vendredi 17 mars 2017

LE MÂT ET LA GOUVERNE, POUR UNE VRAIE NATURE



" La paix est un état sévère, et qui fait aussitôt oublier que la sévérité est nécessaire. (...) Certes, il faut payer l'ordre, et même très cher; nous aussi nous le savons, qui avons fait la guerre. Nous sommes colonisés, si je puis dire, par nous-mêmes et sans douceur ! (...) Il est facile de louer les mœurs sauvages (...) nous devons savoir, et ne jamais oublier, que la simple et aveugle coutume établira partout (...) un régime de crasse, de négligence et de fanatisme (...) "    ALAIN





 







Pas plus que le passé on ne dépasse la nature. On ne fait que l'affiner, la prolonger, plus on l'éradique plus elle repousse follement. Nous ne sommes pas tant menacé de sa disparition que des désordres engendrés par nos tentatives de domination et de soumission.

Il est aussi vain de croire pouvoir doubler une culture première que de vouloir la glorifier. Se glorifie t-on soi-même à moins d'être tyran fou comme Néron ? Dans les deux cas, on trahit et on salit, comme pour Dieu dans ses institutions, ses remplacements. Nous ne pouvons vivre déracinés des cultures premières.

Il n'y a pas de retour à la nature, il n'y a que des retours à la vérité. Parce qu'il n'y a que la vérité qui vaille et sauve. Il n'y a ni temps ni espace dans la nature réelle, mais une vie unique, éternelle et universelle, partout infiniment démontrée et indiquée.

Le mal vient de la négation et du reniement. Refus institué et intériorisé de cette vérité première, dans la guerre faite aux peuples premiers qui en sont l'incarnation la plus humaine, dans leur refus de l'humanisme spéculatif, dans tous les sens du mot spéculation. Leur mise en esclavage – quand elle fut possible – ne vaut pas acceptation de ce système.

Dans ce sens strict, tout savoir qui ne confirme pas éthiquement, spirituellement et scientifiquement cette évidence absolue, n'est qu'illusion criminelle, leurre de l'imposture et de l'ignorance. Toujours dans ce sens, il n'est pas un seul problème, petit ou grand, qui ne trouve sa solution dans cette vérité première. Le reste n'est que guerre à la vie dans son principe au nom des son idée déformée, dénaturée.

Vérité exprimée absolument par la nature dans ses lois, son intégrité de vie et de sens, hors de la ridicule exclusivité humaine et de son pitoyable pouvoir de destruction et de trahison. D'où son indifférence absolue aux désirs dénaturés de celle-ci. Désaxement d'un centre vidé de vie, vide dont elle a horreur.

La haine de soi vient de la haine de la nature, d'une nature que l'on ne peut heureusement vaincre qu'en lui obéissant : toute haine vient des maîtres – non spirituels, mais de guerre, quand ils ont le bonheur de ne pas se confondre – puisque ces derniers se font esclaves pour dominer.

Principe civilisationnel désaxé par les abus engendrés depuis des siècles, de dénaturation inflexible, comme pouvoir absolu, dénoncés par Nietzsche à son meilleur. Le pire est une certaine religion dont le clergé vénal charge invariablement la nature des péchés du monde de ses contempteurs.

Ces Diaboliques à qui la responsabilité de destruction généralisée du monde, passée et à venir, revient directement, avant même celle de leurs très scientifiques et financiers imitateurs et héritiers modernes. Ne pas mettre absolument en cause et question cette double responsabilité dans l'histoire et la genèse de l'écocide actuel est une complicité active ou passive de crime contre la vie.

Non la vie rêvée ou sentimentale de passions dénaturées menant droit à une collaboration de fait avec un système et entreprise de barbarie humaniste, mais vie de nature pure et simple, telle qu'elle est, dans ses tendances intérieures à l'auto-perfectionnement spontané de ses équilibres fondamentaux contre tout idéalisme nihiliste. Dans son intégrité et sa dignité sans intégrisme, moralement niées au nom de cette négation de principe.

Crime contre l'humanité donc, au sens élargi, universel, contre la Nature en son beau milieu. Son beau milieu : l'humain fait la nature et la préserve, autant qu'elle le fait. Humains premiers dans l'âme partagée de celle-ci, vivant au sein d'une nature protectrice et procuratrice, comme on aime une mère, et respecte la distance nécessaire. Distance due aussi aux aînés, « ceux qui marchent devant », comme le disait le poète oublié Gérard Manset. Les Anciens, les Ancêtres, les Pères, les Premiers – n'ont jamais été de purs singes mécaniques, comme le veulent les criminels progressistes dans leur terrorisme intellectuel béatement subi.

Nous sommes citoyens de la nature – non d'une cité de Dieu située ailleurs, sans la négation de celle-ci, ou son exclusion urbaine marchande de canons et de produits de synthèse pour le soin intéressé des dégénérescences programmées.

On ne se glorifie pas soi-même à moins d'être malade de la maladie du maître esclavagiste. On se gouverne. La nature propre, celle du Zen, de Houéi-Neng et de bien d'autres, est une leçon de choses naturelles, nécessité intérieure purifiée et purificatrice. La droite dans la courbe, de la courbe. Sans courbette ni fanatisme circulaire, cellulaire, comme l'eau dans ses vertus démocratiquement dénivelées. Celle qui est, mais n'existe pas, dans la nature.

Nature propre, courage d'être soi sans moi. Non principe directeur stoïcien mal digéré, invoqué comme prétexte ou alibi des misères du monde.

Un gouvernail, une gouverne. Non un gouvernement seul. Gouvernail seul, mais qui permet au principe directeur, de Marc-Aurèle le Maître et d’Épictète l'Esclave, d'avancer selon le vent que la volonté emprunte plus qu'elle n'utilise, emploie ou instrumentalise. Ni l'un ni l'autre dualisme guerrier.

Mais un contre-don, un retour nécessaire, une reconnaissance à la hauteur. Le mât est une autre affaire : la gouverne, le dirige, et n'est plus seule, mais associée, alliée de liberté et d'intelligence – donc de nature retrouvée. Économie naturelle, mais restreinte comme une relativité ouverte sur ses limites mêmes, filtrantes et vivantes. Le contre-don est le contraire de la guerre des contraires.

La nature intérieure porte autant que le vent à cette condition d'équilibre et d'accord, d'harmonie des forces où tout contraire casse et fausse. L'habileté du pilote est une flexibilité dans l'inflexibilité dont le zen dit que le temps le rend inconscient, instinctif, naturel, naturalisé, indifférent – et non automatisé, mécanisé ou conforme, comme le croient les fous qui croient nous diriger.

Cette indifférence-là est le sommet apaisé de la sensibilité. Une vie de navigation ne suffit pas pour l'atteindre, mais quand elle atteint le pilote, la différence intérieur-extérieur s'efface sans pour autant gommer les contours ni les profondeurs exprimées à la surface lisse du sable de l'océan de vie. Au contraire : tout est lourd de liberté dans l'allègement de chaque effort perdu répété.

Ni guerre ni irrespect ni irresponsabilité d'une pensée collectivisé par et pour son absence. La nécessité naturelle est un bon mélange, un bon alliage, un bon attelage : tout dépend de la profondeur de l'alliance, du matériel au spirituel. De l'enracinement dans l'être et du détachement qu'il provoque.

La liberté y est ainsi dédoublée et non divisée, comme on divise un illusoire pouvoir. Par une alliance intérieure-extérieure originale et créative, sinon, où est-elle ? Permettant de dépasser l'illusion de contradictions – bien réelle dès qu'on y croit dans l'allusion, et les limites de séparations de surface nécessaire. Par des passages plus encore de nature, mais secrets aux ignorances et négations les mieux établies. Transformant nécessités négatives en libertés positives.

C'est là toute la leçon d'un l'Orient – hormis les tyrannies issues du laisser-faire et aller à la nature extérieure seule, sans principe directeur stoïque fidèle, plus que conforme, au Zen ; tyrannies communes aux deux pôles – qui ne vit jamais ni ne pense contre nature, d'où certains schismes, sans doute. Cependant, cette leçon, mystérieusement passée par et pour certains peuples dans leur sagesse d'Occident, comme les Celtes et les Grecs dans leur meilleur ou élite.

Hélas, aussi méthodiquement génocidés, là, qu'ailleurs les Amérindiens, exterminés dans leur esprit même – qui survit à la mort reçue – par de prétendues civilisations qui furent que des superproductions mécaniques de guerre à la vie libre, ivrognerie codifiée de pouvoirs extérieurs dont la chute de l'Empire Romain dit assez les dérisoires et criminelles vertus.

Face aux continuateurs de cette guerre, officiels ou enrôlés de force, actuels, dans les faits et les esprits, équipés de fausse science et de finance sale, pour un pouvoir technologique terroriste apocalyptique, apprentis-sorciers d'une puissance débile et barbare, de corruption et de destruction inégalée, Zen et Stoïcisme sont assis.

Dans une attitude immuable et presque muette. Face à l'angoisse schizoïde surarmée, il n'y a que la rigueur de la liberté et la liberté de la rigueur, intérieures et extérieures, qui vaillent, au sens le plus courageux de l'ancien mot. Où est la question ? Le cap est vérité immobile dans la paix du cœur. Pourquoi la guerre au monde ?




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