dimanche 9 juillet 2017

LA VÉRITÉ # 51 LA CULTURE DU MENSONGE ENGENDRE CELLE DE LA CORRUPTION






La culture du mensonge, c'est quand « les gens mentent tellement ! »
Celle de la mauvaise foi comme argument philosophique, politique et surtout de vente. Les anciens appréciaient : « il y a trop de liberté ». Confondant prendre des libertés et liberté au sens pleinement noble du terme, qui ne peut se définir sans principe moral.

Mensonge, surtout quand les mêmes personnes complètent : «  Je ne crois pas que quelqu'un ne puisse pas ne pas mentir (y compris donc moi-même qui parle ou toi à qui on parle ou qui nous parle). Exit donc toute possibilité de vérité ! Le vrai serait illusion et de dictature morales, piège pire que celui du faux, du vrai faux, du faux vrai établis ou subis ! Confusion généralisée permet tout, et le contraire de tout : « Tout est permis » dans le Meilleur des Mondes possible, enfin advenu.

Le mot mensonge dérive ici, et le mot est plutôt faible : le terme exact serait plutôt corruption morale, à commencer par celle de la jeunesse, art libéral, professionnel, s'il en est. Au sens de ruse des sentiments, dissimulation délictueuse, confusion des valeurs, escroquerie intellectuelle, tromperie aggravée en argument de vente nécessaire, de survie économique ou « laborieuse » de l'humanité (…)

Pratique doucement frauduleuse, euphémisée, implicite, imperceptible à l’œil nu. Immoralité douce, assumée sereinement, innocemment, dans l'intérêt le plus particulier du général. Puisque l'irresponsabilité est partagée au sens de généralisée, collectivisée, étatisée : les mots ont tous les sens, tordus qu'ils sont dans celui du vent, de panique molle ou de conformisme dur. Quelle importance ? Ce ne sont que des mots, qui ne durent que l'instant où on les prononce, sans engagement aucun, prostitués, abandonnés, gratuits, aléatoires, vidés de sens. Coquilles, formules, des éléments, codes, automatismes, signes systémiques, purs objets.

Il faut bien mentir un peu pour gagner beaucoup, se compromettre un peu pour passer les compromis vitaux de vie politico-commerciale. Où est le mal ? Le relativisme n'est-il pas raisonnablement le seul universel rassurant et raisonnable, assurant la paix des ménages, et surtout la richesse des nations ? Comment diriger ceux d'en bas, nos bas instincts, sans mentir un peu ou beaucoup, avec amour et raison pure ? Dans les compromis de bon aloi ? Toute vérité n'est-elle pas haïssable, invivable ? Inadmissible ? Ennemi subversif, terrorisme intellectuel ?

Sur le sens des mots, leur odeur et ce qu'on leur fait, Camus a eu quelques formules définitives, à ne pas oublier. « Oui, j'ai une patrie : la langue française. »

Il est évident de voir, sans même avoir lu 1984 d'Orwell, que la première corruption est celle des mots et de la culture : l'industrie culturelle implique le dévoiement vénal du sens des mots, leur soumission au statut d'argument binaire de combat commercial, rabaissé au rang d'objet contrôlé , approuvé par l'économico-financier, ce que le structuralisme, dans son délire systémique n'a ni vu ni prévu, à moins d'avoir été tout simplement basse valeur révolutionnaire pré-vendue. De Saussure précurseur néo-libéral de la langue du IVème Empire (si on lui intègre le communisme idiot post- nazi) ?

Ainsi, est-il non moins évident que la corruption culturelle s'est servi de la « contre-culture » des seventies, notamment, et de la promotion politique d'hérésies de générations abusées et dévoyées, trop longtemps étouffées dans leurs religion naturelle ou leur altérité spirituelle – parfaitement corrélées en général – pour saper un ancien système romain dont l'ambition économique demeurait limitée par un dogme trop rigide pour le financier qui la sous-tend, et qui exigeait, pour arriver à ses fins totales, un nouveau syncrétisme entre « matérialisme social » traditionnel et « spiritualité matérielle » moderne. « Jamais assez », devise de Bête Immonde dans ses alliages criminels-progressistes.

Dans ce sens toute culture authentique, ancienne ou nouvelle a été radicalement dénaturée et dévoyée en quelques décennies d'aboutissement au financier global par ce cheval de Troie idéologique-mystique, dont l'étendue et les moyens (on ne peut pas parler de fin au-delà de lui) demeurent opaques, obscurs et imperméables pour des décennies, au minimum et dans le meilleur des cas – plus qu'improbable.

Quand le mensonge institué est à la fois carburant et moyen, l'espace et le temps sont pris en otage dans une illusion indéfinie qui les domine pour le temps long nécessaire à leur complète régénérescence naturelle interne et spontanée, mythologique et logique, après destruction provisoire. Son institutionnalisation provisoire, maintenue par ruse et force, comme pour chaque empire avant décadence, est le cœur atomique de tout système de domination et d'esclavage. Celui que le Christ défia avec succès, ou Gandhi, par un combat résolu pour la vérité pure et désarmée, mais maintenue jusqu'au bout du moi humain, momentanément et tragiquement désincarné ou réincarné, peu importe les mots à ce niveau de combat spirituel.

Mais on peut aussi parler, et même tout autant, des Amérindiens insoumis et révoltés, qui entrèrent si paisiblement et fièrement dans le génocide, le combat sans issue, et l'extermination lente et abjecte des « réserves », au nom de leurs valeurs supérieures foulées aux pieds : ni la contre-nature ni l'esclavage n'allant, non plus, à ces peuples premiers. Ils dénoncèrent avec une vigueur peut-être inégalée, infiniment fraîche la « langue fourchue » des promoteurs d'un système qui n'eut rétrospectivement rien à envier au nazi, plus tard, qui s'en inspira aussi un minimum, comme tant d'autres : les voies du mal sont infiniment inter-pénétrables et connectées.

La communication et ses techniques, inventées par ces nazi après Rome et ses pouvoirs « éternels », n'est jamais « meilleure » que quand elle ment et se ment au nom du bien et de Dieu. « Les bons – furent toujours le commencement de la fin – (…) Chez qui y a-t-il les plus grands dangers pour l'avenir des hommes ? N'est-ce pas chez les bons et les justes ? » , affirmait Nietzsche.
Gandhi, lui, combattit autrement le mal, n'hésitant pas à dire la vérité sur sa propre personne dans ce qui n'était ni bon ni juste. Les Confessions kérouaquiennes à la Dostoïevski ont joué le même rôle devant Dieu.

Le sourire commercial obligatoire comme un rictus réchauffé, la jupe courte strictement taillée, le rouge-à-lèvre tumescent réglementaire, la cravate à fantaisie standard sertie de l'inflexibilité rapace du bleu sombre de la nuit urbaine, tous ces codes tapinant les principes dits-naturels de socialités fixées avec des boulons d'acier trempé chromé, assortis de l'insistant chantage des sadiques de la suggestion sans preuve ni forme identifiable au commun d'une masse dite laborieuse, troupeau décervelé de production fanatique, tout ceci, bien au-delà de 1984 : les Romains avaient déjà tout réglé, prévu et codifié, dans le public et le privé, puis les théologiens d'au Nom de la Rose. Les nazi le portèrent à sa perfection mondialisée, toujours inégalée, référence secrète, ou pas. « Pourquoi faire la gueule quand on vous assassine ? Souriez dans les petits supplices ! »

Les Chinois, raffinés anciens de la cruauté, en leurs supplices « des cents morceaux », avaient au moins l'humanité de droguer les condamnés. Mais Sade , ce négateur ? Son sourire pourri n'est que calcul malade, la noblesse d'un mal qui s'assume y est absolument absente : son satanique « républicanisme » du romantique bien public par le mal n'a rien de romantique, effectivement. Il n'y a, dans son ignominie littéraire si prisée des Bastilles intellectuelles, qu'un positivisme spéculatif de basse cuisine, privatisation d'état du mal absolu au nom d'une raison pathologique-pavlovienne de le faire impunément en bande organisée moralement au dessus des lois. Automatisme psychique pur, dialectique. Pas d'état d'âme, comme on dit si bien. Juste l'administration des choses, entendez humains compris. A-t-on jamais vu pire fanatisme noir depuis Rome ou certains fascisants grecs antiques ?

Un bordel romain de haut-bas niveau, débordant à ciel ouvert, à son pire, avait, sans doute, étonnement moins de cruauté psychologique incarnée : la dégénérescence barbare avait-elle besoin de mensonge pour commettre sans frein ses ravages de bêtes dénaturées ? La folie n'était pas encore bannie par la raison perverse. Elle n'était que tragique, dans son pire, même si elle jetait déjà les bases du grotesque à venir des empires suivants : le mensonge officiel, partout répandu, "peste émotionnelle", disait Whilelm de "Écoute, petit homme", comme une épidémie, infiniment pire que la folie franche. Monde post-nazi où le monde ment et se ment, concours permanent de mesquinerie et masques naturalisés.

Raffinement romain, léger et cruel comme la lame la plus aiguisée des Saint-Barthélémy, la plus empoisonnée, celle de la langue dans le fourreau doré de son omerta molle. Hitler a gagné beaucoup de temps, tout au bout du compte en Suisse. Répit inutile, dérisoire, temporel, millimétré, parfait. La souffrance et la patience éternelles du monde à venir vaporiseront jusqu'au fantôme calciné de sa nuit et de ses longs couteaux, par leur sérénité de mort naturelle et première. Le mensonge même est leur arme inversée et renversante au sens strict : aucun bas, ici, ne tient bien longtemps en haut.





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