Article repris et remanié à partir du commentaire du post du 23/02/2015 sur le blog Venator
Une France éternelle
Cette mère-patrie-là, à la fois mère courage et mère patience, ne demande
pas à ses enfants de se sacrifier pour elle : elle ne les mange pas. Sa vie et son
destin sont un seul et même sacrifice : la jeunesse
porte la culture éternelle d'un monde dont la
liberté est l'alpha et le partage l'oméga.
Cet instinct
maternel-là n'a rien à voir avec une culture de rationaliste technicienne, coupée de la nature et de sa vérité.
La jeunesse d'un peuple ou d'une personne n'est que prolongement
d'éternité et de vigueur anciens. Rien de moins, rien de plus. Non éternel retour du même humain borné, mais éternel
recommencement ouvert dans son chiffre même.
Culture charnelle, ou plutôt incarnée, non satisfaite
d'elle-même, dans un humanisme conforme confit de limites
ridicules, mais force de dépassement et de détachement – de
celles qui relient, relèvent et rallient le monde, le vrai monde, le
non fabriqué, non truqué.
Ce dépassement c'est d'abord voir et
concevoir, prévoir autre chose que soi, de meilleur et de plus haut. Quelque chose d'autre, qui donne une autre mesure
de nous que nous-mêmes pour nous-mêmes. Quelque chose avec ses
propres qualités universelles, en qui on puisse croire toujours et
pour toujours, du début à la fin. Contre le mensonge délibéré,
libéral de l'Histoire.
Quand on parle France
éternelle, et l'on sait que Bernanos ne pensait pas : « vieille
France », mais à celle qui, fidèle à ses origines jusque
dans un certain esprit populaire de la Révolution, porte en elle,
dans sa paysannerie spirituelle, sa laïcité sacrée,
toutes les valeurs d'une civilisation dont la fusion des
racines, parfois très
éloignées les unes des autres, firent un pays culturel
unique au monde, aussi bien par la hauteur chrétienne de ses
exigences que par la sacralité ordinaire
de son mode de vie cosmique.
Puisqu'on sait que ses valeurs profondes, miraculeusement
accordées et fusionnées chez nous,
proviennent des sagesses plus
anciennes, comme la celtique par exemple, et
d'autres encore. Nous
n'avions rien à envier au taoïsme, dans un sens. Mais nous avons
tout abandonné pour de l'américanisation
sociale moyenne.
Ainsi
perdre l'estime de soi, pour nous – ses filles et fils –,
revient-il aujourd'hui à abandonner un Christ cosmique sécularisé,
qui aura mêlé si longtemps son sang fraternel à celui des plus pauvres et des plus purs
de nos tribus européennes, et à le laisser seul face aux
rires et aux crachats des foules de la consommation mono-maniaque
d'image et de marchandise.
Perdre l'estime de soi, c'est s'abandonner
et se vendre aux forces obscures du marché et de la
puissance, au mépris de la vérité éternelle de l'humaine
condition – celle de l'homo religiosus, non urbain, très précisément
conscient de ses origines et de son destin, de sa responsabilité cosmique, quelque soit sa place, ou
sa non-place dans la société humaine. La première prostituée
indépendante venue est meilleure que chacun d'entre nous : elle
en fait moins pour « survivre » à ce qui remplace le
monde, à la « mondialisation » des mafias qui font main
basse sur lui en nous.
Qu'est-ce
que cet humain-là, le religiosus ?
C'est le non-égoïste, le non-individualiste, le non-rationaliste,
le non-technicien, celui
qui croit d'abord de tout son être, sans savoir qu'il croit ou croire qu'il sait sans croire,
non à des superstitions comme l'économie, la gloire, la
science ou le progrès, mais
à des valeurs vraies, non les siennes mais celle du monde.
Toute valeur vraie est au delà de soi et de
la société humaine et de ses "histoires", du temps et de la mort. Toute vraie valeur est
d'abord un transhumanisme.
C'est pourquoi elle est la
source éternelle, depuis l'origine,
de l'universalité de la vie et de la nature à partir de leur
surnature transhistorique.
Cette surnature
qui crée le sens du monde, le respect de son expression et de ses
équilibres. Cette surnature
qui fait l'honneur. D'un
pays, d'une culture-mère,
Celui à,
et d'honorer en nous et hors
de nous : notre nature, comme celle du monde, ne peut être que
qualité absolue par destination et par esprit.
Le reste n'est que robotique, la France relative des
robots, comme disait Bernanos.
Le reste est imposture, mensonge standard. Nous n'y reviendrons pas plus
qu'il n'y revint.






