samedi 29 août 2026

LE FAUX COMMUN

 

 



Être éduqué n’est pas posséder un savoir diplômé. L’argent suffit à cela. Être éduqué c’est non pas savoir, mais connaître, partager l’humain et l’inhumain, voir le non-humain naturel et construit dans leur différence essentielle.

Cette connaissance dépasse toute technique, « fonctionne » dans une autre dimension que l’évaluation-simulation. Elle plonge ses racines sensibles dans le réel vécu, dans son ressenti non rationalisé, analysé, disséqué. C’est une connaissance mentale et spirituelle vivante, organique, viscérale, intérieure.


C’est cette connaissance unique et unifiante qui éduque, pas un système de valeurs, avec ses grilles et ses codes, fabriqué de toutes pièces par des techniciens orwelliens ou du Meilleur des mondes. Cette connaissance qui éduque est toute d’expérience partagée, transmise, protégée comme on protège un ou une enfant. La force de sa fragilité est évidente face au monde du mensonge et de la guerre éternels.


Cette éducation de la connaissance à la connaissance, est un enjeu pour ce monde tel qu’il est et pour ceux qui ne lui appartiennent pas. Pour ceux-là, l’apprentissage ne peut être que guidé par un chemin étroit avec un pont suspendu au dessus du vide, aux rampes de protection bien arrimées dans la réalité naturelle du monde. Celle que beaucoup de simulations cachent, défigurent, abandonnent.


Un apprentissage des fondamentaux n’est pas celui des savoirs. Les savoir-faire ne sont pas des savoir-penser juste. Le penser juste n’est pas une technique, c’est un art abrupt et difficile, où la maîtrise des sentiments et des sensation passe par une expérience équilibrée de l’aspect positif de chaque chose, de chaque relation. La présence d’un sens caché, oublié, nié, ignoré comme une sorte de superstition dangereuse, irrationnelle, archaïque, rétrograde, considéré, même, comme une dérive sectaire. Pourquoi se priver de cogner, là, sur des valeurs à terre ?


Sens qu’aucune machine ne contrôlera, ne (re)fabriquera, ne (re)produira jamais.


Et surtout, qui passe par l’expérience du sens réel, de ces choses et relations, qui n’est jamais acquis, capturé, contenu par une théorie, fut-elle parfaite, à l’image de ce que vend en magasin « la » Science, « la » religion, « la » Morale ou la Politique.


Pas d’éducation sans bonheur de vivre et d’aimer. Pas d’éducation sans sens de la liberté. Pas de liberté sans sens de la solidarité avec tout ce qui est humain. Pas d’humain sans sens de la solidarité avec tout ce qui vit et existe à l’état naturel et humain éduqué, développé dans ce sens.


L’éducation est le chemin de ces solidarités, l’apprentissage de son partage global avec le monde. Ni nationale ni internationale comme le commerce du même nom, ou telle organisation.


L’éducation est juste ce chemin autonome et responsable, vécu et parcouru, pas le doigt facile qui l’indique sans le parcourir avec qui le découvre. Chemin qu’aucune machine ne parcourra jamais en conscience, avec un coeur humain confronté aux limites abruptes de l’expérience. Qui pour croire encore qu’on peut le faire sans machine ?


La transmission, l’indication de ce chemin ne concernent pas l’éducation, elle ne concerne que ce chemin et la façon de le faire et refaire le temps de toute une vie. Ne concernent pas tant des techniques que des façon d’être et de voir, de se comporter et de penser. De parler, de travailler ou faire l’amour, ainsi que tout le relationnel du quotidien et de l’affrontement des limites.


L’éducation ne couche pas avec le pouvoir, ne le séduit pas, n’est pas séduite par lui. Son lit est fait par un spirituel qui dépasse les institutions reconnues ou établies, fixées, arrêtées. Un spirituel total, unifié.

Elle n’est pas un privilège, un titre, un statut, mais une responsabilité permanente, un service public personnel et humain, ni marchand ni bureaucratique ni dominant. Comme la maternité naturelle, ni judiciarisée ni moralisée.


L’éducation tire sa force et sa justesse de lois étrangères aux institutions humaines du pouvoir, sans pour autant relever d’une divinité supérieure. Sans ses lois cachées, celles de la vie, de la vraie vie, pas celle fabriquée, trafiquée, truquée, toute la psychiatrie du monde est impuissante face au maux sans fin de ce monde sous le coup de lois seulement humaines.


La raison de ce monde serait folle, comme elle l’est, dans un quotidien contrôlé par ses instruments les plus puissamment inadaptés. La force de la loi n’est rien, c’est ce qui a force de loi qui compte. Dont il est absolument faux de prétendre que sans ces instruments intéressés le monde s’effondre. Il ne s’effondre que là où ils s’effondrent de leur imposture et inadaptation mécanisée, imposées comme un rituel de magie noire, que la guerre de tous contre tous imprime dans les structures mentales, génération après génération.


Si le monde ne s’effondre pas totalement, c’est qu’il y a autre chose que ces instruments, justement, qui fait qu’il tient encore et quand même. Qui le tient et retient dans une certaine intégrité minimum.


L’éducation est cette alternative cachée qui sauve encore et toujours le monde. Cette obligation invisible, obligation au sens que lui a donné Simone Weil, très précisément.


Cette obligation est la base cachée de l’éducation vraie et efficiente, réelle et universellement reconnue par chaque peuple non fourvoyé, non dévoyé de son sens commun. Sens commun non séparé encore de celui des animaux et de l’ordre éternel du monde. Le sens commun de son sens. Non faux commun imposé du non-sens et de l’esclavage.



 

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