Combien
de gens rencontrés, de personnes hors sexe, âge, classe, fonction
ou office, statuts ou catégorie, apparence et jeu de rôle, hors
mécanisme aujourd'hui ? Combien d'échanges, de partage de
richesse, de sentiments, d'inquiétude et d'attention, de certitude
et foi, de refus et d'acceptations, de reconnaissances pragmatiques
d'une réalité inacceptable, mais incontournable ?
De
principes, de constats simples ? D'évidences absurdes et de
vérités cachées dévoilées par petits bouts de fils, occultées,
ignorées, balayées en bloc, minorées ou étouffées à demi-mots ?
Combien d'échanges de regards, de bonjours, de sourires, larges ou
subtils comme le temps qu'il fait ?
Comme
la liberté intérieure, spontanée, transparente, émergente,
naturelle, légitime ; comme cette dignité pure d'être
soi-même ? Comme la force, le défi, le devoir, la volonté, la
vocation, la grâce, le combat de le demeurer face à la force
mécanique du système ?
Partage gratuit, libre, taoïste, héroïque, honorifique, lucide,
déterminé et indéterminé de demeurer donc
dans ce qui est – et non dans ce qui devrait ou pourrait être, ou
avoir été. D'habiter l'être
persistant et signant
du lieu, du temps et des temps, du lien, de sa résistance, sa santé,
ses conséquences, ses aboutissants sans arrière-pensée
automatique.
Sens
essentiel.
Regard,
parole et silence face à un monde automatisé de
mots et de chiffres, robotisés. Espace
re-parcouru, temps repris dans
son souffle oral, retrouvé
intact là où il a été laissé, délaissé, rabaissé,
abandonné aux engrenages
situationnels et conditionnels, poids et contre-poids, rapports de
bascules renversantes
sanglantes et chenillées, tuant,
piétinant
les relations comme un
bulldozers nazi
quelque part en Afghanistan,
ou ailleurs, écrase une
femme insoumise, un enfant blessé, un homme original, un peuple
intègre, entier, fier, debout, affirmatif, positif, ouvert à mort,
jusqu'au bout de la nuit de
son
humaine solitude humaine, de
son
inflexible fragilité :
grec, espagnol, français,
italien, slave, africain, américain ou oriental, sans parler des
premiers oubliés, négationnés.
Gloire et honneur de
l'humain ! Grandeur et plénitude de ce sens sacrifié
encore et encore : un
seul Christ aux mille visages.
Rapports
de force et violence qui
mentent et nient, dénient et
renient, écrasent,
massacrent et assassinent, pillent, spolient, violent, torturent et
tourmentent, brûlent, anéantissent, bombardent, liquident, gazent,
affament, assoiffent, contaminent et exterminent, anéantissent et
rayent d'un trait de plume,
effacent de la carte mémoire
cultures, traditions, sagesses, philosophies, arts, techniques,
religions, sciences, morales,
modes de vie, façons d'être,
agir, penser, croire, aimer,
sentir, transmettre,
préserver, respecter, partager, honorer, transcender les situations
limites ou hautes de
l'humaine condition dans un universel imparfait
comme une pierre précieuse brute ou taillée par une main tournée
vers le meilleur, vers une
beauté immédiate,
supérieure, partagée, naturelle, apollinienne mélangée
dans une seule joie.
Quoi
de plus ? Rien de moins. Sera-ce assez dire ? Dire et
respecter, répéter à qui veut et peut entendre le désertique,
l'aridité absolue,
scandaleuse
de vérités non relatives, ni relativisables ni
pondérables, nues, saignantes,
hurlantes de leur camps de la
mort, crevant des
yeux glissants et lisses sans
jamais parvenir à perforer
leur blindage d'abstraction narcissique protectrice.
Yeux
d'insectes jaillis de l'imaginaire brut
du chaman Morrison, miroir
réfléchissant sa
grimaçante galerie
de foire aux
fous, théâtre-cruauté
du Momo, carnaval cruel,
mental nazifié,
expérimental, tragique
Mengele arpentant
ses champs de cadavres, écran
de fumée lacrymogène, hallucinogène,
auto-portraits saccadés tressautant en trompe-l’œil dans la larme
la plus sèche, en rut,
coup-de-trique, criarde,
liquide, croco,
toxique, contagieux comme la
peste reichienne d'un
pitoyable orgasme d'iris
froid fasciné.
Big Brother, regard pénétrant,
dévoration psy, organe
prédateur, fracturation optique, sodomie de l'être. Une barbarie de
chiens enragés, meute de
loups dégénérés. Cercle de mort
disait Jim, pas seulement la pulsion : il y a opération noire,
opaque.
Vérité
sale, débordant de son flot maudit comme la peste du collecteur
central bernanosien, crachant son pus de cruauté et d'ignominie,
d'abjection, disait un lettré survivant des camps.
Omerta
des lois et d'un nouvel ordre noir dit « républicain »
comme l'autre se disait socialiste, déjà accomplie, confirmée,
officielle, inscrite, gravée sur les tombes d'un autre âge –
c'était hier – à revenir en force avec leur petits bras blancs
bien sectionnés, alignés par la force des choses, cette
mystérieuse violence masquée forçant
la vérité pour fabriquer sa loi mécanique comme
un sexe désaxé,
séparée, tête coupée,
dissociée, à part, giclant
sa haine. Lettres
de feu de guerre totale, d'extermination, liseret de fer chauffé à
blanc au col noir de la bouche d'ombre luisant dans la nuit absolue
comme un Lüger officiel :
l'abjection est une cérémonie du KKK.
Cet ordre dont on nous hurle bestialement qu'il a changé :
nouveau de nouveau !
C'est
reparti, Louis-Ferdinand ! La nouveauté par l'ordre
des choses : c'est comme
ça ! C'est changé, c'est fait ! Rien à dire ! Sans
nous ! Demain les chiens !
L'argument du viol. La
tournante ! Tout entier ramassé, compris et
repris dans sa masse matérielle,
brutale, folle,
énorme, incontestable, sa masse de compromis obligé, d'amalgame
contraint, logique, accompli,
révélé ! Tout
déjà calculé, simulé, fini,
réglé d'avance, finalisé
dans sa masse simulée,
formatée dans sa physique d'Apocalypse now !
Inévitable, incontournable, c'est un fait ! Accompli ! Un
miracle ! Résultat du
progrès dans son formidable bon en avant, le saut dans le vide... Le
pas est fait, parfait !
Un miracle d'énormité…
Non !
Un non pur et simple,
paisible, placide, pacifique, serein, indifférent, tranquille,
lucide, définitif :
tout est illusion,
manipulation, illusion à
déchirer, voile à lever, rideau à
soulever, masque à
arracher, fantasmagorie, hallucination collective, propagande
stalinienne, décor hollywoodien, un conte de fée électricité,
montage, trompe-l’œil, délire historique, pathologie conforme,
néo
-nazisme post-humain.
Oui,
nous, humains de
France, de Navarre
et d'ailleurs,
gibiers de potence de toutes les gouvernances du monde, on vous le
dit : nous savons.
Nous savons parfaitement ce que veut dire cet ordre nouveau, ce
que signifie la chanson,
la musique de cet ordre noir,
opaque, obscurcissant
progressivement le soleil, le cri du
corbeaux rimbaldien sur la plaine, mon
ami, l'enfer sur terre, sur
Verdun. Ce que signifie cet ordre gelé, cette
Bérézina récurrente
de l'humain, le gel qui surprend et
prend la parole libérée à
l'aube blême voilant les yeux, loin du cœur.
Glaciation
gammée et galonnée des intellects « supérieurs »,
celle de la race et des seigneurs de
l'Ordre et de l’Ésotérisme d'un monde aux os brisé sous les
triques d'une logique de fer et de ses engrenages tayloriens.
Nous
savons si profondément qu'il n'y a nulle victoire pour la mort que
nous redonnerons nos vie avec
une joie sauvage, étrange, transcendante,
incompréhensible,
avec notre âme d'humain de
20 ans, sans guerre, ni violence, sans rien lâcher, gardant tout
dans le poing,
dans le silence le plus complet : nous sommes
la grâce du condamné, nous
la jetons, cette merveille
d'humanité,
du haut de notre fragilité,
à la face bipolaire
de cet ordre ubuesque maudit,
par delà la mécanique en marche.
La nuit obscure n'est pas une
guerre des étoiles, c'est un monde privé de
l'étoile de notre système.
Les épaulettes, les bottes,
les phallus dressés des machines
n'y feront rien : la mort est simple, le pouvoir est double :
il ne peut rien que le rien.
Rien de plus que le moins qu'il incarne quand s'assombrit
le ciel aux oiseaux disparus.
On ne retranche pas le chant des hommes. On ne le supprime
pas, on l'imprime au fond du puits de lumière whitmanienne.