Il y a plusieurs façons
de rendre hommage à un grand homme, écrivain ou pas. La plus
commune est assurément de parler de ses valeurs. Dans le cas de
Bernanos, il est bien de vouloir établir, comme l'ont fait certains,
« le lien essentiel qui réunit le romancier de la grâce et le
polémiste anti-moderniste ».
Mais il est mieux encore
de dire que le modernisme est une illusion technologique prétendant
toucher au miracle et remplacer la grâce des pseudo
« nostalgistes ». Entendons par nostalgie ici : le
refus de renier ses valeurs et « le jugement de valeur »
porté sur ce refus de vente.
Cela va encore mieux
d'affirmer haut et fort que « l'ordre de justice et d'honneur »
incarnant prétendument cette affreuse nostalgie n'a
rien à voir avec le passé. Avec un passé temporellement
dépassé, sur la ruine duquel
le monde moderne se serait édifié.
Ces valeurs, comme chacun sait,
ne sont ni temporelles ni temporaires. Pas plus que celles de
l'enfance d'ailleurs, qui font, chez cet écrivain, presque
tout – au sens christique
du terme autant qu'au sens purement humain.
La
vérité pour laquelle Bernanos se battit de toutes ses forces et
jusqu'à la fin est bien ailleurs qu'ici et maintenant,
comme le voudraient certains récupérateurs bien intentionnés à sa
gauche et
au delà.
Il
faut réfuter l'affirmation gratuite selon laquelle il n'aurait pas
combattu que sous
l'angle de l'Eternité ou de la Philosophia Perennis qui
la cadre sans l'encadrer.
S'il « appela » un monde héroïque,
ce fut d'abord celui des Saints.
Non celui des sages satisfaits
ou de parfaits autorisés,
mais celui du combat spirituel,
qui commence par soi-même, et
que les révoltés
autorisés ont toujours, pour
mémoire du moi,
oublié.
Dire
qu'il ne se voulut qu'une sorte d'écrivain de cet ici et
maintenant-là est un mensonge, une réécriture, une imposture
intellectuelle et morale, une utopie temporelle criminelle à terme,
qu'on essaye de faire endosser à son cadavre polémiste et à la
troupe serrée de ses
textes, dont la lecture même de quelques lignes prouvent toujours au
profane "éclairé"
l'intransigeance éternelle immédiate qu'il
avait chevillée au corps et à l'esprit, plutôt qu'on ne sait
quelle romantique et impatiente nostalgie du moi.
Il
n'y eu jamais une telle
nostalgie chez ce géant spirituel « moderne » et encore
moins d'impatience, mais le bouillonnement d'un sang, plus que d'un
esprit « bouleversé » et
submergé d'émotion du moi,
à l'image médiatico-historique de son « époque ».
Ce
n'est pas la vue des cadavres qui bouleversait Bernanos, même si
ceux-ci pouvaient le faire
vomir parfois : la Grande Guerre ou l'Espagne pseudo
chrétienne fasciste dans
leurs belles oeuvres
ne remirent pas en question, comme chez presque tous, – sa
foi – .
Ce
chrétien de haut vol,
n'ayant finalement pas grand-chose
à voir avec la catholicité temporelle sentimentaliste
établie et son ordre de
fer millénaire, se référait
plus à une Église invisible,
d'abord celle des Saints.
D'abord, enfin
et surtout, comme il l'a
écrit lui-même, très
simplement, une fois pour toute, à l'Évangile,
rien qu'à l'Évangile Suffisant.
Ainsi, est-il
clair et net qu'il ne se référa jamais plus
à l'ailleurs et l'autrefois qu'à l'ici et maintenant, ni
autrement que sur un plan
symbolique, ce qui est bien facile à comprendre pour un humain
authentique d'en bas comme d'en
haut.
Et
que c'est surtout sur ce plan-là
qu'il importe vraiment de l'entendre, et
non dans l'au-delà de son au deçà,
en particulier pour ceux qui
ne font qu'écouter la rumeur urbaine
du moment historique dans sa
triste petite éternité.
Comment
rendre hommage mimiesque
« Grand d'Espagne »
quand on a jeté avec l'eau
du baptême protestant
le code qui permettait la téléportation spirituelle,
comme on largue l'étage
consommé et
consumé d'une fusée « de
lancement », vulgaire vaisseau périmé après
injection de la dose nécessaire,
véhicule politique pseudo bouddhiste des
Frères de la Côte juste bon
pour la casse, prime à l'appui ?
Le
Christianisme des Saints et
de Héros ordinaires
n'aurait été que ce
moyen-là d'arriver à l'humaine extra-destination ?


