Il y a de toute évidence un niveau primordial de la vie et du
monde à préserver pour pouvoir pénétrer avec un respect minimum
sa réalité cachée comme un mal inavouable et
inacceptable, aussi bien aux yeux de la science que de la religion
dans leur domination de la nature et la récupération maléfique ou
malfaisante de son sens.
Quelle est cette réalité ? Sinon celle de valeurs, vérités
ou faits largement étrangers à, et très sensiblement différents
d'une certaine culture prétendument civilisationnelle ou supérieure.
Ce sont toutes ces choses qui sont, de toute éternité humaine ou
pas, vérités et faits de nature, qui nous échappent, mais surtout
nous déterminent, font et fondent inconsciemment, sans que nous
ayons ni prise ou compréhension sur elles et par là, considérées
comme obscures, passionnelles, maléfiques.
Ceux qui travaillent à faire émerger ces valeurs fondamentales,
eux, sont, au même titre que les Anciens Premiers l'étaient à un
autre niveau, considérés comme de dangereux farfelus, plus ou
moins subversifs en période de guerre totale et éternelle contre
ces forces dites du mal. Voire, aujourd'hui assimilés à de
potentiels terroristes, par la bêtise armée de corruption au
pouvoir gérant « au mieux » la planète.
Pourtant, seule la profonde non-violence libératrice de leur
réflexion, à la fois religieuse et scientifique, aide à faire
lumière sur le dissimulé depuis toujours par cette pseudo-élite
dirigeante, sans qu'elle ait même besoin de comploter : le
mensonge ordinaire pratique, plus que le mépris des peuples
lui-même, suffisant à tout recouvrir.
La nature profonde, comme une forêt, dans sa densité obscure et
impénétrable, est ce qui échappe et menace, donc comme hors sa
loi, la cité disciplinaire sociale laborieuse et
intellectuelle. Beaucoup de traditions de cette orthodoxie
de pensée occidentale ramènent vers l'idée d'une forêt marginale,
barbare, où se réfugient exclus de la cité ordonnée,
sorcières autrefois, certains malades contagieux, rebelles, druides,
résistants de tous temps. Un peu comme en montagne, autre figure
d'une nature souveraine, indétrônable, dans sa loi propre,
invaincue par l'homme des fourmilières.
Il y a aussi l'océan, avec ses valeurs propres de changement
perpétuel équilibré, de liberté et d'aventure, ses îles
secrètes insoumises, ses pays de cocagne, loin des contraintes
d'une urbanité d'ordonnance théorique, de confinement et de règles
collectives inhumaines dans leur clôture-même au libre vivant.
L'océan avec ses mythes flibustiers, pirates, que récupèrent et
absorbent juteusement des « idéaux » commerciaux
manipulateurs, comme celui d'Eldorado.
Nous faisons l'hypothèse, après d'autres, que la nature est mère
des religions. Non pas mère matérielle, comme il serait
simpliste de le penser, mais mère spirituelle de leurs
sentiments et valeurs ou intuitions supérieures. Kropotkine a bien
montré comment, dans une sorte de fraternité de vie, la nature
animale a quasiment tout appris et montré à l'humaine. Alors
pourquoi, à un moment donné, une rupture, puis une guerre,
si impitoyable, contre cette nature-mère, se sont-elles déclarées ?
Il ne s'est pas agi simplement de couper un cordon ombilical un peu
trop court, comme on voudrait le faire croire.
Il est plus qu'évident que les valeurs urbaines de domination
n'ont jamais fait le poids face aux insondables forces naturelles.
Dominations qui ne furent et ne sont jamais que provisoires, leur
maintien ayant toujours été un gouffre économique contre-nature,
l'une des origines des pires prédations de « ressources »
de celle-ci (bois, animaux, eaux…) et exactions (soudards
terrorisant les paysans).
Comment ces dominations prédatrices et exterminatrices
auraient-elles pu être fondées – en raison morale –
autrement que sur de la défense (mot qui en politique
signifie aussi, par euphémisme, guerre) de pseudo-valeurs
masquant l'angoisse et la culpabilité naturelle, agressive
inconsciente, résultant de destructions faites aussi,
finalement, à la nature humaine ?
Nature humaine, qui, comme
leur qualité d'humain pour « les sauvages », fut
et est aujourd'hui niée par certains docteurs des deux
sciences ? Autrement dit : ce monde de domination est bâti sur
une illusion de toute-puissance dominante très proche de l'idée de
monothéisme, à tel point qu'on se demande parfois laquelle engendre
l'autre.
« Tu n'auras qu'un seul Dieu. » Les premiers tyrans ne
furent-ils pas d'une cité, comme le père ou la mère indigne
tyrannise sa famille, ou une famille en tyrannise une autre ?
Il semble qu'il devint très tôt impossible d'imaginer ou concevoir
ce Dieu, chez nous, autrement que comme Le-Maître-Absolu. Il semble
qu'il devint très tôt impossible de l'imaginer, ce Dieu, ailleurs et
autrement que comme Maître dans sa Cité, des stocks, des
cheptels, des armes et des secrets de puissance.
L'ennemi ne devint-il pas, de fait, tout hors les murs, hors leurs
limites et loi ?
Une certaine citoyenneté de Dieu
donc, fermée sur elle-même – jalouse comme une femme – n'a
t-elle pas fini par secréter une rationalisation scientifique de ces
limites d'appartenance productives, fabriquant une
sorte de « génie religieux » de leur gestion
profitable au détriment de tout extériorité aux murs ou
extériorité à ce génie consacré ?
Ce qui nous intéresse est l'idée de ce mal extérieur,
étranger, insoumis, devenu, au fil du temps historique, ennemi
de "la" civilisation, et semblant, à nos yeux, n'être qu'une
projection inversée du mal qu'elle impose au monde.
Puisqu'il s'agit bien d'imposition mentale et
intellectuelle ou sentimentale, un peu comme le bourreau accuse la
victime d'être à la source responsable de ce qui lui
arrive comme punition immanente dont il est le bras armé.
La destruction du monde était inévitable, étant si mal fait,
jugent les fausses élites, qu'il fallait infailliblement
le défaire et refaire à son image enclose comme analyse
domestique du monde, pleine de ressources fortifiantes et structurantes
d'une collectivité para-militaire d'urbanité de conscience
religieuse et de pratiques « rapprochées ».
Ce qui nous intéresse particulièrement, c'est ce moment où
la spiritualité s'est disjointe de la nature, et pour quelle raison.
Quel doute, fabriqué et imposé, provoqua et provoque
toujours la disjonction ? Disjonction que les japonais, par
exemple, ne comprirent jamais, du fond de leur « christianisation ».
Moment, peut-être aussi, où est né un certain monothéisme,
peut-être lui-même lié à une agriculture, administrée
parallèlement à une proto-religion de masse, dans ses prototypes
urbains « d'élevage » humain.
Sédentarisant, fixant tout, fonctionnarisant tout
dans du législatif et du comptable sacralisés, spécialisant
l'ensemble des activités naturelles, orientées et encadrées vers
une unique production de richesses et ressources vers la puissance
pure, dont la gestion engendra, comme en Égypte ancienne, une armée
de fonctionnaires de la vie quotidienne, et peut-être plus tard
ailleurs, celle de la famille citoyenne laborieuse, parallèle
à celle des prêtres pour le spirituel. Chez ceux-là les dieux
gestionnaires ne pesaient-ils pas les âmes comme de
vulgaires céréales ?
« Le culte des dieux
dans les cités grecques, comme le sera la religion romaine, est
essentiellement une affaire politique, académique. Le culte des
dieux concerne la piété et les vertus des citoyens, et par là, le
succès et la conservation de la cité. » (Victor Cousin,
Œuvres de Platon)
Il est sans doute aussi lié, ce moment, à un autre,
pré-monothéiste (on peut avoir du mal à envisager un passage
brutal, sans transition, entre polythéisme et monothéisme).
Parallèlement à la guerre, facteur essentiel d'évolution du
système – hélas – il y a aussi la chasse, sorte de moment
originaire, intermédiaire et pré-martial, dont la guerre éternelle
s'inspire d'ailleurs toujours, le dénaturant totalement, via
l'industriel de masse moderne : 1914 comme abattoir rationalisé,
chasse au gibier humain à la Grosse Bertha, avions de
chasse, chasseurs alpins... La chasse à l'homme comme sport
de combat, l'homme réduit à l'état de gibier, parqué, puis
exterminé méthodiquement.
Dans ce moment particulier, où la meute des chasseurs remplaça les
trappeurs solitaires, il a pu y avoir basculement progressif entre
l'ancien respect du à une nature-mère ou à un règne nourricier,
comme le font les Premiers, et une exploitation mécanique,
systématique, comme dans une battue, des ressources où le
rapport mécanisé à la vie prélevée ou supprimée
se transforme « révolutionnairement » en automatisme de
production-destruction médiatisé par une
machine-organisation objective et objectivante, et donc
déconnectante, opérant une disjonction de plus en plus profonde
avec la réalité vraie et transcendante de la nature-mère.
Nous voyons là, après d'autres, la seconde cause de la rupture
humain-nature, après celle du doute jeté sur les valeurs. Sans
préjuger lequel précède et engendre l'autre dans un monde dont la
confusion est l'arme suprême de la grande séparation. Si je
sépare arbitrairement, je confonds sens, ordre, vérités, libertés
dans l'unité du tout – que je nie, renie et dénie infiniment.
La guerre de religion, autre discipline maudite, mais fondatrice,
occidentale, largement partagée avec un certain Moyen-Orient
monothéiste de même famille spirituelle, développa à travers ses
croisades de masse un mouvement « spirituel »
systématique de destruction de la nature des instincts en vue
de son asservissement « spirituel » total : la
figure de l'hérétique étant d'abord celle d'un ennemi allié en
Diable aux Forces du Mal, celles censées habiter tout corps
naturel, libre et spontané, physique ou social.
La nature insoumise devint pure et simple incarnation du mal.
La figure de cet infidèle étant celle de l'Autre,
dans sa pure différence subjective, personnalisée,
normalisée. La nature, dans sa puissance immoralement
généreuse et partageuse, sa « luxuriante » diversité,
son autonomie quasi-absolue – son irréductible
distance – et ses mystères sacrés n'est-elle pas le symbole
même de toute hérésie ? N'est-elle pas, depuis toujours, défi
absolu pour les deux sciences du sacré et du profane ? Le
paysan-même, cet enraciné profond et têtu, devint l'ennemi et la
honte, la culpabilité : paganus, le païen.
Le monothéisme, non pas tant cette exclusivité urbaine, finalement,
close sur elle-même, mille fois dénoncée en vain, qu'un tout
inclusif de force et d'autorité militaire,
dont l'ampleur d'unité établie demeure insaisissable à
l'humanité naturelle ordinaire. Exclusivité inclusive
trop bien totalitaire en ce sens que tout s'y réduit, que rien ne
lui échappe.
Le mystère de la nature s'y dissout dans le labyrinthe
intellectuel d'un divin inaccessible, construit comme une
muraille de Chine dogmatique que seul, apparemment, un Christ parvint
à percer et fissurer un peu, un court moment humain historique si
éphémère, avant que les portes de la Cité Divine ne se referment
violemment sur une « liberté spirituelle »
nouvelle, industriellement dupliquée par une théologie
autorisée sur l'empire, le protégeant prétendument contre
cette nature extérieure par définition hostile et cruelle, ou au
contraire, dans le cas de celle du Christ, simpliste, irréaliste,
scandaleusement non-violente - quand on pense à la guerre.
Transformant tout abri ou vecteur légitime du
christianisme primitif en forteresse barbelée imprenable,
monolithique, écrasante, orchestrée comme une légion romaine
robotisée, à l'image de la spectaculaire machinerie du Colisée.
Avec ses soldats, ses fonctionnaires et ses gladiateurs de Dieu,
paradoxalement sacrifiés aux Fauves de Nature. L’orthodoxie
spirituelle comme un pal ou une crucifixion intérieure, en attendant
le grand-oeuvre de l'Inquisition, ses dépeçages et écorchements
sacrés, séparant bon grain conformé de la diabolique ivraie
de nature.
La totalisation théologique de force de certains
monothéismes autoritaires est, comme tout pouvoir, nécessaire
en elle-même. Tautologie secrète, implicite, intrinsèque,
participant plus d'une certaine superstition d'immanence imposée
à rebours, derrière le masque d'incarnation institué, que
d'une unité d'harmonie positive, révélée dans un partage qui
devrait pourtant révéler, aussi, la profonde démocratie divine
de la nature comme création face aux forces illimitées, à
affronter sans violence.
Totalité verrouillée pour « les siècles des siècles »
par de subtiles dialectiques doctorantes somnifères aux ordres,
ordonnées. Alors que les saints ordinaires,
simples ouvriers esclaves du bien théorique, s'épuisent à assurer
l'impossible intendance d'un sens plombé, doublé et dénaturé,
détourné de Dieu, devenu quasi-suicidaire : voyez le modèle christique
exemplaire évoqué plus haut.
C'est que rien du quotidien du troupeau ne doit échapper,
plus peut-être encore chez les révolutionnaires de la réforme
scientifique que chez les mystiques, plus primaires ; ne doit
échapper à cet englobant systématique, pas même les pires
des maux, qu'ils activent, par là extraordinairement, en
leurs croisades les plus démentiellement rationnelles.
Ce tout, inamovible et non-immobilisable par sa masse-même,
est un cadre d'airain, d'abord pharaonique, s'il n'était romain
rectifié en fait catholique de cruauté au nom du bien et de
la douceur du Christ : le sacrifice archaïque est ici
éternel-nécessaire, bien pire que chez les « sauvages ».
Éternellement, universellement perpétué et répété, comme une
seconde nature, d'emprunt et de cérémonie noire, derrière la
blanche colombe affichée.
On peut même se demander, à ce moment de la réflexion, si le bon
côté du monothéisme ne viendrait pas, finalement du bon côté
des forces polythéistes qu'il a su se soumettre, dans une
intelligence partagée de ce qui le dépasse, sans doute en
grande partie semée par le Christ de héritage culturel. Sa
douceur et tolérance sont une pure hérésie. Double hérésie,
puisqu'elle se réclame directement du Père.
N'a t-il pas,
finalement, combattu les docteurs du système d'abord ? Pour les
plus pauvres et humiliés, au cœur du Temple ? Il est en
tout cas à noter que nombre de polythéismes acceptent la
validité multiforme du message du Christ, et que même,
peut-être, il les protège comme aucun du programme
d'anéantissement.
Le polythéisme, évidemment, en soi, n'a pas plus de vertu que le
monothéisme en lui-même, s'il n'est qu'un relativisme au service
du mal, dans une banalisation et un laisser-faire couverts par un
culte fabriqué dans le sens du vent mauvais de de la
puissances nue et froide. Mais il a la vertu des Premiers :
celles des limites dans le mal, données par les limites de
son pouvoir, positif ou négatif.
Le territoire n'est pas l'empire, il reste proche de la
nature, des limites et de l'expression diversifiée de leurs
essences données, pour ne pas dire ordonnées.
Le
polythéisme divise naturellement les pouvoirs, comme celui des
sexes, mais au naturel, comme dans une démocratie « éprouvée »,
si on veut le voir dans le sens d'une unité diversifiée
retrouvée plus que dans celui d'une division
irréconciliable de celle-ci, fabriquée par de l'humain
résiduel désaxé cherchant à justifier une
décadence suicidaire, mécanisée par la fatalité d'enchaînements
matériels dévoyants, autant de rouages tournant fous au milieu du
champ de bataille.
Il suppose peut-être aussi une certaine égalité intelligente,
faite d'équivalence plus que de nivellement, interdisant tout
pouvoir d'ingérence mutuel potentiel. De plus, par sa nature même,
il nécessite un minimum d'accord, d'entente et d'équilibre entre
les puissances qu'il symbolise : une guerre civile ou de
civilisation entre celles-ci n'est pas plus plausible ni réaliste
que la supposée lutte pour la survie dominant toute
nature ou d'une nature dominante réputée impitoyable.
Les rapports polythéistes semblent plus de friction superficielles
de voisinage, un peu rugueuses, que de guerre ouverte et
déclarée, comme dans certaines mythologies un peu trop
élaborées pour être vraies. Il est rare qu'un règne animal en
supprime un autre de par sa seule expansion d'existence totalisante,
sauf pour l'humain fanatisé par sa propre image caricaturée.
Peut-être le polythéisme est-il comme un populisme négatif quand
il joue sur un trop-plein de misère écrasante, retournant ses
vertus contre lui-même dans un cadre faussé et renversé par un
monothéisme d'oppression, retourné en mal dans son besoin vital
d'expression et de libération, un peu comme Hitler voyait la
"liberté" du 3ème Saint Empire Germanique Noir.
Il en est assurément de même pour le monothéisme de système
quand il invoque la menace potentielle de sa négation théorique par
l'existence même, sacrilège, de ce qui diffère absolument de
lui et fabrique une indifférence criminelle, criminogène
homologuée et cataloguée comme les anciens grimoires sur le Diable.
Dans les deux cas, les imaginations
seules sont malades, non les saines vérités qui fondent les
bonnes intelligences réciproques,
qui semblent plus fonctionner comme une respiration culturelle de
l'évolution humaine autant que de nature, qui la nourrit en et à
son sein.
On peut s'autoriser à penser que le monothéisme a créé la science
moderne, comme toutes les autres "valeurs", du reste – même
l'athéisme ou le matérialisme, par exemple. Le dualisme, qui
nous vient de loin, du Moyen-Orient sans doute, semble bien être,
oui, l'une des pierres
angulaires d'une morale guerrière ou exterminatrice,
comme source des rapports de barbarie les plus violents dictés
entre ces deux pôles, unique et divers, empirique et universel.
Il semble évident qu'à un moment, l'impérialisme culturel
monothéiste établi ait construit « le bien » comme une
sorte d'armée de principes sur-entraînée par des théologiens
choisis, placés sous contrainte d'un résultat proclamé à l'avance
comme victoire totale et exterminatrice de l'un sur l'Autre. Cet
« Autre », peuple premier ou nature première,
considéré comme responsable – comme limite naturelle à abattre –
de tout échec de domination pure, ou comme obstacle premier à son
établissement définitif comme Cité réelle-spirituelle de Dieu.
Comme une faille dans la muraille, fissurant l'esprit fanatique unique.
L'histoire de séparations est celle des trahisons éternelles
dans le combat pour le pouvoir – d'abord culturel – permettant de
vouer un culte au moi de sa propre puissance humaine
restreinte-totalitaire et de bétonner psychologiquement ainsi
l'illusion pseudo-créatrice d'un empire temporaire. Après le
Moi, le Déluge.
Ainsi, le Diable, le diabolo, le diviseur apparaît-il comme
la faille impossible et impensable dans le
système : comment le mal est-il-Dieu-pensable ?
La vraie
question étant pourtant de savoir si la religion est aussi une
morale, et si cette religion dite révélée, dans le cas du
monothéisme, est le produit d'une technique de construction
politico-philosophique masquée, ou l'expression de forces naturelles
universelles dans leur formes morale, rituelles ou extatiques, et
philosophiques dérivées.
L'Autre, comme cette faille impossible, comme l'inévitable
faillite à venir, reculée aux éternités d'un système qui ne
fait que s'éterniser, usant et abusant, comme tout pouvoir, de
tout bois.
A cette dernière question, les Peuples Premiers ont répondu, depuis
le début de leur culture éternelle, le plus simplement du monde, et
sont, pour cela, accusés de simplisme primaire et obscur,
contre-productif, rétrograde et subversif. Comme un danger :
pour que la guerre continue, il ne doit pas y avoir de réponse :
le doute permet tout, la certitude limite le pouvoir de ce tout, autant que, dans un autre sens, elle l'ouvre.
Mais, surtout, le Premier valide en quelque sorte, de façon
non-interventionniste et raisonnée, au fond, la réalité de la
coexistence de forces extérieures à l'humain, « naturelles »,
surpuissantes, face auxquelles ils s'incline, dans un sens, mais
sans pour autant avoir la prétention pathologique de le
penser ou de le réformer, ou même de l'acheter,
à bon compte et bénéfice indu, par des pratiques spéculatives de
dévotion particulière, extrémistes ou démesurées,
déraisonnables, irréalistes, utopiques ou fantasmatiques, machiavéliques.
Avec ce paradoxe, pourtant incroyable, qui fait que les pratiques
primaires et archaïques paraissent trop passionnelles et
physiques. Transe incontrôlable, transports déraisonnables aux yeux
des civilisés de système à pensée religieuse rationnelle
unique. A tel point que les Premiers apparaissent d'abord aux
yeux occidentaux comme des animaux sous-humains, puis comme des
créatures diaboliques, à séparer du reste évolué de
l'humanité et convertir de force par le fer ou le feu,
sous haut risque de contagion instinctuelle et de dérèglement
mécanique des âmes « bonnes » d'un système monothéiste
conquérant. Matériel humain à araser et utiliser comme on rase et
débite la forêt primaire.
Au bout du bout de cette déforestation, de ce déracinement de
l'Humain Premier, n'en n'est-on pas arrivé à scier la branche sur
laquelle nous étions assis ? Ne connaissant plus qu'un humain
industriel, aux défenses et à l'intelligence naturelles
anéanties face à un moi aliéné et un monde « environnant »
dénaturé, dans univers à la K. Dick, où le simulacre règne
et extermine l'originel et l'original comme une sorte d'ennemi de
classe systémique ? L'armée des Mécas, si on inverse un
peu la vision du film « E.I ».
Où est la barbarie aujourd'hui, comme hier ? N'a t-elle pas
toujours commencé dans la façon, justifiée
par Dieu ou la Science (on en connaît des nazies, plus
triomphantes que jamais), dont on traite nature et animaux ?
Façon que les barbares Amérindiens ne comprirent jamais et tenaient
tout logiquement, mais expérimentalement, pour cause d'un
suicide civilisationnel planétaire programmé ?
Quelle est cette façon d'être, devrions-nous répéter
après eux, pour essayer de répondre à leur avertissements précis,
assurés avec un minimum de vérité et de conscience universelle
première ?
Mais nous ne le ferons pas avant d'avoir sombré plus bas
encore : que tout aille plus mal encore, si c'est possible. Nous
ne sommes pas allés assez loin pour voir et admettre que
« tout est bien dans le meilleur des mondes », que toute
critique constructive n'est qu'une répréhensible tentative de
démoralisation de l'Armée des Clones et doit être sévèrement
« découragée », pour employer une formule paramilitaire
bien lissée.
Pourquoi certaines civilisations sont-elles devenues mortelles, alors
que d'autres demeurent immortelles ? On ne construit pas une
culture sur la guerre, le pillage ou la copie. Ni sur la lâcheté ni
sur la violence.
On ne construit pas une civilisation contre-nature, contre une
autre, comme un monothéisme armé. Parce qu'une civilisation
vraie, fut-elle des plus primaires ou sommaires, apporte des
réponses vraies à la vraie condition humaine, en haut comme en
bas, dans toutes ses dimensions polythéistes, en accord avec celles
du vivant visible et invisible. Elle n'est donc exemplaire que dans
la mesure exaltante où elle tire l'humanité vers le haut à
partir du bas sans les séparer, en les unifiant un seul
mouvement dans toutes les directions vers le passage de
lumière d'une autre vie : la mort comme fin en soi est un
épouvantail clérical pourri pour esclaves et tyrans abêtis.
Qu'est-ce que le doute destructeur vis à vis des lois
naturelles, sinon celui du mensonge et de la corruption, emmurés
dans leur décadence et perversion. Dans l'offensive absurde et
cruelle, larvée et molle, sournoise, d'une obsessionnelle et
victimaire offense "défensive" à la vie et ses valeurs, face à
une loi naturelle limitant et relativisant leur si pitoyable et
éphémère exception agonisante ? Le fait de ceux,
légion aujourd'hui, que Frédéric, dans son meilleur, nommaient des
contempteurs de la vie.
Que vaut ce crachat scientifique de masse ? Où est sa prétendue
puissance ? On ne rentre ni dans la vie ni dans la mort en les
méprisant, là est, peut-être, la première leçon des Premiers.
Mais nous ne l'entendrons pas : nous avons toujours préféré
celle du mal, celle qui fait si mal de "faire" le bien, qu'il
faudra donc épuiser scientifiquement. Les nazis, nos
« frères spirituels » de sang ont initié le
mouvement final de la solution.