dimanche 2 août 2026

AMOUR RÉVOLUTION

 

 

On ne devrait voir les gens qu’on aime, pour préserver ce précieux, que dans l’état second qui va avec cet amour.

Une révolution au quotidien et du quotidien, si utopique, mais si belle, seule digne de ce nom, consiste à intégrer sans violence les réalités de l’amour dans l’économie et son organisation. 

Faisant que ces deux aspects de la vie humaine s’harmonisent pour le moins pire, dans une foi qui soit la plus grande unité de vie possible.

Cette Renaissance, hélas, ne viendra qu’après le Déluge, comme le savaient au cœur  ces anciens qui firent 14-18 comme un devoir si horrible qu’ils n’en revinrent jamais vraiment.

Mais qui en est revenu ? En attendant cette Apocalypse, l’Amour ne peut être qu’une délinquance et une haute trahison, quand ce n’est pas un crime. Assumé en tant que tel. Pas de vie possible cette courtoisie inconditionnelle au sens strict.


Une civilisation seulement guerrière ou exclusivement de la puissance est la plus haute expression de la barbarie radicale, telle qu’on l’a connue et la connaîtra encore.

Capitalismes, communismes d’État, fascismes, empires, catholicismes et autres religions du dogme, chacun dans leur positions respectives, ne sont que des matrices de mort mutualisées pour le pire des mondes, du non-amour, de la haine et de la destruction du monde. 

Ce monde que « l’amour meut »... (Goethe).




lundi 25 mai 2026

DEUX CHIENS

 

 

Deux chiens jouent

Au combat

D’apprentissage


Deux mois et demi intrépides

Face à Mère Louve d’adoption

Deux races un esprit


Danse traditionnelle

Des ruts

Et combats


Orient rituel du vivant,

Figure l'éternelle

Chorégraphie des formes


Mère nature,

Fais l’art de la vie

Calligraphie ta tendre brutalité

 

D'infinies arabesques déliées

dimanche 24 mai 2026

PREMIER MATIN DU MONDE

 

 

Premier matin du monde

Vallée de peau tremblante

Tes jambes immenses, fumée cachée

Par une brume enrobée immobile

De douleur bleue


Premier matin d’été pentu

Deuxième été de toi-même

Éternité Lumière

Des années perdues

Ta peine,là


Noces folles du ciel et de la terre

Grand oui solaire

Chaud baiser polaire


Tes seins, larmes de chair

Dans le désert vert coulant

L’amour fou des larmes

Fontaine secrète au milieu

Du sang nocturne répandu

Je savais, je sais, j’ai su


Entre vie et mort d’âme

Rendez-vous d’été rêvé

Où rendre armes et larmes


Sur lit de mousse confortable

Dormir enfin sans fin sa mort

Sans cette épée de Damoclès

dans l’aine bleuie


Au pied du mur, sans honte, bue

l’Arbre Maudit libéré

Sanctifié, bénédiction verticale

Et transversale en toi

Tu sais


Seul mât de vie restante

Aimée en forêt vierge napalmée

Premier matin d’été montant

Sur les calcinations sociales


Loin des Golgotha

La Croix Celtique en son granit

De vieux cadran solaire

Défie les temps nouveaux

Des mêmes hégéliens malades


Ses menhirs sauvages dispersés

Brisés sur ta lande lunaire

Prenant leur temps perdu d’avance

Broutent notre paix cachée


lundi 20 avril 2026

UN MONDE UNI PAR LA DÉSUNION

 

 

Ce monde unifié désuni par la violence, depuis le début, ne connaît et reconnaît, malgré ses ruses de guerre et de paix, que la loi de la loi de la force technique, du mensonge et de sa plus maléfique fleur, la trahison la plus haute possible. Un monde uni de force par la désunion.

Malgré ses ruses religieuses et monnayables, il n’a jamais accepté autre choses, ce monde, dans ses dominations nues, que le Droit surarmé, dit légitime, de la violence psychologique et physique pur et simple, maquillé en contrat social de statut quo.

N’a jamais rien voulu, connu, imaginé et cru d’autre, et c’est pourquoi il est tel qu’il est, un monde qui ne marche pas, détruit et effondre tout, jusqu’à la Nature et la Terre Nourricière.


C’est que la force est la seule force réelle. C’est si évident que plus personne n’ose plus le nier encore. La seule question est la déformation de la force par la violence, sa perversion par la trahison.


À part le Christ et Gandhi, en gros, personne n’a jamais su ou voulu utiliser la force naturelle de la conviction et du sens commun orwellien. De la liberté et de la fraternité façon non-violente. Sans chercher à l’intégrer dans un cadre réprimant ce qui n’était pas elle, cette vraie force. 

Au lieu de combattre à mains nues cet ennemi, chaque fois qu’il le fallait. Sans souci sécurisant d’un système, sans obsession de construire un ordre qui finirait par la trahir, cette force naturelle, au nom d’un morale métaphysique. Terrorisée par la fin du pouvoir volé par cet ordre. La terreur engendre la terreur.


Qui pour y croire à cette force, dont on dit qu’elle n’existe pas, ne peut pas exister dans un monde de violence pure ? Non pas une foi aveugle, mais une foi claire, vérifiable au quotidien vécu, de proche en proche. L’amitié, comme l’amour sont trop à vendre. Pour quels lamentables résultats ?


Faire la guerre à la guerre, c’est la sanctifier. Désobéir est encore subir et valider. Aucune autorité humaine n’a de valeur face aux forces de la vie. Elle n’est pas d’abord incompétente, l'autorité pour l'autorité, elle est sans rapport avec la force des son unité centrale, trahison dans son principe même. On ne dirige pas la vie, c’est ce qui fait ce qu’elle est, comme tout le monde le sait si bien.

On la respecte et en la respectant, on la vit pleinement, heureusement. Son non-respect est une limite qui ne pardonne pas. Nul besoin de double sanction par la voie d’une institution médiatrice entre ce qui fait guerre à la vie et ce qui la défend. 

L’argent trouve là son échec le plus cuisant, comme en enfer matériel absurde. Comment envier cette impitoyable cage que la misère mystifie aveuglément ? "Je n'aurais jamais dû quitter mon arbre" chantait Brassens. 

Mieux vaut une violence naturelle intégrée et canalisée qu’une violence collective organisée dans des buts opposés à ceux de la vie. Prétendant la domestiquer, qui la dénature et retourne contre elle-même.

La violence collective, sous couvert d'intelligence, est l’un des aspects les plus destructeurs et absurdes du sacré. Les lois des progressistes prétendant toujours plus en débarrasser la nature humaine, par la force de… la loi. La vie a t-elle besoin, en soi, de progresser ou la misère qu'on lui fait, de diminuer ?

La nature, humaine ou pas, commet d’infimes erreurs, elle ne fait pas de fautes, sauf à être dévoyée, niée ou pire, asservie, humiliée. Ce qui a toujours été la méthode des pouvoirs arbitraires, légaux ou pas.


La seule force qui vaille en ce monde est celle de la foi en la vie. Pas de la foi seule. En la vie. Ensembles, pas désunies.

De la vraie vie, sans filtre ni médiation, ni béquille ni violence légale ou barbare. Le nombre ne fait pas la raison. Il partage la raison naturelle, à partir du moment où il sait la reconnaître et respecter. 

À partir du même niveau élémentaire que celui du monde animal, dans lequel l’humain reste immergé jusque dans ses plus belles élévations.


Croire pouvoir mépriser ce niveau est la plus haute trahison possible et impossible. La racine du mal absolu sur lequel est bâti l’Occident, impérial surtout.


Sans respect absolu de cette base, savoir, connaissance, foi et spiritualité science et technique demeurent, derrière leurs façades, des infirmités plus meurtrières que les aveuglements de l’ignorance, de la peur et de l’obscurantisme des temps anciens de nos cycles. "Science sans conscience", disait le grand Montaigne...

Respect absolu n’est pas dire dogme, au contraire. Respect veut dire se retenir, au sens donné par Camus à ce mot, devant ce qu’on ne comprend pas. Qui, par son existence et activité même, apporte et fait un bien immédiat, vital, basique. sans mal à terme.

Ainsi est la vraie vie, si facile à éprouver dans cette dimension humaine de base sans laquelle son sens immanent, comme sa crédibilité même, est perdu, neutralisé, invalidé et comme annulé.


Un monde basé sur une trahison primordiale ne peut aller qu’à une trahison finale, par tous les moyens et chemins. C’est un monde sans issue. Aucune vie consacrée ou sacrifiée, aucun travail, aucune action, aucun espoir, aucune foi n’y changeront rien. C’est un monde avorté avant que d’être un échec. Des chances nulles ne permettent pas de parler d’échec. Elle vont du nul au nul.


Un monde unifié par ses désunions est une farce, tragique caricature, une imposture impardonnable. Là est la première bêtise humaine, venue d'en haut. Nous en sommes tous responsables, de près ou de loin. 

Suffit de se regarder vivre et souffrir de tant de simagrées et de psychiatrie pour le reconnaître. Ce qu’on fait, mais seulement pour être plus sadiques. Le prétexte est si beau, si tentant, si gratuit, si désespérément offert. Jouir du mal, le vieux lien au sacré noir. Jamais encore défait. Où sont les victoires, les progrès ?

 

samedi 18 avril 2026

LA JOIE SAUVAGE (C’EST AINSI)





As-tu jamais vu les cercles magiques
& Frénétiques du rut des lièvres 
Au crépuscule
Une civilisation disparue..?

As-tu jamais vu la joie
Sauvage des vaches 
Dansant à l’entrée 
Du champ ouvert tout vert
Au printemps ?

As-tu jamais vu
La paix d’un couchant presque printanier
Dentelle de feuilles en bourgeons constellant
D’ombre ciselée le pastel cosmique bleu rose Oranger,
Le clair & l’obscur ?

Qu’importe
La guerre éternelle déchirant le monde
Qu’importe la Destruction
Il faudra bien qu’il meure
Ce monde-là
Pour renaître
Comme chaque brin d’herbe
Whitmanienne

Têtu
& fermé au Mal 
Comme un animal piégé
C’est ainsi, dit R.
Dans sa raison paysanne
Rimbaldienne

 




mardi 14 avril 2026

WAR IS BACK, MAMA

 

La guerre est de retour. Disparaît-elle jamais ? Son éloignement le fait croire, ses actes par procuration, déchargent des responsabilités réelles, aveuglent la lucidité.


L’Occident est un marchand d’armes. La guerre est au cœur de son économie et de la philosophie « morale » qui la protège. Sa civilisation est guerrière et conquérante parce que supérieure par principe. Cette coalition des « meilleurs », son Droit est établi sur des fins de guerre toujours provisoires, nommées « paix ».

Droit contractuel, dont son système-machine est si fier, ultime credo du désespoir, de la duplicité et du nihilisme. Juste un cessez-le feu, ce Droit mouvant, pour quelques générations régulièrement bluffées, et remotivées.

Temps de reprendre des forces avant de recommencer les guerres sans fin nécessaires à sa survie et domination économique.

Le doux commerce de la « paix » est une vertu à dormir debout. Leurre et opium d’une continuation sournoise de la guerre par d’autres moyens. Revanche froide des vaincus, quand les rois du monde tombent du haut de leur leurs républiques impériales.


Pègre et assassins, bandits et truands, hors-la loi et gangsters, mafias et politiciens, milieux des affaires et grands leaders d’opinion, fascistes et terroristes ont, hélas, raison. Eux seuls sont cyniquement assez lucides pour voir clair sur la nature réelle du monde que l’humain a construit pour lui tout seul.


Leur intelligence brute et intuitive du système gouvernant le monde est, hélas, exacte, maniaque.

Pas besoin d’être complotiste pour le comprendre et constater amèrement. Dans un sentiment proche de la trahison absolue. Mécanique fatale de tout système prétendant prendre en charge la vie de chacun et de tous pour le meilleur des mondes possible. Qui dit l’impossible paix naturelle ?


Comment s’étonner que ceux-ci, ces dieux du monde moderne, cette crème noire d’une humanité réduite à son « réel », celle qui réussit par tous les moyens, deviennent l’idéal-type humain le plus célébré, respecté, honoré et imaginé pour une « perfection » ultime aménagée du mal radical ?


La barbare saga nazie avait ouvert un bal des vampires inédit, dont la « fête » abjecte inspire toujours le monde « développé » par la cruauté raffinée de sa folie « supérieure ».


Les plus grands criminels sont toujours les enfants les plus pervers des plus abjectes guerres. Dont l’automatisation du meurtre industriel de masse ouvre en grand les portes aux plus beaux « progrès » technologiques dans leurs applications civiles. À commencer par l’ingénierie de l’humain d’élevage industriel urbain, depuis sa plus haute antiquité impériale, égyptienne, par exemple, en Occident. La pyramidale.


Gandhi disait que le mensonge est la racine de la violence. Il engendre le vol, l’esclavage, le meurtre et le crime, les massacres et les guerres, et les couvre partout.

Il se trouve que le mensonge est particulièrement compatible avec le Droit. Idole modernisée issue des antiques impositions mentales, le Droit et ses pathologiques labyrinthes intellectuels-sentimentaux. Pourquoi ?


Parce que le dogme de toute pseudo-religion, surtout civile, quelque soit sa forme négatrice, va de pair depuis toujours, avec la violence collective officielle la plus nue et « sacrée ».

À partir d’une perfectibilité sacrificielle particulièrement barbare et diabolique envers la nature humaine et non humaine. Toute destruction visant directement ou indirectement cette nature cosmique impondérable.


Le Droit, devenu international, pour finir sa course décérébrée et désincarnée ; jeu de dupes sur les bons sentiments de façade rationnelle, « morale »-sociale de la peur, de la haine et de la soit-disant sécurité collective.

Celui du citoyen ou Droit prétendument humain, proclamé unilatéralement par des philosophes fous. Appliqué jusqu’aux animaux (comme avant, les procès) momentanément, à l’univers entier. Dans un ridicule et imaginaire rapport de force d’imposition et d’interposition juridique-commerciale de pure superstition. Le nouvel obscurantisme du Droit vaut celui, pathologique, des religions, tant critiquée par le Droit révolté.


Le rapport de force est la racine de la guerre du Droit. La violence ne met pas en rapport deux ordres naturels différents (ou plus) de vie. L’ordre violent du Droit est sériel-industriel, c’est un ordre machinique de dispositions automatiques.


Le rapport de force reproduit mécaniquement à l’infini l’image hégélienne du même et unique, authentique et reconnu, figé dans sa forme morte, neutralisée, normalisée et bureaucratisée. C’est une pensée qui marche au pas de l’oie et construit des camps dans la tête des gens d’abord.


Cette image du même hégélien nie la possibilité même d’ordres différents parce qu’il nie celle du même humain. Il n’y a que des monothéismes de la force, des monopoles de la soumission et du sacrifice.

Des polygamies psychologiquement illégitimes avant leur servile illégalité même. Sans alternative aucune au monde naturel. Excepté un ordre animal ghettoïsé, primitif, mis en apartheid, réputé et rendu responsable, par contagion mystérieuse, de tous les maux et désordres humains. On en est là depuis 2000 ans, sauf les Celtes, exterminés pour cette raison même.

La nature sans ordre humain est pour la civilisation des coalisés de la domination universelle, un désaxement du monde. Le leur...

Dégénérescence que les nazis héritiers, malgré leur écologisme d’opérette, comptaient bien corriger définitivement, scientifiquement. Par un socialisme inédit et radical, finalement toujours en cours d’expérimentation par d’autres moyens, économiques et d’autres méthodes sociologiques.


L’ordre noir de la violence instituée est une castration de l’imagination créatrice d’abord dans la tête de l’enfance du peuple. Hugo dirait-il le contraire ?


La violence ne répare pas la violence, ne produit aucun droit, sinon celui la peur de la force. La force n’est pas un droit : c’est une négation, une destruction de ce qui est naturellement légitime et moral, pour construire un ordre exclusivement perfectionniste humain (post-humain, en fait).


Aucun Droit, aucune religion, s’ils les déclenchent toujours, n’ont jamais arrêté une seule guerre. Seule la morale sociale naturelle le peut, la morale populaire, humaniste, pratique et affective, celle de ceux qui meurent et se sacrifient, le veulent bien et ne le veulent pas ou plus.


La violence défensive est un échec momentané, une énergie du désespoir, un suicide collectif et personnel partiel. Échec momentané, mais total, lui. Absolu, irréversible (d’où sa sacralisation récupératrice), comme l’est la violence exercée cruellement sur un animal paisible.


La vraie vie n’est réparable que dans la non-violence christique et tout ce qui lui ressemble sur n'importe quel plan, spirituel ou naturel.

Non-violence non assimilable à un sacrifice, mais au plus haut défi imaginable et opposable. Nuance de taille.


La tentative aliénée de se passer du Christ en Occident, de sacrifier sa morale humaniste et de sa vision de la nature. Pour l’opposer négativement à la barbarie « productive » des paganismes noirs les plus abjects. Au lieu d’en harmoniser leur plus humains (blancs) côtés avec ceux du Christ, aura abouti au grand suicide guerrier collectif pur et simple. Au grand bûcher sacrificiel noir, disait à peu près Bernanos.

Destruction méthodique et longue de la nature pour une hypothétique vie de laboratoire martien. Seul confort d’un grand cerveau collectif en bocal. Matrix contre ta matrice.


War is back, Mama.

 

jeudi 26 mars 2026

BILL MEMORIAM

 

 

Bill,

Une sorte de bâtard t'étais,

Un sale prolo canin

Échappé du bagne

Sales manières

Sale petit mâle

Aimant tellement les caresses

Abandonné sur le dos,

Rêvant d’une autre vie,

De tendresses


Pas mal de Fox, un Terrier c’est sûr,

Se roulant dans les flaques de boue

Un salopard de chasseur sournois,

Intrépide et cruel

Lapins et sangliers,

Race intraitable,

Fabriquée par la main de l’homme

Pour tuer salement en meute

Comment t’en vouloir ?


Jamais tranquille,

Fugueur fou et imprévisible,

Irrécupérable

Pris et ramené plusieurs fois

À la SPA, l’isolement puant, immonde,

Cas social canin,

Tendre au fond

De sa violence

Assoiffé de tendresse,

Un désespéré


Tu aurais pu être un autre,

Comme Rimbaud

Celui qu’on a aimé quand même,

On aimait ta folie absolue,

Ton instinct irrationnel, stupide

Fugueur, moi, courant entre les voitures

Au milieu du boulevard pour te rattraper !

Ton individualisme absurde

Face au collectivisme barbare

Faisait rire jaune


Tu cachais bien ton jeu, oui,

Tes sentiments cassés de chiot tombé du nid

Chien de la rue

Fouillant toutes les poubelles,

Cherchant les charognes

Faisant ses coups en douce,

Par derrière

Chiant partout


Sale, pisseur partout et salopard,

Peste domestique irrécupérable,

Jaloux comme un pou,

Séducteur de maîtresses inconnues

Sauf à la fin,

T’étais un peu amendé


Rééduqué par ta copine la louve


Tant de ballades pour te ramener

À un peu de nature apaisée,

La Nature, ta mère perdue

Te faire oublier l’enfer du camp,

Le canapé, t'adorais

T’avait aidé aussi à oublier aussi,

Crachant pas sur un confort

Pas volé


Les coups de collier tu les donnais

Dans tous les sens,

Te foutant de tout,

Partant dans toutes les directions,

Caractériel, impossible,

Mécanique folle, monté sur ressorts

Boule de nerfs explosive, imprévisible,

Énergie extraordinaire,

Départs arrêtés de folie

Si on t’avait pas à l’œil


Vieillissant t’avais fini par te faire

À la laisse, impossible de te lâcher,

« Un gentil toutou, le chien de Tintin ! »

Disaient ceux qui ne connaissaient pas

L’infernal petit fauve

Caché dans ton poil blanc, noir et fauve

Lionnesque miniature 

Fonçant sur plus faible que toi

De préférence

Salopard ! 


Compagnon de toutes ces années

Belles et moins belles,

De la sortie du tunnel

On t’aura aimé pour ce que t’étais

Un déshérité, un abandonné,

Traumatisé muet, autiste, à vie

Au courage de vivre et résister extraordinaire

On t’a aimé aussi pour ce qu’on voyait

Que t’aurais pu être

Dans une autre vie



Que l’incommensurable bêtise humaine avait piétiné,

Faisant de toi une solitude de douleur muette

Rebelle-né à tout, enragée sans raison apparente

Toujours sur tes gardes,

Même à la maison,

T'oubliais jamais ton passé

Ne donnant ta confiance que sous condition

Même après des années,

Délinquant d’une liberté sans issue

La plus folle, désordonnée et nuisible

Sans beaucoup d’intelligence,

Mais tant d’instinct pur et dur

Que ça t’avait aidé

À supporter l’insupportable


Qu’on renonçait à te juger,

Qu’on pouvait que comprendre

Sans comprendre,

Tu nous a toujours dépassé,

Jusqu’à la fin,

Mourir au printemps


Phénomène de vie contre tout,

Contre elle-même, hélas

Tension absolue, farouche,

Intraitable

Preuve vivante d’une résistance

Absolue possible et nécessaire,

Pure force de vie, sans tête, mais queue

Suicidaire et exemplaire,

Invincible et inoubliable

Compagnon de route et de misère,


Repose en paix, frère canin,

T’auras pas connu les filles,

La divinité femelle qui soigne

Les maux des mâles enragés,

Juste la tendresse de ta compagne,

Ta grande sœur louve

Castré de la vie,

T’auras jamais connu

La vraie liberté


Tellement de souffrance

Pour notre honte collective,

Adieu Petit Bonhomme,

On t’oubliera jamais,

Tu restes chez nous, sous nos yeux

Sous des pierres du Perroux

Ton tombeau brut comme toi

Arrimé

Au navire de pierre

Flottant sur les terres d’ici


Le dieu jaloux de la Mort veille sur toi, désormais

Tu nous attend dans un temps perdu, infini

Toi, chien perdu retrouvé

De notre famille sauvage,

Compagnon

De nos chiennes de vies volées

Ô dieux, mieux vaut être démuni de tout

Et connaître l’amour


Je voulais courir avant de marcher

Tu courais encore en tombant,

À la fin de ton temps

Quand l'AVC 

T'a court-circuité

Et que tu tenais plus debout,

Résistant encore 

 

Tu aura été,

Pour certaines choses,

Un exemple

Sans mots

Une flèche brisée

Sur le béton 


Adieu Bill,

Adieu Petit,

Grand Petit,

Dors bien.


Dors en paix,

Finies les souffrances 

La folie absurde du monde humain,

Ta rage et ta peine 

 

À bientôt,

Tu tourneras plus en rond

Sans fin

Sans fin

Sans fin

Comme un Derviche fou 

Dans ta cage de vie.

 

Libre maintenant, endormi

Dans le ventre de ta mère éternelle,

Apaisé enfin en elle-même

En Elle...