« Ne vous laissez
pas diviser ! », entend t-on partout martelé en ce
moment, au lendemain des 7 et 11 janvier français.
Pour préserver
« l'unité nationale » d'une France coupée en deux,
trois, quatre (…) depuis des décennies, ou même des siècles,
mais qui a toujours su « se retrouver » pour
défendre ses valeurs supérieures menacées, partagées au delà du
clivage plus idéologique que culturel entretenu pour
diviser et exploiter son peuple ; pour préserver l'unité
politique des politiques donc,
ne sortez pas de la pensée unique unitaire mondiale.
Face
à la « guerre mondiale du terrorisme » menée, contre
l'Alliance à laquelle nous appartenons
de par la volonté de nos gouvernants, en vertu d'accords passés
sans accord ni même consultation
du peuple ; guerre aujourd'hui menée contre la France. Cette
guerre, dans laquelle nous sommes engagés sur des « théâtres
extérieurs », est « un défi mondial » auquel nous
répondons par une guerre au nom de nos
valeurs universelles, de nos
valeurs mondiales.
Voilà
ce que veut dire d'un côté ce slogan, et, de l'autre ce qu'on nous
en dit.
« Ne
vous laissez pas diviser. » Comme il est non seulement trop
tard pour ça, mais encore comme c'est un désordre de fausse
différence, implanté et maintenu de fait et de force en
ordre prétendument supérieur,
il faut bien trouver une
parade logique, une « para-logique »
pour le faire régner, cet
ordre fabriqué, malgré
tout ce qui arrive, sous
l'indiscutable et imprescriptible autorité toujours
plus protectrice de l'État,
en répondant, par un slogan de sagesse théorique,
à la peur liée aux conséquences de ce désordre, et
tenter de faire face à une
situation à laquelle il n'est pas étranger
du tout, cet ordre des choses.
L'indivision donc ou
la mort, à la fois très
concrète et virtuelle, liée à chaque menace de cette guerre faite
à la
population, nommée terreur, puisqu'il n'y a, à proprement parler
ici,
pas de terreur militaire, en apparence restreinte et comparative,
si elle est encore ou d'abord possible.
Il
y a la peur des gens, et la peur, très bien fondée,
de ceux qui dirigent,
que l'ennemi public
profite des faiblesses constitutives
du système, comme s'il ne l'avait pas déjà fait. Il s'agit donc
d'une peur des limites de l'aggravation de la situation,
qui n'a pas tout à fait le même sens,
à travers les mêmes mots, pour les uns et pour les autres.
Limites,
par delà lesquelles, évidemment, gouvernance oblige,
tout serait permis pour rétablir
un
semblant d'ordre, ou d'équilibre normal ou normalisé de la
situation. Y compris l'engagement complet de la nation dans une
guerre totale,
entendez : sans limite
non plus. Totalitarisme criminel collectivisé,
comme d'habitude, évidemment souhaité par personne, mais perçu,
aux deux niveaux, comme menace à la fois si
lourdement virtuelle
et déjà tellement
réelle, que nous ne pouvions,
et ne pouvons que, si
naïvement et mensongèrement, continuer méthodiquement
de la nier.
D'où
le malaise dans la civilisation républicaine
française. Entendez par
là ces valeurs qui sont à
la fois nôtres et universelles,
sans pour autant parvenir, et
pour cause – quand on voit leur mise en pratique – ,
à ne pas être exclusives et sélectives,
orientées et
instrumentaliées, puisque
nous en sommes aux conséquences directes de cet exclusivisme
hégémonique (et parfois même, négrier, dans
un si récent
passé).
L'imposition barbare
et cruelle de ces
prétendues valeurs civilisationnelles universelles étant l'une des
matrices naturelles et culturelles des terrorismes réactionnels
modernes, partout où, de près
ou de loin, cette République-là
eut des colonies, aujourd'hui encore associées
selon diverses formules.
Mais
il y a plus, « en interne » :
les dissociations de l'intelligence
que l'application volontairement dévoyée
de certaines de ces valeurs a finalement provoquées, a abouti, par
exemple, via les
manipulations mentales post 68, cristallisées en
révolution culturelle de masse
autour de vraies valeurs au
départ, à la destruction en
cours de toute vérité hiérarchique
et d'autorité
naturelle ou légitime, avec
un pour horizon final un conformisme nihiliste
déconstructeur de type totalitaire
bourgeois et
mou, après le passage à la moulinette existentialiste
sociétale, non encore achevé...
Mais
laissons-là la Grande Trahison des libéraux « libertaristes »
de tous poils, qui, si elle paraît hors sujet, (et fermons donc la
parenthèse), n'en est pas moins liée à la décadence
morale qui permit l'affaissement
central des idéaux
républicains authentiquement construits
en dehors de tout complot de pouvoirs et de domination-manipulation
du peuple passant par l'institution d'une sorte de religion
rationnelle civique
imposée par la Terreur (déjà).
Revenons
à nos moutons, pour finir.
« Ne
vous laissez pas diviser ! » Ne dites pas ni ne pensez pas
les vérités spontanées du sens commun face
aux « évènements irréels » produits par
l'actualité de la rue et des
esprits malades choqués.
Laissez la logique pure
et son esprit critique penser
les choses pour vous. Laissez la logique de troupeau guider
vos réactions « officielles »
les plus « spontanées »
et vous accompagner
psychologiquement jusqu'à la victoire finale
la plus assurée.
Mort,
quelle est ta victoire ? Les pleureuses noires,
officiellement excommuniées, du « sursaut » entonnent
déjà leur pathétique et maléfique « Vive la
mort ! ». L'envers du décor est toujours le même, le
spectacle continue en intérieur nuit.
Même Camus est dépassé :
tout le monde est devenu la victime de quelqu'un. L'absurde est
bouclé pour le bouquet républicain, un, indivisible et dérisoire.
Le rideau se lève sur les monstres de « l'aube
dorée » d'un nouvel ordre. Personne n'est déjà plus
défendable, et pourtant il faut défendre la vérité au milieu de
tous, sans tremblement ni haine, fermement.

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