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dimanche 6 septembre 2015

MÉDITATIONS BERNANOSIENNES # 2 ICI ET AILLEURS, MAINTENANT ET TOUJOURS




Il y a plusieurs façons de rendre hommage à un grand homme, écrivain ou pas. La plus commune est assurément de parler de ses valeurs. Dans le cas de Bernanos, il est bien de vouloir établir, comme l'ont fait certains, « le lien essentiel qui réunit le romancier de la grâce et le polémiste anti-moderniste ».


Mais il est mieux encore de dire que le modernisme est une illusion technologique prétendant toucher au miracle et remplacer la grâce des pseudo « nostalgistes ». Entendons par nostalgie ici : le refus de renier ses valeurs et « le jugement de valeur » porté sur ce refus de vente.



Cela va encore mieux d'affirmer haut et fort que « l'ordre de justice et d'honneur » incarnant prétendument cette affreuse nostalgie n'a rien à voir avec le passé. Avec un passé temporellement dépassé, sur la ruine duquel le monde moderne se serait édifié. 
Ces valeurs, comme chacun sait, ne sont ni temporelles ni temporaires. Pas plus que celles de l'enfance d'ailleurs, qui font, chez cet écrivain, presque tout – au sens christique du terme autant qu'au sens purement humain.



La vérité pour laquelle Bernanos se battit de toutes ses forces et jusqu'à la fin est bien ailleurs qu'ici et maintenant, comme le voudraient certains récupérateurs bien intentionnés à sa gauche et au delà.  

Il faut réfuter l'affirmation gratuite selon laquelle il n'aurait pas combattu que sous l'angle de l'Eternité ou de la Philosophia Perennis qui la cadre sans l'encadrer. S'il « appela » un monde héroïque, ce fut d'abord celui des Saints. 
Non celui des sages satisfaits ou de parfaits autorisés, mais celui du combat spirituel, qui commence par soi-même, et que les révoltés autorisés ont toujours, pour mémoire du moi, oublié.



Dire qu'il ne se voulut qu'une sorte d'écrivain de cet ici et maintenant-là est un mensonge, une réécriture, une imposture intellectuelle et morale, une utopie temporelle criminelle à terme, qu'on essaye de faire endosser à son cadavre polémiste et à la troupe serrée de ses textes, dont la lecture même de quelques lignes prouvent toujours au  profane "éclairél'intransigeance éternelle immédiate qu'il avait chevillée au corps et à l'esprit, plutôt qu'on ne sait quelle romantique et impatiente nostalgie du moi.



Il n'y eu jamais une telle nostalgie chez ce géant spirituel « moderne » et encore moins d'impatience, mais le bouillonnement d'un sang, plus que d'un esprit « bouleversé » et submergé d'émotion du moi, à l'image médiatico-historique de son « époque ».

Ce n'est pas la vue des cadavres qui bouleversait Bernanos, même si ceux-ci pouvaient le faire vomir parfois : la Grande Guerre ou l'Espagne pseudo chrétienne fasciste dans leurs belles oeuvres ne remirent pas en question, comme chez presque tous, – sa foi – .



Ce chrétien de haut vol, n'ayant finalement pas grand-chose à voir avec la catholicité temporelle sentimentaliste établie et son ordre de fer millénaire, se référait plus à une Église invisible, d'abord celle des Saints. 
D'abord, enfin et surtout, comme il l'a écrit lui-même, très simplement, une fois pour toute, à l'Évangile, rien qu'à l'Évangile Suffisant.  

Ainsi, est-il clair et net qu'il ne se référa jamais plus à l'ailleurs et l'autrefois qu'à l'ici et maintenant, ni autrement que sur un plan symbolique, ce qui est bien facile à comprendre pour un humain authentique d'en bas comme d'en haut.



Et que c'est surtout sur ce plan-là qu'il importe vraiment de l'entendre, et non dans l'au-delà de son au deçà, en particulier pour ceux qui ne font qu'écouter la rumeur urbaine du moment historique dans sa triste petite éternité.
 

Comment rendre hommage mimiesque « Grand d'Espagne » quand on a jeté avec l'eau du baptême protestant le code qui permettait la téléportation spirituelle, comme on largue l'étage consommé et consumé d'une fusée « de lancement », vulgaire vaisseau périmé après injection de la dose nécessaire, véhicule politique pseudo bouddhiste des Frères de la Côte juste bon pour la casse, prime à l'appui ?  

Le Christianisme des Saints et de Héros ordinaires n'aurait été que ce moyen-là d'arriver à l'humaine extra-destination ?







samedi 18 avril 2015

CHRÉTIENS DES MONTAGNES # 1 DE NATURE







Ce christianisme-là était si naturel, si naturalisé que nous n'en étions pas conscients : c'était un christianisme de transmission orale, familial, spirituel, fraternel comme la jeunesse non corrompue, populaire et noble à la fois, pas une propagande, une caricature étayée par des livres dogmatiques, étrangers aux sensibilités innées et acquises, un fond de commerce aux prêches répandus par des sorciers en soutane sombre, même si quelques uns d'entre eux étaient visiblement des exceptions, et quelques autres, encore plus rares, des saints. Aux yeux de qui savait voir encore l'humain dans le divin.



Pas de croyance donc, mais un art, une raison – l'art d'une raison, la raison d'un art d'aimer, une joie franche, soumission enthousiaste et tranquille à ce qui, passant par le sens commun, le dépassait en le fondant, et aussi, une belle rébellion spontanée contre le mal, comme cette dernière guerre encore fumante – contre le fascisme ouvert et découvert, tellement on avait du mal à imaginer le mal ! Non seulement volontairement, mais encore par delà son malheur, comme si le bien était chose plus désirable que l'argent, jusque dans des détails aujourd'hui bizarrement réservés au Diable : l'amour était ordre sacré et volupté, jusque dans son anarchisme, pas encore un désordre sacralisé obligatoire.



Cette Ancienne Religion n'avait rien de logique, tout d'une liberté, et même d'une liberté populaire supérieure. C'était la culture naturelle de France et d'Europe, lumière sensible, innée, ouverte à tout et à tous – yeux grands ouverts sur la misère et le devoir imposé à celui qui n'est pas déchiré par ses griffes de fer, yeux ouverts à toutes les discussions, tellement elle éclairait bien, cette culture populaire, tellement on voyait et se sentait bien en elle. 

Dans cette main-là, on y voyait les lignes d'un destin commun, particulier et fier à la fois. Qui ne cherchait pas d'argument mais la confiance, tellement plus vraie, vivante, libre, éternelle. Des gaulois civilisés, métissés, libres dans la vertu de valeurs sûres, sans moralisme ni bigoterie.



La fraternité ni la charité, majoritairement, n'étaient encore devenues slogans commerciaux, mais principes pratiques de vie largement partagés, de l'enfance à la vieillesse : le mal était réservé aux dirigeants, aux chefs indignes, aux traîtres et aux malades mentaux, ce n'était pas encore un idéal baudelairien de masse répandu par l'instruction moderne, obligatoire et méprisant, corrompu, assoiffé et cruel, d'un mal plus cruel encore que celui des Frères Jésuites... 

Pas encore mondialisé, qui se cantonnait aux terribles ghettos coloniaux lointains et interdits, niés avec une si cynique conviction que ça le circonscrivait de fait, pas encore comme un bien nécessaire... mais comme une honte, comme une infamie. Ce qui excusait un peu ceux qui, s'ils avaient su, n'auraient jamais laissé faire...



On pouvait encore le combattre ouvertement, naturellement, librement, sa suprématie souterraine, sa corruption réduite n'avait pas encore gagné le monde des beaux esprits comme une réalité indépassable, Hitler n'avait pas eu le temps de refroidir dans les mémoires à vif. Les militants étaient inutiles, leur propagande, sur-pondérale. La fin de l'Histoire n'était pas encore une guerre déclarée ni aux vérités premières ni aux peuples premiers d'Europe.



La loi d'oubli productif n'avait pas encore opéré ses « innocentes et vitales » malfaisances, on ne pouvait encore rien ré-écrire des vies effacées, rasées de frais. Mort et souffrance héroïque d'un quotidien terrorisé, si récent, pas encore à vendre, à brader, à liquider. L'oubli, l'officiel, n'avait pas encore collectivisé, gelé les mémoires en rituel, désarmant légitimes indignations et révoltes.



Au milieu, aujourd'hui indifférent, retourné, sentimentalement aliéné, et même hostile, au nom même de ce « droit à la vie » pour lequel tant et tant acceptèrent la mort ; au milieu impitoyable d'une barbarie finalement si trépidante et permissive que la guerre, par certains côtés, libérée du peuple historique et de sa culture propre, naturelle, ressemble à cette paix hors de prix ivresse barbare s'il en est, pour laquelle tous les sacrifiés de frais, tellement de paysans, paraît-il, moururent, sans le savoir, ni vouloir ni pouvoir le croire, morts de cette autre religion que celle de l'argent, qui devait s'effacer aussi, avec eux, laisser place à sa nouvelle Loi, tout droit tirée du bon prophète Darwin...



L'Ancienne Religion, syncrétisme fidèle, pas fidélité de messe seulement, mais partout interdit en Europe « évangélisée », trahissant l'esprit celtique des ses innombrables saints d'origine, sorte de sainte « féerie païenne » face à Rome, avec le Christ au milieu, scandale insupportable, tradition révolutionnaire chrétienne, mobile immobile, ancré, enraciné, établi, stabilisé comme une table ronde stabilisa la fièvre hiérarchique.

Insupportable Moyen-Âge aux Temps Modernes, Charlot survivant arriéré comme un paysan breton crasseux, terre aux ongles, priant sa Sainte-Anne ou son Anne de Bretagne. Ou occitan ou... russe ou polonais. Mais les hommes comme les pommes de terre, pour les consommer hygiéniquement, il faut leur laver le cerveau. Les laver de toute spiritualité, de ce qui sacralise la vie équilibrée, l'exalte, l'embellit, la grandit.



Comme un Kerouac fils d'immigré de France et du Québec, de l'autre côté de l'océan, c'étaient des chrétiens naturels, des transformés, des trans-chrétiens, comme le Bernanos des tranchées et des Cimetières, des transfigurés de vieille chrétienté. Pas des chrétiens de curés, de dogme, d'Église ou de théologie, – des chrétiens de sainteté quotidienne, d'enfer quotidien, de joies quotidiennes, des chrétiens du peuple, des chrétiens de souffrance, d'horreur et de charité, mais des chrétiens d'espérance innée, transmise profond, indéracinable au « Progrès ».  

Des chrétiens de nature. Des chrétiens des valeurs, de parole. Anarchistes chrétiens comme ceux que les Rouges nettoyèrent méthodiquement avant d'injecter le venin de l'Évangile  du rien aux masses. Pas des chrétiens de pouvoir, mais des combattants à l'esprit clair et net, sans haine, de ceux qui ne demandent pas, mais exigent que ce qui est demeure en paix.







mardi 24 février 2015

MEDITATIONS BERNANOSIENNES # 1 LA FRANCE DES NON-ROBOTS


Article repris et remanié à partir du commentaire du post du 23/02/2015 sur le blog Venator

Une France éternelle 


Cette mère-patrie-là, à la fois mère courage et mère patience, ne demande pas à ses enfants de se sacrifier pour elle : elle ne les mange pas. Sa vie et son destin sont un seul et même sacrifice : la jeunesse porte la culture éternelle d'un monde dont la liberté est l'alpha et le partage l'oméga. 

Cet instinct maternel-là n'a rien à voir avec une culture de rationaliste technicienne, coupée de la nature et de sa vérité. La jeunesse d'un peuple ou d'une personne n'est que prolongement d'éternité et de vigueur anciens. Rien de moins, rien de plus. Non éternel retour du même humain borné, mais éternel recommencement ouvert dans son chiffre même.


Culture charnelle, ou plutôt incarnée, non satisfaite d'elle-même, dans un humanisme conforme confit de limites ridicules, mais force de dépassement et de détachement – de celles qui relient, relèvent et rallient le monde, le vrai monde, le non fabriqué, non truqué

Ce dépassement c'est d'abord voir et concevoir, prévoir autre chose que soi, de meilleur et de plus haut. Quelque chose d'autre, qui donne une autre mesure de nous que nous-mêmes pour nous-mêmes. Quelque chose avec ses propres qualités universelles, en qui on puisse croire toujours et pour toujours, du début à la fin. Contre le mensonge délibéré, libéral de l'Histoire.



Quand on parle France éternelle, et l'on sait que Bernanos ne pensait pas : « vieille France », mais à celle qui, fidèle à ses origines jusque dans un certain esprit populaire de la Révolution, porte en elle, dans sa paysannerie spirituelle, sa laïcité sacrée, toutes les valeurs d'une civilisation dont la fusion des racines, parfois très éloignées les unes des autres, firent un pays culturel unique au monde, aussi bien par la hauteur chrétienne de ses exigences que par la sacralité ordinaire de son mode de vie cosmique.

Puisqu'on sait que ses valeurs profondes, miraculeusement accordées et fusionnées chez nous, proviennent des sagesses plus anciennes, comme la celtique par exemple, et d'autres encore. Nous n'avions rien à envier au taoïsme, dans un sens. Mais nous avons tout abandonné pour de l'américanisation sociale moyenne.



Ainsi perdre l'estime de soi, pour nous – ses filles et fils –, revient-il aujourd'hui à abandonner un Christ cosmique sécularisé, qui aura mêlé si longtemps son sang fraternel à celui des plus pauvres et des plus purs de nos tribus européennes, et à le laisser seul face aux rires et aux crachats des foules de la consommation mono-maniaque d'image et de marchandise. 

Perdre l'estime de soi, c'est s'abandonner et se vendre aux forces obscures du marché et de la puissance, au mépris de la vérité éternelle de l'humaine condition – celle de l'homo religiosus, non urbain, très précisément conscient de ses origines et de son destin, de sa responsabilité cosmique, quelque soit sa place, ou sa non-place dans la société humaine. La première prostituée indépendante venue est meilleure que chacun d'entre nous : elle en fait moins pour « survivre » à ce qui remplace le monde, à la « mondialisation » des mafias qui font main basse sur lui en nous.



Qu'est-ce que cet humain-là, le religiosus ? C'est le non-égoïste, le non-individualiste, le non-rationaliste, le non-technicien, celui qui croit d'abord de tout son être, sans savoir qu'il croit ou croire qu'il sait sans croire, non à des superstitions comme l'économie, la gloire, la science ou le progrès, mais à des valeurs vraies, non les siennes mais celle du monde. 

Toute valeur vraie est au delà de soi et de la société humaine et de ses "histoires", du temps et de la mort. Toute vraie valeur est d'abord un transhumanisme. C'est pourquoi elle est la source éternelle, depuis l'origine, de l'universalité de la vie et de la nature à partir de leur surnature transhistorique.  

Cette surnature qui crée le sens du monde, le respect de son expression et de ses équilibres. Cette surnature qui fait l'honneur. D'un pays, d'une culture-mère, Celui à, et d'honorer en nous et hors de nous : notre nature, comme celle du monde, ne peut être que qualité absolue par destination et par esprit. Le reste n'est que robotique, la France relative des robots, comme disait Bernanos. Le reste est imposture, mensonge standard. Nous n'y reviendrons pas plus qu'il n'y revint.







samedi 15 novembre 2014

PANURGIS





Un animateur radio du sud, apprécié pour son souci de « donner la parole aux gens », nous donne une belle boucle de l'absurde des temps, ce matin. Impeccable et implacable démonstration de notre moderne enfermement dehors comme aurait dit Dupontel, notre Buster Keaton des Temps Post-modernes .

Cette parole apparemment rendue aux gens, comme faveur insigne en temps d'omerta, comme fissure ellulienne ouvrant sur cette vérité sacrée disparue qui fut l'honneur passé, parmi d'autres, de notre peuple au sommet d'une gloire ordinaire, confisquée, ici, par le pouvoir même des machines censées la lui restituer et l'amplifier authentiquement comme jamais, dans une ironie dont la hauteur vertigineuse tient plus du gouffre et de la chute que du sommet de la bêtise organisée. Puisque le système nous enferme bien hors du monde et de tout, comme une abstraction purifiée de notre trop humaine condition.

Coup de sonde habituel donc, plein de bonnes intentions, dans une France profonde où se déroule l'évènement, autant extraordinairement lamentable que paniquant, pour une population invitée à rester chez elle, révélateur de la superficialité du système social engendré par celui de médias pure caisse de résonance, mécanique d'écho en chambre de représentation d'une réalité où les nouvelles en boucle ne font qu'accélérer leur clôture répétitive, absurde et abstraite, face à un réel de plus en plus étrange et étranger à l'information, donc hostile à l'homme éduqué, l'information pur compte rendu, schéma d'elle-même. Qui rendra vraiment jamais la parole rendue folle, à elle-même, aux gens ? Le SDF de Dupontel, comme jadis celui de Charlot, sur une route traversée de haillons cruels et de sourires aux larmes ?

Mais revenons à nos moutons de Panurge. L'animateur interroge une personne sur l'évènement en train de se dérouler. La personne commence à parler des « rumeurs de la matinée » en temps réel, communiquant cet état d'esprit urgent, témoignant-communiquant autour des nouvelles vraies du direct improvisé, mais ne peut que répéter et rapporter, finalement, ces seules « rumeurs » dont il semble lui-même douter,  en même temps : l'homme qui a peut-être vu l'homme...

Sauf qu'au bout du compte, il s'avère que ce qui circule, ce qui est dit avoir été vua été dit d'abord à la radio comme ayant été vu par quelqu'un du coin : c'est comme ça qu'on le sait, en tout cas... Plus on communique directement et plus on comprend que plus rien n'est avéré, dans un monde atomisé de ruines de guerre psycho-culturelle. Un univers virtuel, à la K. Dick, avec ses cercles concentriques mous, parallèles aux pavés dans la mare contre tout soit-disant pouvoir, tout autour du trou noir du réel. La boucle, le beau circuit fermé, le rat, actionnant le bouton à volonté, dans le déroulé de son rouleau de laboratoire du futur.

L'origine originale de la rumeur tue l'originel. Ne vivons-nous pas « une époque formidable », où pour aller d'un département à un autre il faut passer par Paris ? Les médias ne nous permettent-ils pas de communiquer entre nous, entre voisins, ou au sein d'une même famille sous l'autorité d'un médiateur neutralisant ? On peut même apprendre son licenciement en direct à la télé, sans avoir à perdre son temps à chercher à voir son patron avec l'envie éventuelle de « taper », comme dans Obélix. Sauf que là, en général, il s'agit rarement, malheureusement, d'une rumeur plus ou moins fondée. Pour une fois qui devient de plus en plus coutume, elle est au service d'une vérité qu'on ne cherchait pas à rencontrer vraiment, dans un sens indirect.

Le direct, si prisé des médias, interdit bien le contact direct immédiat, finalement. Et qu'on en parle à son patron, à son voisin ou même à sa femme, puisqu'il n'est plus jamais sûr que sachions le faire, ni que nous ne nous trompions pas de vérité, par mégarde ou manque de discernement. C'est le SDF d'Enfermé dehors essayant de parler au Commissariat : ce qu'il dit dépend de sa tenue, inaudible puisqu'illisible, illettrée en soi, irrationnelle. La pédagogie médiatique est remarquable en ceci qu'elle nous apprend à penser aussi bien qu'à dire « comme il faut » « ce qu'il faut en penser » en écartant soigneusement le reste, par mesure, conforme et implicite comme la loi d'opinion, de précaution. La cruauté est dans ce soin automatisé de bien-pensance.

Si les scientifiques sont un nouveau clergé, ils ne sont pas les seuls peupler ce nouveau beau monde : il y a tout un système clérical d'information moderne inédit, aussi discret que la sainte trinité maçonnique, avec entrisme dans les moeurs d'en haut et d'en bas, une sorte de pseudo magistère « spirituel » masqué, moral-social, internationaliste rationaliste médiatique d'affichage, totalement irrationnel aliénant dans ses œuvres (au sens protestant) en temps réel continu travaillant au corps ému chaque îlot « local » mondial, sous surveillance mentale et sentimentale lointaine rapprochée des meilleurs services secrets.

Mais la suprême ironie anéantissante de l'Histoire est qu'il n'y a plus que des mensonges à vérifier par des faussaires-contrôleurs, depuis qu'on a noyé la vérité dans le puits de science. Du Kafka dans le texte de son Procès, étrangement oublié. Du Orwell de Police de la Pensée, bureaux des Ministères du Bonheur, de l'Optimisme et de la Bonne Humeur informés. Puisque la science peut tout fabriquer, faire croire et fonctionner, en tout cas, c'est ce que dit la rumeur vérifiable appelée opinion publique, celle qui remplace un peuple qui parlait haut et fort il y a si peu encore.

Ce peuple premier, ce peuple oublié remplacé, c'était hier, cet hier qui fait regretter, la magnifique, la splendide et joyeuse bêtise célinienne de ses bon sens et sentiments, sa liberté d'Ignorant volontaire, au sens primaire prémédité. Peuple d'en bas, mais d'avant la Chute, d'avant l'abîme, forgé aux flammes d'une lucidité brute de décoffrage face aux « docteurs » de Bernanos, ceux de 14, ceux qu'on fait semblant de commémorer pour un meilleurs bon débarras définitif : il faut apprendre aussi, nous dit-on, par de médiatiques musées et émissions, à leurs descendants directs, non ce qu'ils, mais comment ils étaient. Tellement comme il faut, ces Poilus puants dans leur trous de boue nationale.



 

Ces hommes trop humains, dans la violence vraie de mots, aujourd'hui, pour un oui, pour un non, justiciables. Le vrai devoir de mémoire, c'est de continuer à parler comme eux, sans concession, sans réfléchir, dans l'immédiat pré-médiatique de l'humain, sans avoir besoin qu'on nous explique la beauté sensuelle-spirituelle d'une langue libre bien née à sa culture. Avant qu'il soit trop tard. Ces hommes étaient nous, avant nous, descendants de leurs hauteurs ordinaires d'une humanité simple comme un ancien boulet de charbon, foi du charbonnier, à l'image personnelle liée à l'intérieur de chacun. Avant, au sens d'avant le passé, d'en avant du passé à venir. Du passage normalisé à l'image construite, sociale-matérielle, du boulet de canon et de son vent vain et vide. Ce passage qui nous jette hors du monde « d'un coup d'un seul », disait le père de mon père, et de la vraie vie des gens, sans plus de parole : l'oubli programmé de ce que nous sommes.

lundi 3 novembre 2014

LE DIABLE EN RIT ENCORE






Un gamin pacifique, aimant la nature, plus que son jeune confort consommateur moyen de masse, se fait tuer dans une manif « dégénérée » par des extrémistes. Tué par tir tendu de grenade « défensive », légitime aux yeux de beaucoup trop, puisque les forces de police décomptent plusieurs dizaines de blessés, qu'elles doivent maintenir l'ordre, et se « défendre » contre cette sorte de guerre sociale rampante que promeuvent les opposants violents à un projet de trop de plus. De belles légitimités, vite dites, des deux côtés, quand ces deux côtés font la politique.



L'une, comme violence étatique obligée et même nécessaire, pour les légalistes purs et durs, ne se discuterait pas : la fin ordonnée justifierait tous les moyens : à la guerre comme à la guerre civile. De l'autre côté, le progressiste en contre-pouvoir, quand il s'agit de fascistes dénoncés, tout est permis, même les flacons d'acide... parmi d'autres barbaries traditionnelles de rue. Ce ne serait qu'un Carnaval des Méchants sans la jeunesse, la vraie.



Une haine bien rationnelle des deux côtés, mais ce gamin, qui, sans doute, fervent botaniste dit-on, n'a pas supporté qu'on rase impunément une forêt, une de plus, sous prétexte de décisions démocratiques officielles progressistes au pouvoir, c'est à dire nécessairement truquées, d'une façon ou d'une autre, pour faire aboutir un projet contesté, apparemment démesuré. Il n'y a pas qu'en Amazonie qu'elles sont menacées, les forêts, c'est partout. Et même les arbres, presque chaque arbre, des forêts défrichées aux platanes des routes de France, en passant par ceux de centres villes obsédés par les m2 commerciaux.



Pourquoi des décisions truquées ? Parce beaucoup de gens, de plus en plus de gens, ne veulent plus qu'on sacrifie la nature, et surtout des arbres. Mais on ne les écoute pas : leurs arguments n'ont pas de valeur économique ou industrielle, ils ne visent qu'à défendre une culture qui a perdu, celle de peuples et d'une raison de tradition, de sagesse, de partage, d'équilibre et de respect globaux. Il ne s'agit pas de la « ressource naturelle » des spéculateurs, mais de nature, de milieu au sens strict, c'est à dire de référence existentielle autant qu'essentielle. Contre une culture urbaine industrielle de remplacement de milieu, une culture techniciste qui ne veut plus entendre parler ni de nature ni de nature humaine.



La mort de ce gamin innocent, mais conscient des enjeux, regrettable fatalité pour les uns, qui estiment excessif et irresponsable la forme de son engagement de manifester contre un chantier « commencé », et du même coup font peser sur son choix une sorte de suspicion de responsabilité irresponsable, frisant un soupçon de culpabilité diffuse mais subtile. Cette mort, vite devenue, comme à chaque fois, un enjeu pour le camp des victimes « martyrisées », est jetée en avant comme un crime, un assassinat froid et volontaire, ce qu'elle n'est sans doute pas, tout en étant bel et bien un irréparable meurtre légal autorisé.



Côté pouvoir, l'argument-massue amalgamique répété avec une satiété écoeurante, c'est celui de stopper des casseurs organisés, et leur violence nue et ouverte, par une violence supérieure plus aveugle encore, comme toujours. C'est la guerre à la guerre, la terreur à la terreur, l'éternelle rengaine de la puissance publique impuissante, sourde, aveugle et muette. Il y a les principes à chaque fois bafoués par les mêmes ordres irresponsables ou calculés, ce qui revient au même. Toujours les mêmes manipulations des foules grandes ou petites, la même psychologie des camps.



C'est la violence de principe de l'État dans sa défense présumée d'intérêts collectifs d'une majorité dite démocratiquement représentée... contre celle de défenseurs de zones menacées par la cupidité d'affairistes, minoritairement organisés et représentés aussi, même si cette minorité est bien souvent, au départ, non violente. Mais au départ seulement. L'indignation est captée, la révolte canalisée vers des symbolismes logiques de foire d'empoigne ou de bataille rangée contre des fonctionnaires de l'ordre et de la loi, militairement conditionnés, bridés et entraînés. Et les lois de la guerre sans principe reprennent leurs droits dans la majorité des esprits retournés, dans la complicité active ou passive, parfois de l'ignoble.



La violence canalise indignation et colère en exutoire obligé, comme une sublimation de sentiments les plus profonds, qui passent des principes aux actions et situations de masse, d'actualité ou de circonstances, au lieu de se traduire par des choix de vie personnels définitifs. 

Il y a un chantage à l'action, à la réaction : c'est le principe militaire-militant des rapports de forces dualisants, dilemmiques et binaires du « ou bien ou bien ». Le coup de « tous ceux qui sont contre » et de « ceux qui sont pour », avec ses stratégies et tactiques partagées et récupérées, selon d'où vient le vent, par les deux camps, sans parler des propagandes croisées.



Gandhi n'aurait certainement ni accepté ni validé aucune violence de son « camp », dans ses « actions », même s'il estimait que parfois, la violence peut être légitimité défensive, comme une guerre de résistance, ce que pas mal de « zadistes » d'ici ou là estiment faire, parfois avec une raison pleine et entière. Dans ce sens « extrême », on voit bien qu'il ne s'agit pas que de violence, mais d'une autre chose liée à des principes qui la dépassent, fort heureusement. Principes qu'observait strictement le père des luttes non-violentes et l'inspirateur de Martin Luther King, au même titre qu'un Thoreau.



Il y a une façon pacifique de s'opposer à, ou plutôt de refuser (un chantier ou un "projet"), mais il faut aller jusqu'au bout, risquer les coups, la haine, les blessures et sa vie, sans agressivité, mais fermement, de façon déterminée, sans se laisser enrager par la violence professionnelle psycho-physique du pouvoir d'en face, ni convaincre par sa logique pseudo économico-démocratique médiatisée. 

Cette résistance, ce boycott des logiques et ce refus civils ne sont pas compatibles avec un fanatisme militant de masse aveuglées ou des stratégies politiciennes de contestation intégrée (on conteste pour mieux faire faire autrement, sans s'opposer sur le principe de ne pas faire du tout, puisque tout est relatif au système unique).



Il y a un mépris des principes dans les deux camps : leur morale, bassement utilitariste-systémique – surtout quand il s'agit de défendre des principes respectables, est la même. Le but et le moyens sont quasiment les mêmes : seules deux théories différentes, visant un même objectif de pouvoir rationnel sur le monde et les esprits, s'opposent, dans des logiques parallèles comme deux rails idéologiques systémiques.



Ce qui ne veut absolument pas dire que tous se valent : au contraire, c'est leurs différences que l'on égalise en mobilisant chacun sur un mot d'ordre-chiffon-rouge, fabriqué à partir de vraies convictions souvent, celles d'un monde coupé en deux : l'ancien et le nouveau, où le nouveau s'arrange toujours pour que le vieux monde, méthodiquement frustré de ses droits, et refoulé de son honneur, lui coure après, comme derrière une fille facile, avec une violence d'indigné indigne.



Vers le même trou béant, – gluant – diraient certains homosexuels haineux, théorisant leur ressentiment fielleux envers le féminin fascinant-fascisant le monde de la puissance, plus obsédés encore que le commun des malades sexuels par l'envie égalitariste concurrentielle inoculée à même leur surface sentimentale primaire, trop longtemps niée par le système pour revenir au respect le plus élémentaire de la mère, même la plus désaxée, côté construction sociale contre-humaine.

Quand on patauge dans la bassesse, la tête prend la place du fondement, la chute est sans fond. A ce niveau, interviennent les provocateurs de tous poils, payés indifféremment par les deux camps : ces casseurs, parfois les plus bas criminels qu'on puisse trouver en solde, font avancer ou reculer les mouvements, c'est selon. 1789, 1917, 1968 , dates qui résonnent étrangement à nos oreilles, quand on examine ces éléments là, payés toujours autant par une police efficace que par d'incorruptibles vertus . Peu importe le flacon ou le con...



Un jeune homme vient d'être tué dans une histoire de barrage, celui qui meurt, en général d'overdose compensatoire de cet idéalisme héroïque admirable qui nous manque tellement après, que nous ne pouvons même plus vivre vivants, dès que nous perdons le pucelage de notre esprit d'enfant, le bernanosien ; celui qui meurt pour des idées, comme disait Brassens, n'est pas seulement victime des acteurs actifs de la "circonstance", comme il est bien trop simple de le croire et de le dire sur les toits médiatiques.



Personne n'a raison dans une vraie maison de fous livrés à eux-mêmes. L'idéalisme n'est pas compatible avec les réalismes qui s'opposent dans un bordel sadien conventionnel de guerre intestine larvée...

Les "réalistes" professionnels de la contestation et de la révolte, rationnellement organisés, deviennent les sectaires de  redoutables sectes en action, en imposition mentale, à la manœuvre et manipulation de cœurs purs et innocents, jetés, vierges, au milieu du grand rut criminel collectif de la basse cuisine politicienne d'opposition, acceptant ignomineusement que des éléments incontrôlés viennent leur apporter, par leur bonne barbarie autorisée, des sensations lâchées et des victoires abjectes, propulsant ces amants enragés du réel extasié au 7ème ciel de la défonce psycho-politique ou psycho-critique, dans leur irrésistible élan de prophètes patentés ou de maquereaux officiels des idées nouvelles

Les bavures seront imputées au fascistes de l'autre camp, désarmés dans leur esprit de justice officielle par la grâce du sacrifice au dieu de la plus forte raison marginale, bien séparée du mal à conjurer. Comme par un cordon sanitaire de pestiférés à abattre. Dieu reconnaitra les siens...



Nous avons mal à ce jeune homme, comme à un fils, plus bêtement que méchamment sacrifié -- pour rien. La corruption ne rapporte rien, et même moins que rien. Quand dans le camp des anges, on fait la bête, c'est pire que la bestialité dénoncée des malades systémiques. C'est un gamin qu'on tue aussi, notre gamin, bien plus que notre pauvre chair, c'est notre esprit qu'on trahit, plus loin que le plus bas, par un défi plus criminel que le crime le plus "sauvage"

A patauger dans la haine et la propagande, nous fabriquons sans fin une montagne de honte qui dégoûte même le larron criminel ordinaire. Le Diable, sans doute, rit encore de ce sang si frais, encore si pur, abreuvant les misérables sillons de nos illusions perdues..

 Jamais nous ne remonterons la pente sans une guerre à l'horreur et la cruauté malheureusement la plus inédite. Ainsi, Bernanos avait tristement raison, quand après avoir vécu 14 comme une apocalypse ordinaire radicale, il déclarait, sans l'ombre d'une provocation, hélas, que "la souffrance est une merveille". Sous le Soleil de Satan l'aveugle est roi.