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jeudi 27 août 2015

VISAGE ET FACE CACHÉE DU PETIT MONDE DE SIMENON




« Je me méfie des gens qui ont des malheurs (…) [et] qui s'en servent pour écraser les autres(...) [De la personne] qui flaire d'une lieue toute tentative de vie. »



Simenon, antisocialiste dostoïevskien formé et déformé par les jésuites, comme Kerouac. « Imbécile de génie » (Keyserling), il aurait été, pouvait-on lire dans un article du Monde des années 2000, « misogyne » quand il appliquait particulièrement ces vérités sociales aux femmes construites. Entendez non pas, finalement, tant à leur nature – aujourd'hui anéantie dans la « chose » par la Théorie, mais dans l'exercice de leurs fonctions sacerdotales citoyennes auxiliaires contractuellement « adjointes ».



Plus loin l'auteur de l'article qualifiait presque Simenon de « stakhanoviste » de « l'évasion » littéraire. Fuyant le système, sa « possession dévastatrice » et sa « fatale impossibilité de communiquer ». Ainsi, comme Kerouac encore, le grand romancier n'aurait été qu'un déserteur dont les personnages côtoient les bas-fonds des « fugitifs et les errants » (Simenon), expression de sa désertion et de sa marginalité sociales, sous le séduisant label littéraire de la partance vers l'Ailleurs et des festivals de son aventureuse, hypothétique et très commerciale rédemption.



On connaît bien la subtile musique critique des joueurs de flûte en papier, flattant les grands adolescents romantiques sommeillant au milieu du porc ou du bœuf-lecteur industriel châtré, parlant de, mais surtout pour ceux qui osent transgresser les codes par procuration, ouvrir des portes ouvrant sur les ivresses payantes de « non-possession » de « l'hypocrite lecteur », auquel le critique s'adresse d'abord, plus comme un éleveur que comme un élévateur.



Le client lecteur, éternel collégien, apprentis baudelairien, jouisseur borderline agréé, dont le spleen industriel au « dandynement » stupéfié échoue sur une poésie urbaine imaginaire du bout de la nuit d'un décor climatisé comme dans les classiques matriciels noirs d'Hollywood tournant autour de tous les péchés du monde.



Si cette soit-disant poésie bon marché de la dérive de rue, clochardisante au milieu des « cousins déchus des saints et des ermites » (Simenon) est une haute tradition, alors qu'elle l'assume au grand jour du combat, comme telle, comme il se doit, et non comme une révolution de salon underground parisien ou new-yorkais. Nous en avons assez de ces curés socialistes faisant la pige aux jésuites, bouffant le curé théorique en diable tout en flattant en apparence ceux qui le tirent par la queue.



La chute « articulaire » est finalement lamentable, comme il se doit, à propos des personnages de Simenon : « (…) dans le déluge des malheurs sans rémission, la révolte mal payée de traverser la vie comme une ombre. » Dieu que la révolte nihiliste est belle ! La vie comme une mauvaise œuvre d'art personnelle, n'est-ce pas là un suprême art de masse, la suprême négation socialiste ?



Un Simenon déclaré si ambigu qu'il devient, dans son tombeau en réédition constante, l'imbécile utile universel de service auxiliaire d'une prêtrise noire, comme Céline, le Camus de « l'Étranger ou Kerouac de « Sur la route ». La révolte des déchus ou des anges, c'est selon, proclamée nihiliste et jouissive supérieure, criminelle, dans la si belle et séduisante splendeur maudite de son charme sombre. A propos de naufrage, Baudelaire ne finit-il pas par frapper à la porte de l'Académie pour sa retraite ?



Camus disait que l'art commençait là où la pensée s'arrête. C'est tout art, ici, qui finit lamentablement. Les vrais gens n'ont rien à voir avec cette vraie vie au label rimbaldien contrefait comme une marque de chaussures de randonnée, autre immense crypto, hélas a-raisonné par les prêtres obscurs de « la transgression », cette pin-up dégoulinante de la pensée moderne, cette contre-joie patentée. Il n'y a jamais eu de révolte artiste pour la raison donnée par Camus plus haut. Point barre. Le reste est financier.



Pour ce qui est des vrais gens, des sans dents mordant la poussière d'en-bas, bas-fonds humains où les relègue un système trop vite dit bourgeois comme s'il n'était autre chose de pire encore, les transformant en jouisseurs maudits exemplaires, il faut affirmer haut et fort, contre ses médias, que les vrais gens ne jouent pas, eux, la balzacienne comédie rabaissée dont l'entomologiste Céline épingla les spécimens inversés, ils la subissent, sans en tirer aucune joie, même dans le viol protégé obligatoire.



Le libre amour du monde est cette souffrance pure et nue comme celle des saints, des héros et des Marie-Madeleine spoliés et humiliés, que le monde moderne a besoin de nier et renier en vieux maquereau, non pour être, mais pour exister seulement comme substitut, en tant qu'ombre sous les feux mafieux de la rampe du mal.



Rien n'éteint le vrai visage d'une vraie femme heureuse, belle ou pas, pas même le temps, pas même le mal : il ne le rend que plus lumineux, plus clair, plus trans-parent, plus naturellement im-maculé. Le reste appartient à la raison pratique du Mal, aux fleurs fanées d'ennui, d'envie, de trahison et de cruauté révoltés, et à sa très universitaire propagande pseudo-libertaire de classe. Pauvre Père Goriot. Comme tout ce qui n'est pas façonné par la main humaine. Comme toute « grandeur libre » (Giono).



Le visage serait, selon certains, notre être public ou social, visible, spectaculaire, notre face citoyenne officielle. Serait-il trop demander à la communauté de nous laisser le préserver non-spéculé, de le présenter non-imagé, non construit, non re-présenté, mais étant l'expression libre d'une personne humaine, non-conforme au type étatique de sa catégorie identifiable, comme celui de l'enfant non encore normalisé, non encore envahi par les vieux codes romains de contrôle du jeu de rôle ? 

Est-ce trop demander, en démocratie, que de montrer le visage d'une non-coopération naturelle au théâtre des opérations politico-financières, dans la non-violence assumée de sa part féminine éternelle, au nom de la vérité profonde de chacun ? Mais cette part n'est-elle pas déjà maudite, portée au pouvoir, définie dans le cadre de l'impériale loi humaine ?

Sortirons-nous un jour des miasmes orthodoxes de la catholicité de la basse-ville de Rome pour entrer dans les divines vérités de la vie éternelle de ce monde ?
Dieu seul le sait : posons-lui la question franchement, sans simagrée ni peur.

samedi 11 avril 2015

LA VÉRITÉ # 18 LE MONDE EST PETIT






La loi, au lieu de son intelligence, sa liberté et de sa vérité, est devenue en elle-même, pour verrouiller ces mêmes vertus supérieures, le cadre principal du système : le droit humain a remplacé le divin. Nous sommes donc verrouillés dans un système passé d'un système ouvert, où l'espace des principes étaient beaucoup trop grands pour avoir été inventés par les humains, à des temps fermés, trop petits pour la grandeur humaine.



Système si petit qu'il sera bientôt généré et géré par les machines. Le premier système, celui de Dieu ou de la Nature, conduisait à un niveau d'intelligence supérieure à partir d'à peu prés les mêmes principes. Le second, ayant éliminé le premier comme archaïque, ne mène qu'à un seul bas résultat : emprisonner l'esprit dans les formes complexes de la matière. Le premier ne concevait de droit que par la foi, la mauvaise foi du second fait fi de la foi pour définir la loi du vide humaniste.



Tant que l'objectif de la loi ne sera que l'efficacité technique dans la gestion sociale des affaires, il n'y aura plus, comme on dit, de morale, ni publique ni privée. Tant qu'elle ne demandera plus un respect absolu de valeurs en accord avec les convictions profondes des sentiments innés les plus hauts, les plus généreux, elle n'organisera que la soumission à la loi du plus fort, généralisée comme un cancer lent, aux normes hors-sol du pouvoir et de la puissance, à l'apesanteur toxique de théories économiques ne légitimant qu'un délire décroché. Par contre – le juste n'étant pas la puissance, même publique – , elle ne fera, cette prétendue loi, qu'organiser le chaos et la révolte qui va avec, pour la bénédiction de son auto-renforcement.

L'objectif caché de ce monde légaliste formel, soviétique, si on veut, derrière la légitime révolte de naïfs et crédules citoyens standardisés, lobotomisés, ne visant qu'à les faire tomber, d'une manière ou d'une autre, à un moment où un autre, du plus haut au plus bas de l'échelle sociale, sous le coup de la loi. Chaque pensée, chaque parole, chaque acte, chaque sentiment, chaque travail, chaque jouissance, chaque œuvre devant, en bien ou en mal, recevoir sa sanction juridique ou judiciaire : bénédiction ou condamnation.



Ce totalitarisme de l'Office Juridique va plus loin que les catholico-protestants qui l'ont précédé : le contrôle se systématise au fil des décennies, à la fois à l'international et en descendant toujours plus profondément dans toutes les structures de la vie privée survivante, sursitaire. L''objectif est la colonisation du psychisme et du spirituel, évidemment, comme toujours.

 Il ne doit plus y avoir de hasard libre ou relatif entre le marteau et l'enclume, il ne peut plus, désormais, exister pour la pièce humaine travaillée, que de la nécessité absolue, libérale, morale, psychologique, civique, réglementaire. Une nécessité de droit administrativo-commercial. Le reste devenant potentiellement soit interdit soit illégal, soit non encore traité.



Tout ce qui n'est pas validé est virtuellement donc, illégal ou nouveau marché : voilà « la danse des esprits modernes », celle qu'on nous fait jouer, comme d'autres le firent faire à des êtres anéantis, au son d'un violon pitoyablement émouvant et dérisoire, dans un camp psychologique ou un autre... « Nul ne peut l'ignorer. » Nul n'ignore l'horreur, première leçon de l'Histoire. Il n'y a de terrorisme qu'intellectuel, seconde leçon, actuelle et inactuelle. Qu'elle soit de Dieu ou d'État, qu'importe le flacon de Constantin ?



Non seulement le monde est rond, mais il est petit. De plus en plus petit. L'augmentation de l'hominidé l'a rapetissé. 

Nietzsche l'avait prédit dans un sens, Camus, dit dans un autre : le suicide sera le problème numéro 1 de notre temps. Face à la sur-puissance technicienne du cadre de la condition moderne, la désertion logique et l'émigration vers des mondes « meilleurs » – déjà malheureusement initiée par celui de la drogue et ses suicidés de la société – , ne pourront qu'avoir des impacts épidémiologiques incalculables – fenêtres ouvertes sur le grand vide des pathologies du bocal.



En attendant « la reprise », les tentatives, dérisoires mais combien rentables, de substitution d'un plaisir et d'une jouissance psycho-industrielles calibrées, aux plus profondes et éternelles aspirations à la liberté et à la vérité (…) – ces rebelles invariants désormais au mieux condamnés, au pire criminalisés – ces minables tentatives, criminelles justement, auront pitoyablement échoué.  

Par delà les prédictions d'Huxley, la continuité dite laïquement, scientifiquement, psychique de la République Humaine deviendra aussi insaisissable que les flux climatiques déréglés.

Totalement violente et pathologique, imprévisible et irrationnelle, comme l'animal traqué, apeuré face à un système d'immobilisation écrasant et immobilisé à la fois lui-même, par et sur la totalité de ses écrans noirs et curseurs fous, fébrilement pointés, à la K. Dick à son "mieux", sur l'inessentiel stirnérien d'électrons psycho-dandysés.








vendredi 10 avril 2015

LA CHENILLE ET LE PAPILLON




L'Absurde, dit Camus dans ses Carnets, c'est quand on voit « en toute lucidité les limites de la raison » pure. 

Limites d'une raison fabriquée comme une mécanique intellectuelle de précision aux usines à rêve d'Iéna, Koenigsberg ou Ingolstadt, manufactures intellectuelles où les docteurs teutons du XVIIIème inventèrent un homme augmenté à partir de lui-même, en pure vertu d'une raison impériale universaliste. Un sage ignoré du XXème, taoïste d'origine anglaise, aurait répondu par une boutade à cette prétention, comique comme un casque à pointe, qu'il ne fallait pas espérer « décoller du sol en tirant sur ses chaussures. »



Les limites de cette raison instrumentale historico-scientifique usinée par un illuminisme manipulateur comme par une secte américaine new-âge de nos jours maudits, Grosse Bertha philosophique pointée la raison transcendentale méditerranéenne, sont évidentes, à crever les yeux de ceux qui en ont encore pour voir, et pas seulement pour pleurer.



C'est bien l'impuissance de cette raison pure, quand un monde nouveau, basé sur elle, domine sans partage, dans une euphorie positiviste obscène comme un char d'assaut, notre vieux monde dit périmé, pour le précipiter dans la barbarie inédite d'un indéracinable fascisme mondialisé, loin des rêves de paix perpétuelle d'une humanité purifiée de sa nature...



Peste camusienne, rationalisme pragmatique, idéalisme intellectuel (côté pile, côté face) qui détruit sous ses chenilles logiques toute sagesse et toute grandeur humaine, en un mot toute noblesse, qu'il nous faudra bien un jour réinventer, comme le notait précisément Camus encore, toujours dans ses Carnets. Condition première pour retrouver cette qualité d'humain véritable qui commence à nous manquer terriblement. Et que cette raison pratique ignore et nie infiniment, jusqu'à la fin de tout, fin liant indissolublement capitalisme et apocalypse.



Cet instrument de guerre totale au monde est une culture plus barbare encore que ne le fut le catholicisme romain qui l'engendra – comme la folie engendre le désespoir et inversement sans fin, en folie nouvelle. Maux jumeaux à la source de la décadence virale de notre civilisation, de sa course technologique à l'abîme, imposés de force comme mirage collectif rationnel d'une rédemption humaniste d'un système fonctionnant hors sol, hors toute vérité humaine ou du monde.



L'Héroïsme, lui, consiste à faire face seul, Place Tien'anmen de l'esprit moderne, de façon solidaire, chaque jour où la peste s'étend et gagne sur ce que Dieu fait. Faire face à cette horreur de la guerre intellectuelle pour la colonisation des esprits. L'horreur de cette guerre psychologique, de cette terreur intellectuelle subie dès l'enfance avec ses blessures invalidantes, ses gueules cassées, ses martyrs (…) vaut hélas, celle de l'autre, l'objective, la trop sale pour être faite trop souvent entre civilisés... kantiens.



Cette guerre intérieure totale, dans notre résistance passive sans espoir immédiat, nous savons maintenant que nul n'y survivra mentalement sans une sorte de retournement minimum de milieu pour l'humain épargné restant. Retournement qui, d'où qu'il vienne, ne sera pas seulement une remise en question et en place de la Technique, mais aussi et encore un Retour non à, mais de la Nature comme valeur et source relativement suprême.  

Retour qui ne passe pas par un « non », par une révolte productive asservissante, mais par un « oui », le oui d'une révolte d'affirmation majeure d'une métaphysique retrouvée, dévoilant le sens positif caché d'une Nature à défendre.



N'avons-nous pas été encore assez au bout de la nuit des défis imbéciles et criminels d'un certain humanisme de domination ? 

L'Héroïsme consiste, entrés de force dans les rangs sanguinaires de cette armée mercenaire de l'esprit du mal occidental avancé, à maintenir coûte que coûte celui de générosité, de non-violence inutile à la Gandhi, de non-puissance, et aussi de non-agir taoïste face à la réalité du monde, permettant de ne pas fabriquer de réel anthropomorphe, simulé, toxique et suicidaire. Maintenir cette générosité au fond du piège-même refermé sur nous, au fond-même des basses-fosses dans lesquelles nos esprits, pataugeant dans un sang mêlé d'excréments, captifs, fascinés ou terrorisés ont été jetés ou abandonnés.

Il faut sortir de ce camp de la mort par le haut, par une raison astronomique qui dépasse les battements de nos cœurs chronométrés, bientôt pucés.



Seule cette dissidence spirituelle, religieuse ou pas (là n'est ni la question ni le flacon : c'est la chenille et le papillon, pas le char d'assaut de l'oeuf ou la poule des docteurs en logique) nous rendra notre honneur perdu d'humains et notre grandeur libre au sein, sensible et sensuel à la fois, d'une Nature transcendante, ni barbare ni étrangère. 

Qui n'est pas femme idéale à dominer, mais mère réelle « à obéir », unique, infiniment préférable à toute idée automatisée de justice familiale élargie au genre humain abstrait aligné, calculée par les fous du Labo Folamour & Co. 



vendredi 13 mars 2015

LA VÉRITÉ # 16 D'UNE VÉRITÉ L'AUTRE




Réponse commentaire remaniée à Anarcourge | 11/03/2015





"La vérité, c'est une agonie qui n'en finit pas.
La vérité de ce monde c'est la mort.
Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n'ai jamais pu me tuer moi."



L.F. Céline





Combien Camus avait raison de dire que le suicide est le problème le plus important!..

Vous citez cette sentence, si rare, si désespérée et honnête, de Céline, en marquant beaucoup de points d'un coup. Après, tout dépend de la façon de voir et recevoir la vérité de cette haute vérité, dévoilée par ce génie d'abord d'humanité, à mon sens. Mais cette vérité n'est qu'humaine, et même qu'occidentale. 

Et même en Occident, ne concerne t-elle  pas uniquement, comme pensée unique, à la fin des fins, que notre triste part maudite, restée malade généralisée comme un cancer, mais d'une vaste culture invisible, bien réelle, mais éternelle ?



Sentence implacable non pour l'humain, plus précisément, mais pour ses systèmes logico-industriels à vivre actuels, humain avili par un système de pure puissance, qui par son hégémonie génocidaire, se voudrait dominant (« le capitalisme a gagné. »). Pas pour l'homme vrai, l'indigène culturel d'une certaine civilisation, que la vérité et son combat maintient absolument écarté et étranger de ce système inhumain contre-transcendant, – humain ordonné et orienté qui a toujours pu et pourra toujours, ici et ailleurs, pour des raisons culturelles propres plus que politico-logiques (…), choisir entre le « mentir ou mourir » qui nous fracasse en masse depuis trop longtemps (1914 ?, et dont ce Céline, engagé volontaire à 17 ans, vécut la démence et l'horreur illimitées sans doute comme une incurable révélation.



Il y a ce que l'on peut nommer « l'obéissance consentie » d'un humain de bonne volonté à un ordre naturel propre qui le nourrit et le constitue avant même de dépasser ses magnifiques limites naturelles aujourd'hui salement transformée en handicap majeur. 

Obéissance consentie, oui camusien, qui n'est en rien soumission, comme si on devait être soumis à l'air qu'on respire, mais plutôt contre-don vital. Cette vertu de base, devenue, chez nos modernes cervelles massifiées de fausse intelligence, un vice moral dénoncé par... la corruption et à l'inversion généralisée des valeurs, « vice révoltant », répugnant donc, que le politiquement correct persécute au nom d'une fausse liberté, comme si la liberté pouvait se mettre en boîte, au rouleau compresseur idéologique, dès la maternelle, ce qui laisse effectivement peu de chance de sortir de l'alternative (désespérément ou cyniquement, ou les deux à la fois ?) pointée par un Céline centralement cassé, ce pantin que nous sommes presque tous devenus devant nos glaces le matin, notre ombre précoce.



N'étant nullement nihiliste, sans pour autant nier les vérités certains nihilismes, je suis pour partir effectivement d'un Céline, de ce désespoir immense qui crève en nous, frères humains « du voyage » sans fin ni fond (et là je pense aussi, incidemment, à un film comme « Coup de torchon » de Tavernier (…), pour aller vers une liberté qui est aussi en nous (et encore plus profond!), depuis bien avant le début de la terreur systémique, et qui peut ne pas avoir dit son dernier mot, si elle le veut, dans la mesure même où celle-ci, dès qu'elle retrouve sa parole, comme chez un Céline à son mieux, justement, mais aussi chez n'importe qui qui se réveille, et retrouve l'incorruptible et irréfragable vertu de vérité réelle, libératrice de ce monde – créateur et création à la fois, par delà même l'humain, et qui est loin de n'être qu'une véritable asymétrie du mal, mais aussi et d'abord réponse et écho de quelque chose de beaucoup plus haut et grand que ce mal de salon ou de salauds, – au moins dans ce sens – , devenu tellement existentiel, pour les habitants innombrables du système mondialisé, qu'il va finir inévitablement par leur faire, au moins, de plus en plus toucher rationnellement l'essence de l'éternité terrestre première perdue.

Sans elle, c'est si vrai : le mensonge occupe toute la place, dieu très humain il est vrai, mais faux, beaucoup « trop humain », -- dans la direction escarpée mais libre au moins, pointé par un autre génie janusien, indépassable au plan "humain", justement, sauf à quitter la défroque humaniste puante qui colle à la peau du moi, nous encamisole le coeur et s'efforce ridiculement -- à en mourir de rire -- d'en tenir lieu. Combien de temps encore ?









lundi 9 février 2015

LETTRE A CLAUS # 2




Cher C.,


Content d'avoir de vos nouvelles. je pense à vous régulièrement. Je vois que vous êtes allés du côté du grand Giono et de la recherche de la pureté. Savez-vous qu'il y a un lien secret Giono-Camus ? 






Pour ma part, je reprends aussi des forces comme vous dites et je continue mon chemin : c'est une méditation quotidienne, sans obligation de résultat précise, mais qui ne s'arrête jamais, et quand un texte tombe, c'est qu'il est mûr. Je pense que je vais vers un approfondissement progressif des relations entre le sacré et la technique, sans avoir de direction plus définie. Mais cette orientation précise est déjà une belle récompense en soi...

Pour ce qui est du « combat que l'on sent venir », il risque d'être plus rude et inattendu que l'on pense : il sera sans doute d'une violence inouïe ou extrême, et d'une traîtrise inédite. Il faut s'attendre au pire, surtout de la part des « amis ». 

D'un autre côté, si la guerre est liée à une sorte d'horreur sacrée qui révulse, elle est aussi pour certains éveillés, l'occasion d'une grâce unique, comme les pire misères en portent mystérieusement en elles, qui nous ravira, dans tous les sens du terme.

 Nous n'avons jamais eu le choix et nous ne l'aurons jamais : nous ne sommes que des humains, condamnés au dépassement heureux ou à la déchéance, à la chute ignoble, innommable. C'est un retour de vérité éternelle. Un éternel retour de devenir truqué.

En ce moment, ce qui est le plus important n'est pas de croire pouvoir stopper un phénomène « mûr » et karmique, mais de regarder en face ce qui le détermine, ce qui détermine, une fois encore, le basculement, de façon masquée et volontaire. Ceux qui le déterminent une fois encore, une fois encore au pouvoir. 

Nietzsche n'est effectivement pas un Antéchrist, comme voudraient le faire croire les bonnes sœurs communistes, mais un des prophètes, oui, d'un renouvellement chevaleresque du christianisme ou plus exactement, de l'ancienne chrétienté, par delà les morales truquées. Il ne peut qu'appeler, au delà de ses excès, si sains parfois, à une nouvelle fusion instincts-spiritualité en Europe, par delà le retour programmé des démences fascistes : il faut non pas rejeter a priori ces démences, mais les guérir avec de la vraie vie, de la vie supérieure.

Savoir se servir de la raison passe par la capacité rare de savoir trouver la place de la raison, centrale non déterminante, pour pouvoir « croire pour comprendre et comprendre pour croire », ce qui est la formule éternelle du chemin. Le culte de la raison, comme celui de la femme, nous a égaré : la raison n'est rien sans ce qui la remplit et ce qu'elle remplit. Elle n'est plus qu'une forme fantôme hanté par la vérité. Vérité qui la dépasse.

Pour ce qui est de la pauvreté volontaire du futur, que vous nommez décroissance, il est évident qu'il n'y a que des cycles, et que la croissance appelle la décroissance comme le travail le repos, comme l'assolement triennal préservait la terre-mère que nous épuisons et empoisonnons aujourd'hui. Il en est de même de l'humain je crois. 

Si nous ne laissons pas l'humain reposer, une grande fois pour toutes les fois manquées, dans la grâce des dieux, alors, nous allons disparaître, avec nos cultures prétentieuses, exténuées par le désir de puissance et la volonté de jouissance, dans le néant de nos illusions comiques comme le transhumanisme matériel.

Oui, la machine du temps « nous a divisés en deux, nous a mutés dans deux sens opposés ». Mais c'est son rôle : elle est le séparateur et la ligne de front. Le combat est spirituel. Il y a ceux qui, comme le souhaitait Simone Weil, « refusent la puissance », et le autres, dont ceux aussi qui en sont momentanément « privés », mais qui ne sont pas pour autant un prolétariat salvateur : dans la guerre qui vient, ces « victimes » devront faire leur choix et peu choisiront la liberté, la majorité optera pour le pouvoir, la destruction du monde.

Seuls les peuples heureux se libéreront de la malédiction de la technologie noire. Et cette libération est déterminée clairement par ce choix. C'est ce choix qu'il faut pointer et exiger, sinon tout est fini

Grande différence avec les animaux, qui, eux, ont la grâce éternelle et insigne de mourir sans chuter de leur condition. Nietzsche, quelque part, nous a rappelé, indirectement, la grandeur exemplaire de cette aristocratie "naturelle" plus-qu'humaine de ceux que nous maintenons abjectement sous notre barbare et absurde botte. Giono aussi, le Grec de Provence, et combien ! Et Kropotkine encore, pour les scientifiques, combien ils nous ont appris !

Fraternellement.


jeudi 15 janvier 2015

FORCES FRANÇAISES LIBRES # 1 NON SANS FOI NI LOI





Nul n'ignore théoriquement la loi, mais plus personne, hormis en logique – mais peut-on parler de foi, à ce niveau si neutralisé, voire annihilé ? – ne parvient plus à y croire. Si la loi n'est plus qu'une contrainte aveugle, au lieu d'un accord profond et élevé à la fois, alors le manque de respect viral se répandra jusqu'à la rupture généralisée des canalisations. Moment où l'on se rendra, trop tard pour dormir encore, compte que ces canalisations n'étaient pas constructions théoriques, mais comme un mystère qui nous dépasse infiniment dans ses éternelles fertilisations.



Et que ne plus croire en ce mystère ni en cet infini, c'est ne plus croire en rien, dans ce nihilisme constructiviste, maintenant à la racine des maux rhizomés qui nous réveillent et nous lèvent, que nous combattrons jusqu'au bout.



Nous placions, en France, tellement d'espoir dans l'Esprit de Résistance, refondateur de vraies valeurs, progressivement trahi, dès la Libération, pour et par des raisons utilitaristes, qu'il ne pouvait que renaître plus fort, à la première déclaration de guerre jetée à la figure de son peuple. Nous n'accepterons jamais ni l'enclume fasciste maquillée en « islamisme » qui nous tombe du ciel, ni le marteau jacobin-laïcard techniciste qui cherche, sournoisement et cyniquement, depuis 89-68, à nous détremper sur une masse de pesanteur théocratique inerte, ou une autre.



On ne tuera pas une seconde fois l'Esprit des Camus, Giono, Weil, Mounier, Ellul et de tous les autres « justes » anonymes, si exemplaires pour l'élite survivante à « la guerre de trente ans » de 1914-2014, soulevée "net" au cœur, et qui pense, encore, sans Descartes, avec autre chose qu'un cerveau castré de « veau » sous la mère.




lundi 12 janvier 2015

LA GRANDE PEUR





« Ne vous laissez pas diviser ! », entend t-on partout martelé en ce moment, au lendemain des 7 et 11 janvier français.

Pour préserver « l'unité nationale » d'une France coupée en deux, trois, quatre (…) depuis des décennies, ou même des siècles, mais qui a toujours su « se retrouver » pour défendre ses valeurs supérieures menacées, partagées au delà du clivage plus idéologique que culturel entretenu pour diviser et exploiter son peuple ; pour préserver l'unité politique des politiques donc, ne sortez pas de la pensée unique unitaire mondiale.

Face à la « guerre mondiale du terrorisme » menée, contre l'Alliance à laquelle nous appartenons de par la volonté de nos gouvernants, en vertu d'accords passés sans accord ni même consultation du peuple ; guerre aujourd'hui menée contre la France. Cette guerre, dans laquelle nous sommes engagés sur des « théâtres extérieurs », est « un défi mondial » auquel nous répondons par une guerre au nom de nos valeurs universelles, de nos valeurs mondiales.

Voilà ce que veut dire d'un côté ce slogan, et, de l'autre ce qu'on nous en dit.

« Ne vous laissez pas diviser. » Comme il est non seulement trop tard pour ça, mais encore comme c'est un désordre de fausse différence, implanté et maintenu de fait et de force en ordre prétendument supérieur, il faut bien trouver une parade logique, une « para-logique » pour le faire régner, cet ordre fabriqué, malgré tout ce qui arrive, sous l'indiscutable et imprescriptible autorité toujours plus protectrice de l'État, en répondant, par un slogan de sagesse théorique, à la peur liée aux conséquences de ce désordre, et tenter de faire face à une situation à laquelle il n'est pas étranger du tout, cet ordre des choses.

L'indivision donc ou la mort, à la fois très concrète et virtuelle, liée à chaque menace de cette guerre faite à la population, nommée terreur, puisqu'il n'y a, à proprement parler ici, pas de terreur militaire, en apparence restreinte et comparative, si elle est encore ou d'abord possible.

Il y a la peur des gens, et la peur, très bien fondée, de ceux qui dirigent, que l'ennemi public profite des faiblesses constitutives du système, comme s'il ne l'avait pas déjà fait. Il s'agit donc d'une peur des limites de l'aggravation de la situation, qui n'a pas tout à fait le même sens, à travers les mêmes mots, pour les uns et pour les autres.

Limites, par delà lesquelles, évidemment, gouvernance oblige, tout serait permis pour rétablir un semblant d'ordre, ou d'équilibre normal ou normalisé de la situation. Y compris l'engagement complet de la nation dans une guerre totale, entendez : sans limite non plus. Totalitarisme criminel collectivisé, comme d'habitude, évidemment souhaité par personne, mais perçu, aux deux niveaux, comme menace à la fois si lourdement virtuelle et déjà tellement réelle, que nous ne pouvions, et ne pouvons que, si naïvement et mensongèrement, continuer méthodiquement de la nier.

D'où le malaise dans la civilisation républicaine française. Entendez par là ces valeurs qui sont à la fois nôtres et universelles, sans pour autant parvenir, et pour cause – quand on voit leur mise en pratique – , à ne pas être exclusives et sélectives, orientées et instrumentaliées, puisque nous en sommes aux conséquences directes de cet exclusivisme hégémonique (et parfois même, négrier, dans un si récent passé). L'imposition barbare et cruelle de ces prétendues valeurs civilisationnelles universelles étant l'une des matrices naturelles et culturelles des terrorismes réactionnels modernes, partout où, de près ou de loin, cette République-là eut des colonies, aujourd'hui encore associées selon diverses formules.

Mais il y a plus, « en interne » : les dissociations de l'intelligence que l'application volontairement dévoyée de certaines de ces valeurs a finalement provoquées, a abouti, par exemple, via les manipulations mentales post 68, cristallisées en révolution culturelle de masse autour de vraies valeurs au départ, à la destruction en cours de toute vérité hiérarchique et d'autorité naturelle ou légitime, avec un pour horizon final un conformisme nihiliste déconstructeur de type totalitaire bourgeois et mou, après le passage à la moulinette existentialiste sociétale, non encore achevé...

Mais laissons-là la Grande Trahison des libéraux « libertaristes » de tous poils, qui, si elle paraît hors sujet, (et fermons donc la parenthèse), n'en est pas moins liée à la décadence morale qui permit l'affaissement central des idéaux républicains authentiquement construits en dehors de tout complot de pouvoirs et de domination-manipulation du peuple passant par l'institution d'une sorte de religion rationnelle civique imposée par la Terreur (déjà).

Revenons à nos moutons, pour finir.
« Ne vous laissez pas diviser ! » Ne dites pas ni ne pensez pas les vérités spontanées du sens commun face aux « évènements irréels » produits par l'actualité de la rue et des esprits malades choqués. Laissez la logique pure et son esprit critique penser les choses pour vous. Laissez la logique de troupeau guider vos réactions « officielles » les plus « spontanées » et vous accompagner psychologiquement jusqu'à la victoire finale la plus assurée.

Mort, quelle est ta victoire ? Les pleureuses noires, officiellement excommuniées, du « sursaut » entonnent déjà leur pathétique et maléfique « Vive la mort ! ». L'envers du décor est toujours le même, le spectacle continue en intérieur nuit.

Même Camus est dépassé : tout le monde est devenu la victime de quelqu'un. L'absurde est bouclé pour le bouquet républicain, un, indivisible et dérisoire. Le rideau se lève sur les monstres de « l'aube dorée » d'un nouvel ordre. Personne n'est déjà plus défendable, et pourtant il faut défendre la vérité au milieu de tous, sans tremblement ni haine, fermement.





mercredi 12 novembre 2014

LE MUR DU POSSIBLE






LE MUR DU POSSIBLE


LA TECHNIQUE ET L'HUMAIN 3



LE MUR DU POSSIBLE ET LA VOIE ROYALE DU PERMIS



Comme l'avait fait Kerouac avant tout le monde, il faut revenir un peu à Dostoïevski, cet immense génie interrogeant un monde moderne en gestation – surtout par ses intuitions rationnelles, déjà remarquées par Camus. Dosto, que le gouvernement russe est en train d'essayer d'interdire dans les écoles et les bibliothèques. Y revenir pour saluer sa lucidité très simple sur l'avenir de l'Occident et du monde.

« Si Dieu n'existe pas, tout est permis. »
Il faut développer en sortant des ornières religieuses-moralistes des doxa. Ou tout est permis ou tout ne l'est pas, et si oui ou non, pourquoi. Saluons donc d'abord ces anarchistes scientifiques chrétiens russes exterminés au début du siècle 20, désormais anonymes, et donc encore plus beaux, ces possibles qui ne furent pas permis. Frères dans le temps, assassinés sur ordre de qui, obéissant à qui, loin de là ? C'est que non seulement leur possible à eux n'était pas rationnel, mais encore, conséquence ou cause (là et seulement là, il y a poule et oeuf, comme on le verra ultérieurement), il n'était nullement réaliste, au sens des affaires de ce monde.

Si tout n'est pas permis, tout n'est pas possible, et tout ce qui est possible n'est donc pas réalisable – contre la direction prise par la science technique moderne. Ou plutôt ce non-réalisable là, transgressé remet tout en question : derrière un prétendu progrès scientifique-technique se cache la régression, « l'évolution régressive » dont parlait déjà un Elysée Reclus.

Ce qui compte n'est pas l'épouvantail Dieu, ce sont les valeurs qu'il symbolise, laïcisées ou pas d'ailleurs, comme par exemple l'esprit et non la lettre des Droits imprescriptibles et universels de l'Homme, non chez leurs doctrinaires roués, mais dans l'esprit d'un peuple et ses sentiments, tous deux non étrangers à leur ancienne culture chrétienne. On peut penser à un Hugo aussi pour faire le lien entre esprits conscients et sentiments du cœur.

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Il faut se tenir à un plan qui ne soit ni religieux ni philosophique ni scientifique, tout en les englobant, en les tenant tous sans en lâcher un, la vérité ne relevant pas des champs spécifiques du réalisme relativiste, mais d'une attitude d'esprit absolument ouverte et non séparée du monde dans sa diversité universelle incluse et interne, active et virtuelle dans les lois de la permanence de son être.

Il faut retrouver l'absolu du monde dans sa qualité pour préserver son intégrité. Absolu lié, organique et pour cela les contributions non alignées des sciences et des religions sont nécessaires en se séparant des logiques qui séparent, y compris pour les questions essentielles de morale et de transcendance ou de vérité. Les logique analytiques doivent cependant ne plus pouvoir s'appliquer que dans la relativité restreinte de champs respectifs pratiques et techniques irremplaçables mais absolument limités, sous contrôle d'une raison véritablement universelle, c'est à dire acceptant la part métaphysique essentielle d'une vérité directrice unifiée indiscutable, par delà toute réalité sensible dans ses instabilités pratiques.

Non l'indiscutabilité stupide et dangereuse du dogme, mais l'indiscutabilité de conviction non vérifiée, mais avérée par une parole et un engagement personnel social qui vaut et non valide, non par la logique, mais par l'exemple vivant ordinaire et extraordinaire et la visibilité inévitable, mais non recherchée, des fruits qui l'accompagnent. Un indiscutabilité du cœur aussi, puisque les sentiments traduisent non une sentimentalité psychologique, mais un instinct sûr, quand cette indiscutabilité est exclusivement (à l'exclusion de tout argument logique rationnel systémique) guidée par la vérité et son souci, respectée et honorée comme telle, comme ce fut le cas de certaines périodes pré-logiques et pré-techniques de notre immense histoire.

Ces sentiments et cette parole-là étant à la base de toute dignité des personnes dans leur relation globale au monde. Les périodes de décadences doivent au moins être maîtrisées, les leçons à tirer ne pouvant que remettre au moins au pouvoir intellectuel juste le rôle éternel joué par la vérité une et indivisible au sens analytique, pour le maintien d'une vie et d'une société digne de ce nom. L'épisode technicien de notre civilisation aura au moins montré, négativement, l'impossibilité absolue de s'écarter de toute chevalerie morale, intellectuelle et spirituelle, un peu comme dans « Excalibur » de John Boorman. Seule la parole spirituelle et humaine présente une garantie de vérité, de liberté et de dignité.

A un autre niveau, les leçons du Zen doivent être tirées autant en science qu'en spiritualité face au tout en paix dans tout, sous peine de prolonger les totalitarisme de pensée et d'attitude, sans parler d'autorité ou de pouvoir. Le centre de la réalité n'est nulle part, comme le pressentit le génie « hybride » de Pascal, dans son esprit de logique et de finesse.

Les machines ne doivent être que des outils matériels soumis au jugement critique, au tamis de la raison transcendante, celui qui laisse passer la lumière, et du cœur spirituel, sans autre considération que celle de la vérité humaine et de la réalité du monde qu'elle impactent, au départ et à terme. Réflexion qu'initia génialement en son temps Simone Weil à partir de l'expérience et de la pensée personnelle sociale, sans être, évidemment, écoutée. Mais la force de sa parole témoignante appartient au futur. Il faut briser l'entente abjecte des machines et leur congénitalité dégénérative-dépressive. Mais la briser dans l'esprit, le rationnel, pas comme des luddites, même joséboviens.

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Il faut partir non du système et de ses contraintes, de ses données ou de sa « logique interne », mais de la personne humaine, comme sut le faire absolument Simone Weil dans " L'Enracinement ". Partir des besoins humains fondamentaux, des matériels pour aller vers les spirituels, et en ceci, le travail inégalé en intelligence humaine profonde qu'elle fit et légat au monde, et en particulier à la France Éternelle, est une arme (et un outil) chargée de futur, comme disait un poète espagnol en exil. Celui qui part du système est mort ou esclave en tant qu'humain. Simone, « Jeanne » et honneur de notre Culture, moniale laïque, dont l'anarchisme chrétien tremble comme une Voie Royale sous le soleil de Satan, ouvrant les Grandes Portes à deux battants pour la Sortie en armure de lumière au devant de l'éternel assiégeant Anglais. Le barbarie anglo-saxonne ne se combat pas avec les armes du sensible.

Les « problèmes » advenus et à venir ont toujours été liés au tout systémique, ou non systémique, puisque la nature n'est ni machinerie ni système. Totalitarismes, dialectiques instrumentalistes envahissantes (comme il y a des troubles envahissants du comportement), horizontalités technicistes sans limite, et toutes les formes de pathologies systémiques nouvelles à venir. Mais là où la nature ouverte réparait et restituait l'intégrité atteinte, l'enfermement du système technicien interdit tout retour en arrière, toute réparation humaine ou naturelle, puisque ces deux faces d'un même Être sont inexorablement liées au destin condamné de toute divinité, de tout mythe ou de toute parole, comme le montre si bien, définitivement, Ellul.

Ce que veut dire et désigne le « tout n'est pas permis » dostoïevskien, ce sont des limites aujourd'hui atteintes : écosystème, autodestruction, besoins et productions démesurés, pathologies envahissantes. Ces dérèglements globaux, jusqu'au climatique, sont la preuve et le résultat de « l'expérience » rationnelle systématique déraisonnable d'un monde « climatisé », justement : « maîtrisé et possédé » par l'homme cartésien « libéré » des contraintes de l'irrationnel et de l'ouverture verticale totale au risque de la noblesse et du sacrifice de soi – c'est à dire de la liberté et de la beauté spirituelles conquises au prix fort.

Saccage technique et artificialisation de la vie par et dans une logique infernale de puissance pure appliquée au tout et à tout, au profit arbitraire et fou du renforcement systématique de ce qui est permis par pure et simple absence de règle et et liquidation des limites, comme le discerna encore Ellul. Le possible contre ce qui est. Au lieu du vrai contre le vraisemblable, assimilé, contrefait, usurpé, violé en représentation. Cette solution finale de tout problème humain ou naturel est un anéantissement théorique, seulement et heureusement, dans la mesure où la vérité du monde n'est pas un résultat ou une application, mais un moteur immobile et sûrement pas un désir fou.

Comme pour la poule, l'oeuf en vérité a besoin d'être fécondé dans la poule, par le sens historique ou spirituel. Les cinq sens ne suffisent pas à produire celui d'une seule chose et encore moins d'un seul être. Le système n'est qu'une batterie de pondeuses stériles tout juste bonnes pour de l'omelette sociale, pas pour une humanité bonne. Le possible contre ce qui est ne sera jamais que la limite des possibilités possibles, pas de ce qui est possibilité de l'être ou d'être. Aucun faux possible ne peut dicter du vrai permis. Seul le vrai est possible, surtout le plus impossible et irrationnel : la raison ne construit pas le bon sens, elle ne fait jamais que le suivre, comme un singe savant ou mieux un perroquet dressé.


Article originellement publié sur http://www.pearltrees.com/darkhaiker/scientifique-technique-humain/id12678026







jeudi 23 octobre 2014

LES BONS BERGERS




Point plus dangereux que remarquable, point technique, où le totalitarisme libre-échangiste pur et dur se jette dans les eaux troubles du socialisme total. Jonction d'extrêmes sous l'illusion du combat : quand le moyen n'est pas le but (Camus), il devient, de lui-même, le but (Ellul), pris en lui-même. Troupes de choc et troupeaux de masses.

A l'intersection des courbes, la personne humaine, démembrée, courbée, exclue ou niée, réduite à une abstraction, une forme de principe ou d'intention affichée. 

Membre fantôme, comme on dit en chirurgie, intellect décervelé, désincarné, désossé, dévitalisé, dénervé, dé-sexué, dénaturalisé, déminéralisé, décalcifié – détaché en orbite molle, en course sursitaire perfusée de chiffres corrigés