisant, en le privatisant, le particularisant à outrance selon ruse et caprice de n'importe quelle passion dévorante. Avec ses raisonnements addictifs : ceux qui amènent, notamment, au crime et à la barbarie, après l'injustice et l'imposture – contre le consentement du monde.

Rationalité pure d'une raison scientifique moderne inhumaine, absurdité, non-sens, violente contradiction portant au pouvoir le pouvoir absolu de sa matérialité unique – que certains osent nommer pensée. Trahison suprême s'imposant comme un ordre religieux du logique et de sa logique. Fascisme ancestral, religion séculière de la corruption de la régulière, et de l'inversion de cette corruption comme réponse stérilisante automatisée : la vérité comme mal absolu ; par la nécessité absurde d'une même logique de survie d'un pouvoir usurpé, néo-séparateur plutôt que réparateur.

Ce qui sépare ne peut être humain : ce « pouvoir » est soit naturellement divin soit inhumain. Mais le divin n'est pas représentable : il est présent ou pas. Ce qui sépare n'est pas séparable, ce qui sépare est supérieurement unitif ou n'est pas. Le séparatisme est une trahison.

Les sciences cognitives, qui paraît-il, ne font qu'observer, semblent dire que la raison est d'abord et finalement sociale. Que son sens commun théorisé ne serait qu'une sorte de prérogative de défense conceptuelle relativement binaire entre deux groupes. Il semble en effet évident que si l'on déconnecte le sens intellectuel de la nature, de la morale et de la transcendance de la vie en actes, on construit de l'absurdité, de l'arbitraire et du totalitarisme.

Et qu'à posteriori, on les justifie tout en désarmant logiquement toute possibilité plurielle de lumière universelle à travers un rayon particulier « unicisé » puis binarisé, réorienté selon un système optique manipulateur, instrumental. A quand sa négation orthodoxe, pure et simple, a priori ?

Un pouvoir, dans la mesure à démontrer de sa possible justice et justesse, est nécessairement réparateur, et ne peut être ni séparateur ni violent ni purement animal ou mécanique. Il ne peut évidemment qu'être équilibré, limité, provisoire, adapté et ajusté. Les fins s'y confondent perpétuellement avec les moyens dans une sorte d'unité supérieure dynamique qui ne peut donc appartenir à personne ni, comme l'eau, se conserver entre un petit nombre de main, voire d'une seule.

Le pouvoir juste et nécessaire doit être libre et conscient à la fois, là est sa seule nécessité profonde, son ordre naturel immuable. Ce ne peut être une machine, logique ou physique. Il ne peut être que partagé et consenti, non diviseur et non suprême. Relatif, il ne peut échapper à la vrai rationalité du sens commun, de l'accord et du consentement universel naturel précisé, intrinsèque, non objectivé, mais exprimé, imprimé et non supprimé par « un intérêt » particulier généralisé.

La vérité est non-violence, non-collaboration avec l'ennemi. Elle n'est pour autant l'ennemie de personne, mais tous en font leur ennemie, chacun dans sa guerre particulière, son combat pour sa vérité particulière, détournée, dévoyée. Pour autant la raison n'est jamais animale en soi : le fait que sa science la sépare de la conscience n'en fait pas une ennemie de celle-ci. Au contraire : que vaut une science désincarnée ?

La raison pure combat l'animalité d'une conscience solidaire ou instinctive autant que la spiritualité d'une conscience morale. La guerre de la raison folle ou séparée est une négation de ce qui est. Le propre de la vraie raison est d'inclure dans une unité supérieure sans exclure le moindre atome inférieur. Elle n'est que mauvaise passion rationalisée, comme il y une mauvaise foi ou une mauvaise volonté. Sa sagesse n'est jamais que ruse de guerre, sans aucun respect de la vie et de son sens. C'est une pure machine à dominer son sujet. Un cheval de Troie.

La pure raison n'est que l'ordre pur dans le, et du chaos, elle n'est pas de l'ordre de la vie, mais de celui de sa destruction et de son objectivation, de sa réification de rouage systémique. La mécanique de ses nécessité ne découle que de la mécanique de ses viols et prédations, comme la violence engendre la violence dans la roue du karma des lois.

La raison pure est incompatible avec l'équilibre, avec la mesure ou la proportion, avec les forces de la nature, elle n'est qu'un automatisme logique, un système de nécessité paramétré selon la direction arbitraire du vent fabriqué en ligne droite. C'est une utopie exterminatrice.

Elle valide les opportunismes contre toutes les fidélités, et toute les fidélités opportunistes. Puisque dans cette guerre, la vie est devenue un chaos et inversement : la théorie de la raison est une tautologie nominaliste qui permet de taire et faire taire toute parole de vérité et toute vérité de parole. Elle n'est qu'un perroquet inverseur.

La raison pure confisque la parole libre au profit de la parole nécessaire pour en faire une repère absolu dans le relatif : il faut donner le change à la perte de repères. De la vérité, celle de Dieu et celle de la Nature. Elle est environnement pur comme une mégalopole, rassurant et consolant, progressiste et agressif, dominant et pensant, libérant en enfermant, ouvrant en réduisant, offrant en privant, guérissant en tuant, pacifiant par la guerre. Elle ne sera jamais pacifique, abandonnée à la liberté comme à la nécessité. Elle n'est que garde, gardienne, mise en garde et relèvement de garde.

Le relativisme absolu aboutit à l'absolutisme rationnel comme pouvoir théorique, remplaçant l'ancienne autorité théologique et la dogmatique de ses pratiques sadiques de pouvoir. Le changement n'a donc été que de forme et de nom. Dans la pratique, cet absolu rationnel devient un irrationnel totalement relatif : toute relation est faussée à la racine par son doublement hors sol, par sa simulation sociale et sa modélisation économico-étatique.

Les théories infinies sont autant de bio-doublures pour la modélisation intégrale de chaque objet du savoir et du pouvoir remplaçant chaque être matériel ou immatériel. C'est l'ère des post-vérités et des postérités contre toute éternité passée, présente et à venir. Dans son imitation de mémoire même, la vie est stoppée puis réinitialisée dans le simulacre naïf ou idéal de son mouvement subtilement contrôlé par un pensée de synthèse collectiviste.

Nous avons tant besoin, hélas, de ce pouvoir de pouvoir pour y croire encore. La raison n'y est plus que force logique pure et nue, courroie et carburant, gaz brûlé, particule toxique pour la respiration de chaque vérité survivante. L'avenir est aux Zones, préservées ou contaminées, sans espoir de séparation réelle, qui ne nous a jamais appartenu, ici, hélas, ailleurs ou autrement, heureusement. Entre raison et vérité.








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