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vendredi 23 octobre 2015

L'ÉTERNEL RETOUR DE CAMUS # 1 L'ÉTRANGER DE VISCONTI









« Je n'ai pris aucune liberté avec l'œuvre de Camus sauf quelques coupures nécessaires dans la transposition de l'écriture à l'image et du style indirect au style direct. [...] Pourquoi trahirais-je une œuvre que j'ai aimée et que j'aime ? La fidélité n'est pas manque de pouvoir créateur. » Lucino Visconti



« L'Étranger » de Camus, sans doute l'un des romans des temps modernes les plus lus au monde. 

Parce que chacun, n'importe où, s'y reconnaît un peu-beaucoup, identifiant obscurément, mais en profondeur cachée, une sorte de sociologie du système qui partout gère nos vies et valeurs. Valeurs auxquelles nous sommes censés adhérer comme à un parti invisible, mais omniprésent.

Auxquelles nous sommes censés croire ou plutôt faire semblant de croire, comme tous ces croyants du dimanche.



Crime, dans ce réquisitoire par l'absurde contre l'absurde du système ou contre un système de l'absurde, si proche par certains côtés implicites, atmosphériques, de celui du « Procès » de Kafka, se résume d'abord et tout entier, au niveau formel de l'Accusation, dans la délinquance « objective » en soi de ne pas faire ouvertement semblant « d'y croire » comme tout le monde ; et surtout avec un naturel si existentiel qu'il en devient presque paradoxalement "innocent" comme un vieil enfant par rapport au mal profond, systémique.



Au vu de la bassesse générale du monde ambiant trempe plus que vit Meursault, son meurtre paraît finalement relativement léger en responsabilité profonde, comme ces efflorescences apparemment absurdes de crimes récurrents  n'obéissant qu'à l'air du temps, en ces périodes éternisées dites troublées, aux repères mouvants, selon les retournements conjoncturels de finalités aussi incertaines que manipulées.



Meursault, lui, est le contraire d'un manipulateur, mais les détails retournés contre lui le désignent comme tel, responsable pour et à la place d'un système qu'il semble ignorer, comme dans un défi qu'il ne pose pas, mais qui finit par le définir par défaut, au cœur du soupçon investigateur de mobiles facteurs. 

Le mal social, sa pathologie patente-latente, sont traités dans une pure logique nominaliste : il faut détruire le symptôme à la source, tuer le messager, le porteur « sain » pestiféré. 

Vision judiciaire clinique, froide comme une cellule de 1984 ou de Brazil. Ce sont les formes qui définissent le fond du jugement à venir. Les manières de vie de l'accusé sont en cause, considérées comme la source du mal, non comme ses conséquences. Il y a inversion de principe du principe humain.



Le crime est défini par son contexte, jamais en soi. Ce n'est pas Meursault qui est jugé, mais son image interdite, réputée repoussante : elle définit le crime, elle ne peut qu'en être l'origine, non le système qui la génère dans une sorte de dégénérescence douce et molle, tiède et fétide, étrange, étrangère à l'humain dans sa vérité vécue. Le système n'est pas responsable, Meursault, lui, est irresponsable dans le mauvais sens.



Quelle est la position de celui qui fait semblant de croire à la validité établie de l'absurde ? Sinon celle d'un système banalisé, se servant de chacun pour réaliser ses basses œuvres quotidiennes ?

Les systèmes des vraies-fausses valeurs qui nous font vivre ou échouer ou refuser, sont des systèmes de systèmes elluliens. 

Nous sommes ses médiateurs incarnés ou désincarnés, volontaires ou involontaires. 

Même celui qui refuse ou échoue, le fait au nom du système, avec -- pour ou contre -- ses valeurs et leur vide de simulacre remplissant notre trop plein "naturel" de vie, sinon où serait l'échec ou le refus ?



A moins que ce refus ne soit d'une autre trempe que celui qui nie ce qui le nie, pour affirmer sa propre négation, finalement conforme défensive, humaine, coupable-innocentée, couverte et recouverte.



Meursault ne croit ni dans l'absurde ni contre lui, il le vit et le subit sans comprendre : qui, d'ailleurs peut la comprendre, cette absurdité du monde ? 

Il n'accorde pas de valeur spéciale à ce monde, tout en en jouissant comme il peut ; ce qui fait qu'il lui donne une relative valeur, une valeur pour le moins modérée,  qui l'engage involontairement, anonymement, infantilement, honnêtement donc, dans un sens.



C'est d'ailleurs dans ce sens que ses amis le défendent du mortel « accident »  involontairement provoqué.

Donc il y croit sans y croire, comme on peut  le faire quand on "sommeille" une vie active, sauf qu'il fait partie de ceux qui n'arrivant pas vraiment à y croire – tout simplement –, et pour qui tout vaut tout, banalement,  légèrement en quelque sorte, depuis la première petite trahison entre soi...



Il ne peut simplement pas croire qu'il y croit, ce qui ne veut absolument pas dire qu'il n'y croie pas, au fond : c'est bien le système qui le fait vivre, qui lui donne son droit humain collectif naturalisé de vivre

C'est un "collabo" détaché, déconnecté, paumé, mais finalement passivement actif. Il y croit à sa façon décalée et indifférente, sceptique, mais indifféremment consensuelle, rattachée, liée, intégrée. 

Camus disait que pour que l'absurde existe, il faut commencer par y croire et que pour le combattre il fallait, inversement, refuser d'y croire, y compris dans sa part belle et avantageuse, tombant au hasard d'un numéro tiré à la roulette – le malheur des uns faisant le bonheur des autres. Un credo crucial en quelque sorte.



On se croit d'abord, dans ce théâtre d'ombres, acteur de sa vie et dans celle des autres, alors que ce sont que quelques uns qui, par les autres, proches ou pas, mais de proche en proche, agissent, réagissent et inter-agissent sur notre vie. Ne pas ou ne pas pouvoir jouer "son rôle" dans ce jeu distribué est bien pire que d'avoir le plus mauvais.



Ça porte malheur, la poisse, apporte le crime et mal tombant du ciel et retombant sur cette mécréance sociale, comme une honte fautive, coupable, impardonnable, normale, "juste". 

La "Justice" ici n'est donc qu'un doublage, une sorte de doublure de situation, traduction sociale, interprétation officielle de la condamnation "logique" de celui qui ne se rend pas à « l'évidence absurde » sécuritaire grégaire, pour reprendre une expression de Daumal. 

La superstition sociale vécue est une des racines du système social.



L'innocent relatif devient absolument coupable dès qu'il "ignore", volontairement ou pas, là n'est pas la question – personne ne peut jamais  savoir le vrai dans l'hyper-complexité partiale du système, avec ses milliers de dispositions quadrillant les cas – puisque tout revient au volontariat passible obligé du crime supposé. La vérité n'existe donc théoriquement pas. 

Dès qu'il ignore, cet innocent étymologique, le code commun liquide et rusé remplace toute vérité, infiniment plus lourd que la loi, qui n'en est que l'expression théorique fondatrice, coulant sa règle d'airain psycho-social dans son moule, comme la rivière sculpte le roc des rives. 

Dans ce cas, l'Accusation suppose et dispose en même temps, d'un seul coup de lame de guillotine.



Meursault est jugé coupable de nihilisme passif d'abord, vis à vis d'un système nihiliste actif : sorte de double négation à la Hegel qui s'affirmerait, dangereusement, comme un au delà personnel, inadmissible, de la loi. Le positivisme de superstition représentative, d'illusion collective, ne s'en relèverait pas.



L'absurde de l’Étranger est d'un absurde d'humour noir qui fait rire très jaune. La somme des pièces apportées au dossier finit par être cruellement nulle, non pas tant pour Meursault, qui n'est malheureusement qu'un produit parmi tant d'autres, relativement irresponsable, absolument coupable, mais pour un système de croyance scientifiquement établi, si on passe sous silence le terrorisme criminel de ses origines. 

Il a été et il sera toujours de bon ton de faire diversion sur le sujet engagé, subtilement, par Camus : il faut égarer le bon intellect moyen par des considérations honnêtement racistes ou politiques, dans tous les cas mystifiantes, idéologiques.

Camus combattait les idéologies, combat rapproché y compris et surtout dans son propre camp, qui lui porta, évidemment, les coups les plus mortels.



La forme littéraire sciemment donnée au roman n'est pas récupérable par analyse : il fallut attaquer l'homme, que voulait être d'abord son auteur.

L'adaptation de Visconti, parfaite s'il en est, ne pouvait que subir l'excommunication morale que vécut Camus : ce chef-d’œuvre, unanimement jugé comme un film "raté", est particulièrement virulent et « efficace » en ce qui concerne le système judiciaire et religieux. 

On ne peut donc que remercier Francine Camus d'avoir obligé le réalisateur à renoncer à un scénario politique qui aurait été d'une infidélité tragi-comique pour la compréhension d'une œuvre dont l'ironie profonde, mais masquée, touche à une perfection aussi douloureuse que le mal absolu qu'elle pointe est indolore.



« Rien de ce qui est humain ne m'est étranger » disait Hugo.  Déclaration qui ferait scandale dans le aujourd'hui : tout a changé : rien de ce qui est humain n'étant plus ni audible ni admissible. 

La différence, ce sacrilège social, est devenue un crime plus odieux qu'un meurtre de droit commun : c'est un crime "raciste" de lèse-pensée unique.



Un meurtrier "standard" minable comme Meursault, dans la négation pure et simple de son inaliénable humanité, opérée par la « vertu » de ses accusateurs, par un contraste absurde renversant, devient presque l'innocente victime d'un monde monstrueusement déshumanisé.



C'est d'ailleurs ce qui ne manque pas d'arriver, de jouer et de se jouer, au grand dam des familles des victimes, que cette absurdité interne retournée, débordant un système hors-sol humain repousse et pousse directement à l'apprentissage conforme de la haine aveugle, comme chez la bête blessée. 

L’Étranger, ce combat non-violent absolu contre l'absurdité hurlante de cette condition-là, si souterraine que jamais consciente, mais parmi les livres les plus lus, donc. Rien n'est jamais perdu à qui n'y croit pas.




vendredi 13 mars 2015

LA VÉRITÉ # 16 D'UNE VÉRITÉ L'AUTRE




Réponse commentaire remaniée à Anarcourge | 11/03/2015





"La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas.
La vérité de ce monde c'est la mort.
Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi."



L.F. Céline





Combien Camus avait raison de dire que le suicide est le problème le plus important!..

Vous citez cette sentence, si rare, si désespérée et honnête, de Céline, en marquant beaucoup de points d'un coup. Après, tout dépend de la façon de voir et recevoir la vérité de cette haute vérité, dévoilée par ce génie d'abord d'humanité, à mon sens. Mais cette vérité n'est qu'humaine, et même qu'occidentale. 

Et même en Occident, ne concerne t-elle  pas uniquement, comme pensée unique, à la fin des fins, que notre triste part maudite, restée malade généralisée comme un cancer, mais d'une vaste culture invisible, bien réelle, mais éternelle ?



Sentence implacable non pour l'humain, plus précisément, mais pour ses systèmes logico-industriels à vivre actuels, humain avili par un système de pure puissance, qui par son hégémonie génocidaire, se voudrait dominant (« le capitalisme a gagné. »). Pas pour l'homme vrai, l'indigène culturel d'une certaine civilisation, que la vérité et son combat maintient absolument écarté et étranger de ce système inhumain contre-transcendant, – humain ordonné et orienté qui a toujours pu et pourra toujours, ici et ailleurs, pour des raisons culturelles propres plus que politico-logiques (…), choisir entre le « mentir ou mourir » qui nous fracasse en masse depuis trop longtemps (1914 ?, et dont ce Céline, engagé volontaire à 17 ans, vécut la démence et l'horreur illimitées sans doute comme une incurable révélation.



Il y a ce que l'on peut nommer « l'obéissance consentie » d'un humain de bonne volonté à un ordre naturel propre qui le nourrit et le constitue avant même de dépasser ses magnifiques limites naturelles aujourd'hui salement transformée en handicap majeur. 

Obéissance consentie, oui camusien, qui n'est en rien soumission, comme si on devait être soumis à l'air qu'on respire, mais plutôt contre-don vital. Cette vertu de base, devenue, chez nos modernes cervelles massifiées de fausse intelligence, un vice moral dénoncé par... la corruption et à l'inversion généralisée des valeurs, « vice révoltant », répugnant donc, que le politiquement correct persécute au nom d'une fausse liberté, comme si la liberté pouvait se mettre en boîte, au rouleau compresseur idéologique, dès la maternelle, ce qui laisse effectivement peu de chance de sortir de l'alternative (désespérément ou cyniquement, ou les deux à la fois ?) pointée par un Céline centralement cassé, ce pantin que nous sommes presque tous devenus devant nos glaces le matin, notre ombre précoce.



N'étant nullement nihiliste, sans pour autant nier les vérités certains nihilismes, je suis pour partir effectivement d'un Céline, de ce désespoir immense qui crève en nous, frères humains « du voyage » sans fin ni fond (et là je pense aussi, incidemment, à un film comme « Coup de torchon » de Tavernier (…), pour aller vers une liberté qui est aussi en nous (et encore plus profond!), depuis bien avant le début de la terreur systémique, et qui peut ne pas avoir dit son dernier mot, si elle le veut, dans la mesure même où celle-ci, dès qu'elle retrouve sa parole, comme chez un Céline à son mieux, justement, mais aussi chez n'importe qui qui se réveille, et retrouve l'incorruptible et irréfragable vertu de vérité réelle, libératrice de ce monde – créateur et création à la fois, par delà même l'humain, et qui est loin de n'être qu'une véritable asymétrie du mal, mais aussi et d'abord réponse et écho de quelque chose de beaucoup plus haut et grand que ce mal de salon ou de salauds, – au moins dans ce sens – , devenu tellement existentiel, pour les habitants innombrables du système mondialisé, qu'il va finir inévitablement par leur faire, au moins, de plus en plus toucher rationnellement l'essence de l'éternité terrestre première perdue.

Sans elle, c'est si vrai : le mensonge occupe toute la place, dieu très humain il est vrai, mais faux, beaucoup « trop humain », -- dans la direction escarpée mais libre au moins, pointé par un autre génie janusien, indépassable au plan "humain", justement, sauf à quitter la défroque humaniste puante qui colle à la peau du moi, nous encamisole le coeur et s'efforce ridiculement -- à en mourir de rire -- d'en tenir lieu. Combien de temps encore ?









mardi 10 mars 2015

À UNE... IDÉALE-BRUTE




Si vous êtes quelqu'une que j'admire pour diverses raisons, que et votre gentillesse et vos attentions finissent par me « toucher » beaucoup, par éveiller des sentiments « mêlés », tant mieux.

Ce serait évidemment mal de ma part de m'en plaindre, si vous les partagez un peu. Je sais que vous n'aimeriez pas plus me faire de mal que je ne voudrais vous en faire. J'aime autant les innocents affleurements de surface que la plongée libératrice dans hauts fonds dangereux. J'aime vos approches et abords naturels et spontanés, évidemment redoutables pour un vieux mâle blessé essayant de rendre une petite monnaie de sa pièce à la seule vraie vie subsistant en vous.

Je suis obligé de vous offrir honnêtement ces mots dont vous savez qu'ils sont difficiles à dire, mais c'est peut-être parce que vous avez su une fois m'en donner qui m'ont ému par leur pureté courageuse, dangereuse, que je n'ai pas oubliée, et que vous savez aussi ce que c'est que de se dénuder devant l'autre. 

Il est parfois si jouissif d'être dominé  en situation par une femme « intelligente », comme disait Vian.

Je n'ai jamais voulu blesser ou mettre un tant soit peu mal à l'aise l'inévitable « autre homme », par principe, et encore moins si il a des qualité humaines rares. Je me sens presque gêné, pas complètement libre de mes « mouvements », même si la frustration a des vertus secrètes qui valent parfois autant, mais presque par un hasard inattendu et béni, que la belle animalité naturelle perdue

Merci au formes rigides du système qui soulignent celle-ci en profondeur avec un mépris « utile » en vérité supérieure.


En tout cas et en tout, j'apprécie d'abord le concret et le brut, le vif du sujet, la franchise, les chose directes qui construisent et engagent jusqu'au bout dans un monde qui tombe, ruiné par le mensonge d'un idéal si pauvre-type.

J'admire l'esprit « pionnier », l'esprit premier et son grand dévouement à la cause, qui me semble surtout une obéissance consentie et heureuse, nietzschéenne en un mot. Mais toute vérité n'est pas bonne à dire au pays du vraisemblable de son semblable.

Je ne serais jamais un mâle accompagnant : je peux être un compagnon de route, mais demeure une sorte de vieux mustang qui ne se laisse monter que par une enfance pure : j'aime trop « la Mongolie intérieure ». L'âge m'interdit les jeux de rôle, la domestication alimentaire, et c'est très bien comme ça, après tant d'années perdues dans des obligations rituelles inconsidérément contractées. 

On place parfois tellement mal ses sentiments que pas grand chose finit par nous être épargné.

Vous me plaisez et me « partagez » en même temps, ce qui n'est pas un problème : c'est pour la bonne cause. Je vous vois dans votre enfant, qui court comme un feu, disait Bob Dylan, miroir de votre beauté sauvage et de votre force, votre courage de mère et aussi, sans doute, vos caprices. Étant sans doute aussi passionné que vous, je n'ai rien de plus à dire, comme le dit l'anti-héros du film Forrest Gump

En tout cas, ça serait dommage que je ne puisse pas dire ce que je pense, et que je ne sois plus libre de le faire. C'est pourquoi je me jette à l'eau du bain, librement.

Puisque je ne peux rien faire contre notre amitié, et trouve ça très bien. Ne vous en faites pas là -dessus. Mais comment aller plus loin en restant vrai ? Sans provoquer quelque remous déstabilisants ? On est toujours moins fort qu'on ne croit. Pourquoi ne pas laisser le temps et le hasard faire les choses qui doivent arriver, si elles le doivent ? 

J'aime maintenant plus la sérénité d'un l'absolu charnel et spirituel clair que l'excitation obscure d'un karma qui me déchire et me défie et me dépasse inutilement par ses jeux de hasard illusionnistes. 

J'ai plus confiance dans le destin qu'en moi-même.

Voilà. Le pied dans le plat. Sans en faire un, avec respect et délicatesse, Madame connue et inconnue et même nue.

 Je ne prends plus parti, je reste ouvert, mais conscient. Mon sexe éternel piégé ne m'empêchera pas de demeurer l'ange hugolien que je défends rageusement face aux cruautés abjectes de la vie déviée

 Vous êtes un soleil parmi d'autres, bien sûr, mais je ne peux pas me laisser aveugler par les illusions qu'il peut provoquer en moi, si je ne maîtrise ni ne m'accorde d'abord avec ce que vous y faites « lever ».

Savoir ce que vous voulez, le savez vous vous-mêmes, ou vous laissez-vous guider par un instinct « innocent », qui finit toujours par avoir raison de tout ?

C'est sans doute ce qui fait la force redoutable de l'éternel féminin, devant lequel je m'agenouille, mais sans avoir plus le désir stupide de lutter ni contre ni avec. Seulement naviguer librement à ses côtés, selon le temps qu'il fait et mon humeur océanique

Comme certains poissons salueurs rimbaldiens. Restant homme libre, dans sa plaisante douleur, de donner ou pas.

Pour ce qui est du féminin relatif, le moins que l'on puisse dire est que je suis loin d'être en accord sur tout avec sa culture et ses traditions – même si j'ai été, comme tant d'enfants, formé et déformé par lui, au propre et au figuré –, dont je ne prends plus que les qualités, sans toucher ni vouloir avoir affaire aux défauts d'usage (curiosité et attachement excessifs, socialisme relationnel privatisé, possessivité intégriste maladive, tendance latente et maternante à la domination, chantage permanent larvé, sentiments tyranniques, impulsions cruelles, esprit clanique sur-développé, égoïsme dissimulé derrière chaque intérêt essentiel, trahisons « involontaires » avantageuses, esprit négociateur dans l'âme du don, conformisme et soumission « inconsciente » à la loi du plus fort, attitude de défense victimaire, jalousies..., moralismes, religiosité de façade, manque de spiritualité, dégoût de la nature, bourgeoisie de confort... Difficile de clore la liste des caractéristiques de son programme révolutionnaire).

Mais pour ce qui est des qualités infinies que j'apprécie au féminin non laïcisé à la république des idées toutes faites, c'est très simple : il suffit d'envisager l'absence de ces tendances destructrices. Une utopie moderne, en somme !

Dans ce sens positif-là perdu, j'aime trop les femmes pour leur faire le cadeau insultant de ne pas exiger qu'elles soient à la hauteur de ce qu'elles prétendent être de droit naturalisé, reconnaissance non aveuglée des « vertus » qui doivent être les leurs, pour moi, et trop peu souvent à mon goût, pour elles-mêmes, quand elles se mettent à se mêler charnellement, passionnément des affaires du monde, où, avec ces vraies qualités instinctuelles de l'intelligence qui sont les leurs et qui leur donnent raison dionysiaque, non annexée par l'élyséenne réformée, quand elles les ont, ces qualités raréfiées, et qu'elles s'y tiennent lucidement jusqu'au bout, elles sont évidemment indispensables et irremplaçables, à mes yeux éblouis, tout autant que les hommes de bonne volonté peuvent l'être

Pour ce qui est des autres prétendues qualités féminines, les légalement établies, un peu trop socialement construites, elle me paraissent bien utiles au système, mais si nuisibles au monde !








vendredi 6 mars 2015

LA ZONE DES Z.A.D.







Réduire une cause à ses moyens est la pire façon de la défendre : aucune cause ne se défend par tous les moyens. Réduire une cause à ses moyens est le propre du médiatique spectaculaire de « la zone ». Les moyens de défense d'une cause indiquent la noblesse et la vérité de ses fins qui sont moyens choisis, les meilleurs maintenus à tout prix, pas par des zonards des bois, mais par des humains entiers. C'est une question de dignité humaine et transhumaine.

Ces meilleurs à qui on sacrifie non les principes, mais tout dévoiement possible de ceux-là, c'est à dire, et plutôt que la perception de leur nature par l'image autonome qu'ils pourraient donner,  que ces meilleurs expriment, sans la vendre, mais proprement, la nature universelle d'une cause dans ce qu'elle a de plus déterminé, net et précis, de plus supérieur, plutôt que dans la corruption visuelle de la présentation ou représentation extérieure de n'importe quelle construction-interprétation cinématographique possible de son mythe dégradé.

Détermination déterminant les moyens et non l'inverse médiatisé, même s'ils la vérifient et l'authentifient, qui ne peuvent être que supérieurs d'une part, supérieurement employés d'autre part. C'est à dire créés et perçus dans ce sens absolu. Tout le reste est histoire, cinéma, espace, temps perdus pour la cause au niveau effet. Toute cause doit, en effet, sortir de l'histoire si elle veut, comme mémoire, avoir une chance d'enracinement et de vie efficaces : aucune mémoire ne sort ni ne vit d'une, ni dans une poubelle.

« La poésie de la rue », ce conte romantique pour aveugles associés, regarde le ciel invisible encagé, pas le caniveau écarlate où l'immondice de la trahison se mêle au sacrifice criminel couvert par la démocratie corrompue. Loin d'Hollywood et de sa propagande infantile infiltrant les cervelles massifiées de ses messes noires, elle a plus à voir avec une cause sans rebelle que l'inverse. La nature n'est pas un théâtre de contre-opérations médiatiques de maintien du désordre, où des zones à défendre parodieraient impunément le cinéma tragique des guerres civiles urbaines avec son décor de béton blême, impacté et découpé sur le ciel d'encre d'imaginaires fascinés, fascisés.

La nature n'est pas une république à vendre, c'est, comme les fins, le contraire de la cité et de ses guerres. C'est non une paix civile, mais une paix profonde, intouchable, incivile dans ce sens strict. 

C'est une sérénité qui ne vient pas de la loi humaine, mais qui la fait et la vérifie à ses origines autant qu'à ses fruits. Ce n'est pas une cause matérielle ou idéologique, c'est une fin, un principe qu'on respecte ou pas. Et son non respect est sanction immédiate, déracinement, exil, trahison, urbanisme, misère, déspiritualisation, enfermement, histoire, accaparement, exclusion, épuisement, intégration, asservissement, aliénation, remplacement, objectivation industrielle de toute liberté donnée de ce qui est.

Le reste est indifférent ou pire, complice. La nature n'est pas une cause – fut-elle commune – qu'on peut défendre comme un « bien humain » par une violence inhumaine pire que sa négation, elle est la source de toute cause et de toute défense. 

Et cette source, plus que n'importe quelle femme, est inviolable à tous les niveaux. Ce sacré ne vient pas de l'humain, il vient de ce qui le dépasse comme une mère insultée, mais debout, le visage aussi fier que calme face aux haches des lâches. Le lien est autant parental, transparent que trans-humain. Les nazis qui le tranchent, destructeurs ou prétendus protecteurs, perdent le nord à jamais. Mais qui défend encore à cette zone obscure de nous pénétrer ? Qui nous endort de ses fables malsaines, urbaines ?

Zones humides, zones érogènes (…) qu'est-ce que ça veut dire ? Les lieux sacrés de nature sont tous à célébrer et à aimer, non à penser "pénétré" comme par un nuage toxique de pensée unique déguisée en écologie alter-mondialiste : il n'y a qu'un monde, qu'une terre, qu'une seule vérité qu'une seule mesure et s'il sont niés, que du mensonge et du faux-nez. 

On respecte un ennemi, pas ses erreurs ni ses principes. On ne respecte pas des principes qui ne respectent rien. On ne corrige pas ses fautes par des principes de précautions qui feront des ghettos naturels comme dans ces endroits "préservé" où des espèces déséquilibrées de protection pullulent en attendant les prélèvements de rééquilibrage nécessaires. Il y a seulement des choses auxquelles on touche qu'avec d'infinies précautions. TOUT doit être préservé !

C'est le système qui doit être mis en question, non par la violence mais par une intelligence supérieure incorruptible : celle d'un ordre naturel unique de solidarité et d'entraide populaire non-violente, créatrice d'espaces de liberté spontanée retrouvée avec une nature proche.  

La destruction de la nature ne peut que nous blesser à mort, mettre le vrai monde inaliénable en suspension temporaire, en grève de la faim et de tout désir. Ce qui nous intéresse c'est cette vérité profonde, pas une « deep ecology » d'importation mondialiste financée par des politiciens « révolutionnaires » avec l'argent du système.

vendredi 5 décembre 2014

LA VÉRITÉ # 4 FAUTE DE VÉRITÉ







Il n'y a pas de système, pas de complot, il n'y a que paranoïa et subversion, passéisme masqué, des contestataires professionnels, des émotions malsaines, du pathologique, des déséquilibrés, des extrémistes traditionalistes, des pauvres, des drogués, des beatniks et des hippies, des manipulés manipulateurs, des profiteurs de tout sans rien payer, des marginaux qui ne représentent qu'eux-mêmes, des hétérogènes, des anti-tout organisés pour casser, saboter, renverser, accuser, critiquer, déstabiliser, affaiblir, discréditer, terroriser, attaquer, miner, salir, détruire, mentir, pervertir, exploiter, profiter, abuser, diviser.



Il n'y a pas de propagande, de conditionnement de masse, d'orientation de l'opinion, de contrôle des esprits, pas de psychologie sociale, pas de guerre idéologique, pas de guerre psychologique, pas de modes intellectuelles, pas de mensonge d'État, pas d'organisations secrètes, pas de rencontres au sommet, pas de programmes mondiaux, pas de plans secrets, pas d'internationales de l'argent, du pouvoir ou de la puissance. Ce sont des fables, des légendes urbaines, des ragots, des salissures, des infamies, un complot, une diffamation, une sortie de la réalité crédible, un découvert intellectuel insolvable.



Non, rien de tout cela et de tout ce que l'on vous raconte : en vérité, il n'y a que des gens de bonne volonté, de bonne foi, des modérés, des honnêtes, des dévoués, des justes, des méritants, des responsables, des experts, des dignes de confiance, des spécialistes, des savants géniaux, des élus, des représentatifs, des mandatés, des compétents, des autorités en la matière, des reconnus, des officiels comme au foot, des légitimes, des symboles, des raisonnables, des gens comme tout le monde qui font, comme tout le monde, tout ce qu'ils peuvent pour que tout aille pour le mieux, ou mieux : pour le moins pire, ou le moins pire possible pour le mieux scientifiquement prouvé. Tout étant dans les moyennes statistiques, étudiées et interprétées – forêt de tableaux de bord et de leviers.



Mais sans se concerter, se distribuer, se répartir, se soutenir, planifier, calculer, gérer, construire, prévoir, orienter, canaliser, provoquer, fabriquer, justifier, programmer, ajuster, compenser, manipuler, conditionner, soumettre, intervenir, systématiser, rationaliser, moderniser, remplacer, privilégier, choisir, imaginer, détruire, sanctionner, promouvoir, mettre en concurrence, diviser, acheter, vendre, punir, récompenser, trahir, déclarer, révéler, oublier, publier, encadrer, contrôler, maîtriser, dominer, moraliser, mailler, développer, totaliser, exclure, réduire, égaliser, supprimer, exterminer, radicaliser, médiatiser, transformer, chercher, appliquer, expérimenter, imposer, contraindre, faire croire ou discréditer. Pas d'action concertée ni de coordination à aucun niveau. La main gauche ignorant ce que fait la main droite, c'est certain.



Non, il n'y a ni système ni complot, il n'y a que démocratie illimitée, développement naturel des forces productives et créatrices libérées, citoyens idéaux, recherche et régime du bien être humain moyen maximum, sens de l'intérêt général raisonné, dévouement bien ordonné, travail d'exception des dirigeants, que des bons citoyens du monde global, d'irremplaçables entrepreneurs et créateurs multinationaux, des héros de la modernité économique et sociale, un nouvel ordre ontologique mondial, démocratique et juste : celui du marché de la liberté, de la liberté de marché. Des héros du marché, des leaders, des gagnants, des battants, des challengers, des combattants, des skippers, des guerriers, des rugbymen du progrès tous azimuts des gens qui bougent, un monde qui bouge, en révolution permanente.



Il n'y a pas de « système » au sens du mot employé par les subversifs et contestataires, mais synergie spontanée, convergence heureuse des intérêts, heureuse et nécessaire rencontre des grands esprits, transcendance des fruits de leur génie, production culturelle d'un monde neuf, différent, libéré, supérieur, définitif, incomparable, pur, absolu, universel, sans barrière ni substance définie, plastique et total – pétrolier – hautement fidèle aux réalités, fragile comme une technologie de pointe, finement articulé, suprêmement architecturé, efficace, pointu, abouti, affiné, adapté, auto-engendré et infiniment reproductible et perfectible, incontestablement non-négociable et rationnellement moral,
mathématiquement social et économiquement profitable. Une économie-monde libre et naturelle, dynamique comme une place de marché le dimanche matin, bien nettoyée du don et du contre-don de l'humain primitif, de ses représentations et de ses systèmes archaïques rétrogrades et contre-productifs dans un monde en faillite.



Un système sans système, abstrait, irréel, insaisissable ascèse rusée de la puissance pure et simple, mais évidente en diable comme un dieu du stade. Que du moyennement bon et positif en catalogue, ce bon vieux remède contre la folie des révoltés contre la volonté et le bonheur des masses catégorielles. Ceux du moins pire des mondes possibles, scientifiquement organisé comme un sursis positif en camp, en parc, en attendant plus rien de mieux ou même historiquement de plus qu'un credo écran comparatif truqué dans le bon sens de son image instantanée, faute de temps et de distance. Faute de vérité.


jeudi 2 octobre 2014

DEUX ENFANTS



Cette vieille dame si droite et si naïve, si sensible aussi, n'avait jamais dévié de ses principes. Sa vie durant, qui dura longtemps, elle défendit, dur comme fer, le système bourgeois de notre République dans ce qu'il avait hérité de meilleur de ces progressistes hugoliens du siècle 19, dont l'honnêteté faisait, au yeux des gens du peuple eux-mêmes, l'honneur de ces élites exemplaires dont parla si bien, en rendant cet honneur perdu à ce passé dépassé, un Bernanos. Qui aurait dit que seuls les enfants savent donner.



Elle vécut, dans sa foi du charbonnier, sans jamais douter un seul instant de la valeur de ses valeurs, une magnifique et sereine vie de hussarde amazone ordinaire. Traversant la dernière guerre comme une sorte d'épreuve terrible et malheureuse, mais dont l'issue gaullienne avait rendu au pays de France une gloire à hauteur de sa culture et de son histoire.



Jamais elle ne voulut admettre ni la corruption ni le suicide d'un système qui lui procurait tant d'idéalisme fertile, volontaire et positif, presque aristocratique. Elle admirait beaucoup les amis Américains et aimait leur propagande d'Usine à Rêves d'un amour quasi-catholique, pour une protestante pur jus descendant de sa montagne, nette immaculée.



Mais en 1999, quelques mois avant de mourir, elle émit le souhait – qui fut parfaitement exhaussé – de ne pas voir le siècle 21 : elle disait qu'elle ne comprenait pas le monde que nous avions fabriqué et qu'il lui faisait peur, qu'elle ne s'y reconnaissait pas : elle n'était, sans aucun doute, pas naïve au point de ne pas voir la trahison qu'apportait ce monde rêvé dans le triple zéro de ses progrès avancés.



Elle ne voulait pas voir l'an 2000. Mais elle mentait de toute la sublime, discrète et excusable coquetterie de son âge avancé à elle, quand elle faisait passer son refus sur le compte de la fatigue de vivre. Bien sûr, sa fatigue était immense, mais comment reconnaître, non pas s'être trompé, mais l'avoir été toute sa vie pour le meilleur de ce qu'elle avait pu donner ?



Son très jésuitique mari, qui mourut bien avant elle, était, à sa façon, une sorte de parfait cathare catholicisé, aimant répéter la formule quasi rituelle selon laquelle il sera beaucoup demandé à ceux à qui il a été beaucoup donné. Heureusement pour lui qu'il vit encore moins qu'elle le monde qui venait, un monde où donner est toujours trop demander : il serait probablement mort de chagrin devant une telle négation de son impeccable logique, aussi sûrement brûlé de l'intérieur que ses ancêtres le furent, eux, pour elle, à l'extérieur.






lundi 22 septembre 2014

L'ISOLATION ET LE FEED BACK







Bienveillance contre bien-pensance. Non-puissance, non-contrôle. Respecter, veiller à la bonne destination, hors système, des choses, des êtres donnés, dans une pensée, un regard ni calculé, ni calculateur, sauf la connivence, la complicité pure, isolée, instinctive.

Absolu et détaché, impossible en acte et en secret, au cœur du système, sans lui, sans logique conforme, dans la cohérence héroïque d'une liberté animale consciente

Veiller bien. Sourire intérieur neutre, redresseur comme un ancien feed-back invisible, imprévu.