Bill,
Une
sorte de bâtard t'étais,
Un
sale prolo canin
Échappé
du bagne
Sales manières
Sale
petit mâle
Aimant
tellement les caresses
Abandonné
sur le dos,
Rêvant
d’une autre vie,
De
tendresses
Pas
mal de Fox, un Terrier c’est sûr,
Se
roulant dans les flaques de boue
Un
salopard de chasseur sournois,
Intrépide
et cruel
Lapins
et sangliers,
Race intraitable,
Fabriquée
par la main de l’homme
Pour
tuer salement en meute
Comment
t’en vouloir ?
Jamais
tranquille,
Fugueur
fou et imprévisible,
Irrécupérable
Pris
et ramené plusieurs fois
À
la SPA, l’isolement puant, immonde,
Cas social canin,
Tendre
au fond
De
sa violence
Assoiffé
de tendresse,
Un
désespéré
Tu
aurais pu être un autre,
Comme
Rimbaud
Celui
qu’on a aimé quand même,
On
aimait ta folie absolue,
Ton
instinct irrationnel, stupide
Fugueur,
moi, courant entre les voitures
Au
milieu du boulevard pour te rattraper !
Ton
individualisme absurde
Face
au collectivisme barbare
Faisait
rire jaune
Tu
cachais bien ton jeu, oui,
Tes
sentiments cassés de chiot tombé du nid
Chien
de la rue
Fouillant
toutes les poubelles,
Cherchant
les charognes
Faisant
ses coups en douce,
Par
derrière
Chiant
partout
Sale,
pisseur partout et salopard,
Peste
domestique irrécupérable,
Jaloux
comme un pou,
Séducteur
de maîtresses inconnues
Sauf
à la fin,
T’étais un peu amendé
Rééduqué
par ta copine la louve
Tant
de ballades pour te ramener
À
un peu de nature apaisée,
La
Nature, ta mère perdue
Te
faire oublier l’enfer du camp,
Le
canapé, t'adorais
T’avait aidé aussi à oublier aussi,
Crachant pas sur un confort
Pas
volé
Les
coups de collier tu les donnais
Dans
tous les sens,
Te
foutant de tout,
Partant
dans toutes les directions,
Caractériel,
impossible,
Mécanique
folle, monté sur ressorts
Boule
de nerfs explosive, imprévisible,
Énergie extraordinaire,
Départs
arrêtés de folie
Si
on t’avait pas à l’œil
Vieillissant
t’avais fini par te faire
À
la laisse, impossible de te lâcher,
« Un
gentil toutou, le chien de Tintin ! »
Disaient
ceux qui ne connaissaient pas
L’infernal
petit fauve
Caché
dans ton poil blanc, noir et fauve
Lionnesque miniature
Fonçant
sur plus faible que toi
De
préférence
Salopard !
Compagnon
de toutes ces années
Belles
et moins belles,
De
la sortie du tunnel
On
t’aura aimé pour ce que t’étais
Un
déshérité, un abandonné,
Traumatisé
muet, autiste, à vie
Au
courage de vivre et résister extraordinaire
On
t’a aimé aussi pour ce qu’on voyait
Que
t’aurais pu être
Dans
une autre vie
Que
l’incommensurable bêtise humaine avait piétiné,
Faisant
de toi une solitude de douleur muette
Rebelle-né à tout, enragée sans raison apparente
Toujours
sur tes gardes,
Même
à la maison,
T'oubliais jamais ton passé
Ne
donnant ta confiance que sous condition
Même
après des années,
Délinquant d’une liberté sans issue
La
plus folle, désordonnée et nuisible
Sans
beaucoup d’intelligence,
Mais
tant d’instinct pur et dur
Que
ça t’avait aidé
À
supporter l’insupportable
Qu’on
renonçait à te juger,
Qu’on pouvait que comprendre
Sans
comprendre,
Tu
nous a toujours dépassé,
Jusqu’à
la fin,
Mourir
au printemps
Phénomène
de vie contre tout,
Contre
elle-même, hélas
Tension
absolue, farouche,
Intraitable
Preuve
vivante d’une résistance
Absolue
possible et nécessaire,
Pure force de vie, sans tête, mais queue
Suicidaire
et exemplaire,
Invincible
et inoubliable
Compagnon
de route et de misère,
Repose
en paix, frère canin,
T’auras
pas connu les filles,
La
divinité femelle qui soigne
Les
maux des mâles enragés,
Juste
la tendresse de ta compagne,
Ta
grande sœur louve
Castré
de la vie,
T’auras
jamais connu
La
vraie liberté
Tellement
de souffrance
Pour
notre honte collective,
Adieu
Petit Bonhomme,
On
t’oubliera jamais,
Tu
restes chez nous, sous nos yeux
Sous
des pierres du Perroux
Ton
tombeau brut comme toi
Arrimé
Au
navire de pierre
Flottant
sur les terres d’ici
Le
dieu jaloux de la Mort veille sur toi, désormais
Tu
nous attend dans un temps perdu, infini
Toi,
chien perdu retrouvé
De
notre famille sauvage,
Compagnon
De
nos chiennes de vies volées
Ô
dieux, mieux vaut être démuni de tout
Et
connaître l’amour
Je
voulais courir avant de marcher
Tu
courais encore en tombant,
À
la fin de ton temps
Quand l'AVC
T'a court-circuité
Et que tu tenais plus debout,
Résistant encore
Tu
aura été,
Pour
certaines choses,
Un
exemple
Sans
mots
Une
flèche brisée
Sur le béton
Adieu
Bill,
Adieu
Petit,
Grand
Petit,
Dors
bien.
Dors
en paix,
Finies les souffrances
La folie absurde du monde humain,
Ta rage et ta peine
À
bientôt,
Tu
tourneras plus en rond
Sans
fin
Sans
fin
Sans
fin
Comme un Derviche fou
Dans
ta cage de vie.
Libre maintenant, endormi
Dans
le ventre de ta mère éternelle,
Apaisé
enfin en elle-même
En Elle...